1Définition
La prostate est une glande de l'homme, de la taille d'une châtaigne, située sous la vessie. Elle entoure le début de l'urètre, le canal par lequel passe l'urine. Elle fabrique une partie du liquide du sperme.
L'adénome de la prostate (ou hypertrophie bénigne de la prostate) est une augmentation de volume de la prostate qui survient avec l'âge. En grossissant, elle serre l'urètre et gêne l'écoulement de l'urine.
C'est une maladie très fréquente : elle touche une grande partie des hommes après 50 ans, et la majorité après 70 ans.
Le mot « adénome » signifie que c'est une grosseur bénigne : ce n'est pas un cancer et il ne devient pas un cancer. Mais un cancer de la prostate peut exister en même temps et donner des signes proches : c'est pourquoi un examen est toujours nécessaire.
2Causes et transmission
L'adénome de la prostate n'est pas contagieux.
Sa cause principale est l'âge : sous l'effet des hormones masculines, la prostate grossit lentement tout au long de la vie.
Ce qui peut favoriser l'adénome ou aggraver les signes :
- les antécédents familiaux ;
- le surpoids, le diabète, le manque d'activité physique ;
- boire beaucoup le soir, le café, le thé et l'alcool, surtout le soir ;
- la constipation ;
- se retenir longtemps d'uriner ;
- certains médicaments : sirops contre le rhume et la toux, médicaments contre les allergies, gouttes pour déboucher le nez, certains médicaments de la dépression, qui peuvent bloquer les urines.
L'adénome n'est pas causé par une vie sexuelle trop active ou au contraire par l'abstinence.
3Qui est à risque ?
- Les hommes de plus de 50 ans, et le risque augmente avec l'âge.
- Les hommes dont le père ou un frère a eu un adénome.
- Les hommes en surpoids ou diabétiques.
- Les hommes qui bougent peu.
4Signes
Les signes s'installent lentement, sur des mois ou des années.
Signes de gêne à l'écoulement :
- jet d'urine faible, qui s'arrête et reprend ;
- difficulté à commencer à uriner, besoin d'attendre ou de pousser ;
- gouttes qui continuent après avoir fini, qui tachent le vêtement ;
- sensation de ne pas avoir vidé complètement la vessie.
Signes d'irritation de la vessie :
- envies fréquentes d'uriner, surtout la nuit (se lever plusieurs fois pour uriner) ;
- envies pressantes, difficiles à retenir ;
- parfois des fuites d'urine.
Signes de complication :
- sang dans les urines ;
- brûlures et fièvre (infection) ;
- impossibilité totale d'uriner, avec le bas du ventre gonflé et très douloureux (rétention aiguë d'urine).
5Quand consulter en urgence
- Impossibilité d'uriner depuis plusieurs heures, avec le bas du ventre gonflé et douloureux
- Fièvre et frissons avec brûlures ou difficulté à uriner
- Sang abondant ou caillots dans les urines
- Urines rares, gonflement des jambes, grande fatigue, vomissements (reins atteints)
- Douleurs des os ou du dos, amaigrissement, chez un homme qui a des troubles urinaires
6Examens et analyses
- Questions sur les signes : le soignant peut utiliser un questionnaire (score IPSS) pour mesurer la gêne.
- Toucher rectal : avec un doigt ganté, le soignant palpe la prostate à travers le rectum. Il apprécie sa taille, sa consistance, et recherche une zone dure qui fait penser à un cancer. L'examen est rapide et peu douloureux.
- Dosage du PSA (prise de sang) : il aide à rechercher un cancer de la prostate. Un PSA élevé n'est pas toujours un cancer : il augmente aussi avec l'adénome et l'infection.
- Bandelette urinaire et ECBU : recherche d'une infection ou de sang.
- Créatinine : recherche d'une atteinte des reins.
- Échographie des reins, de la vessie et de la prostate : volume de la prostate, urine restant dans la vessie après avoir uriné (résidu), calculs, reins dilatés.
- Débitmétrie : on urine dans un appareil qui mesure la force du jet.
- Biopsie de la prostate si l'on soupçonne un cancer.
7Diagnostic
Le diagnostic repose sur les signes urinaires chez un homme de plus de 50 ans, le toucher rectal (prostate augmentée, souple, régulière) et l'échographie.
Le soignant doit toujours écarter un cancer de la prostate, plus fréquent chez les hommes d'origine africaine.
Il faut aussi faire la différence avec :
- la prostatite (infection de la prostate, avec fièvre) ;
- l'infection urinaire ;
- le rétrécissement de l'urètre, souvent séquelle d'une ancienne infection sexuellement transmissible ;
- la bilharziose urinaire ;
- les calculs de la vessie ;
- une vessie qui fonctionne mal à cause du diabète ou d'une maladie des nerfs.
8Traitement
Le traitement dépend de la gêne et des complications.
1. Surveillance et conseils, si la gêne est légère :
- boire normalement dans la journée, mais moins le soir ;
- limiter le café, le thé et l'alcool, surtout le soir ;
- ne pas se retenir ; uriner avant de se coucher et avant un voyage ;
- soigner la constipation ;
- éviter les médicaments qui bloquent les urines (sirops, médicaments contre le rhume) sans avis médical.
2. Médicaments :
- alpha-bloquants : ils relâchent la prostate et améliorent le jet en quelques jours (tamsulosine, alfuzosine, doxazosine). Ils peuvent donner des vertiges en se levant ;
- médicaments qui font diminuer le volume de la prostate : finastéride, dutastéride. Ils agissent lentement, en plusieurs mois ;
- associations des deux ;
- tadalafil dans certains cas ;
- extraits de plantes (Serenoa repens, Pygeum africanum, le prunier d'Afrique) : leur efficacité est faible ou discutée.
3. Chirurgie, en cas de gêne importante, de complications (rétention, infections, calculs, sang, reins atteints) ou d'échec des médicaments :
- résection endoscopique (par les voies naturelles, sans ouvrir le ventre) ;
- adénomectomie (opération par le bas du ventre) pour les grosses prostates.
Après l'opération, le jet redevient fort chez la plupart des hommes.
4. Rétention aiguë d'urine : urgence : pose d'une sonde urinaire pour vider la vessie, puis traitement de l'adénome.
Le choix du traitement et des doses revient au soignant. Les décoctions et produits « pour la prostate » vendus au marché ne remplacent pas l'examen : ils peuvent retarder le diagnostic d'un cancer.
9Prévention
On ne peut pas empêcher la prostate de grossir avec l'âge, mais on peut réduire la gêne et éviter les complications :
- consulter dès les premiers signes (jet faible, levers la nuit), au lieu d'attendre la rétention ;
- faire examiner sa prostate régulièrement à partir de 50 ans (45 ans si un parent a eu un cancer de la prostate) ;
- garder un poids normal et bouger ;
- boire moins le soir, limiter café, thé et alcool le soir ;
- ne pas se retenir d'uriner ;
- éviter les médicaments contre le rhume et les allergies sans avis si l'on a un adénome ;
- bien équilibrer le diabète.
10Complications
- Rétention aiguë d'urine : impossibilité d'uriner, douloureuse, urgence.
- Rétention chronique : la vessie ne se vide jamais complètement, avec des fuites permanentes (« par regorgement »).
- Infections urinaires et prostatites à répétition.
- Calculs dans la vessie.
- Sang dans les urines.
- Insuffisance rénale : les urines remontent vers les reins et les abîment.
- Vessie abîmée (diverticules) après des années de poussée.
- Complications possibles de la chirurgie : éjaculation sans sperme visible (le sperme part dans la vessie, sans danger), fuites passagères, rarement troubles de l'érection.
11Idées reçues
- « L'adénome, c'est un cancer. » Faux. L'adénome est une grosseur bénigne. Mais le soignant doit vérifier qu'il n'y a pas aussi un cancer.
- « L'adénome finit par devenir un cancer. » Faux. L'adénome ne se transforme pas en cancer. Les deux maladies peuvent cependant exister en même temps.
- « C'est normal de se lever la nuit à mon âge, on supporte. » Faux. La gêne se soigne. Attendre expose à la rétention, aux infections et à l'atteinte des reins.
- « L'adénome vient d'une vie sexuelle trop active ou de l'abstinence. » Faux. Il est lié à l'âge et aux hormones.
- « L'opération rend toujours impuissant. » Faux. Les troubles de l'érection après l'opération sont rares. Le plus fréquent est une éjaculation sans sperme visible, sans danger.
- « Il faut arrêter de boire de l'eau pour moins uriner. » Faux. Il faut boire normalement dans la journée, sinon on risque la déshydratation, l'infection et les calculs. On boit seulement moins le soir.
- « Le toucher rectal est humiliant et inutile. » Faux. C'est un examen rapide, fait avec respect, qui permet de dépister un cancer à temps.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.