1Définition
L'infection urinaire est une infection des voies urinaires, le chemin que suit l'urine : les reins, les uretères (tuyaux qui descendent des reins), la vessie et l'urètre (canal par lequel on urine).
Il en existe plusieurs formes :
- la cystite : infection de la vessie. C'est la plus fréquente, surtout chez la femme. Elle est en général sans gravité si elle est bien soignée ;
- la pyélonéphrite : infection du rein, avec fièvre. Elle est plus grave et demande un traitement rapide ;
- la prostatite : infection de la prostate chez l'homme, avec fièvre ;
- l'infection urinaire de la femme enceinte, qui doit toujours être soignée, même sans signes ;
- l'infection urinaire de l'enfant, souvent difficile à reconnaître.
2Causes et transmission
L'infection urinaire est due le plus souvent à des bactéries de l'intestin (surtout Escherichia coli) qui remontent par l'urètre jusqu'à la vessie, puis parfois jusqu'aux reins.
Elle n'est pas une infection sexuellement transmissible, mais les rapports sexuels peuvent favoriser la remontée des bactéries.
Ce qui favorise l'infection :
- chez la femme : l'urètre est court et proche de l'anus ;
- boire trop peu d'eau ;
- se retenir d'uriner longtemps (latrines sales, travail, voyage) ;
- les rapports sexuels ;
- s'essuyer de l'arrière vers l'avant après être allé à la selle ;
- les douches vaginales, savons agressifs ou produits introduits dans le vagin ;
- la grossesse ;
- la ménopause ;
- la constipation ;
- le diabète ;
- les calculs urinaires ;
- l'adénome de la prostate chez l'homme âgé, qui gêne la vidange de la vessie ;
- une sonde urinaire ;
- la bilharziose urinaire, les malformations des voies urinaires chez l'enfant ;
- les séquelles d'excision, qui peuvent gêner l'écoulement de l'urine.
3Qui est à risque ?
- Les femmes, de loin les plus touchées.
- Les femmes enceintes.
- Les jeunes femmes qui ont une vie sexuelle active.
- Les femmes ménopausées.
- Les hommes de plus de 50 ans (prostate).
- Les personnes diabétiques.
- Les personnes qui ont des calculs, une sonde, ou une maladie des voies urinaires.
- Les petites filles, et les nourrissons ayant une malformation des voies urinaires.
- Les personnes âgées et alitées.
4Signes
Cystite (infection de la vessie) :
- brûlures en urinant ;
- envies d'uriner fréquentes et pressantes, pour de petites quantités ;
- douleur ou pesanteur au bas du ventre ;
- urines troubles, d'odeur forte, parfois avec du sang ;
- pas de fièvre en général.
Pyélonéphrite (infection du rein) :
- fièvre élevée, frissons ;
- douleur dans le dos ou sur le côté, d'un seul côté, sous les côtes ;
- nausées, vomissements ;
- grande fatigue ;
- souvent avec les signes de cystite, mais pas toujours.
Prostatite (chez l'homme) :
- fièvre, frissons ;
- brûlures, difficulté à uriner, jet faible ;
- douleur entre l'anus et les bourses.
Chez l'enfant :
- fièvre sans autre cause évidente ;
- vomissements, refus de téter ou de manger, mauvaise prise de poids ;
- pleurs en urinant, urines malodorantes ;
- enfant propre qui se remet à faire pipi au lit.
Chez la personne âgée : parfois seulement confusion, chutes, fatigue, fièvre.
5Quand consulter en urgence
- Fièvre et frissons avec brûlures urinaires
- Douleur dans le dos ou sur le côté avec fièvre
- Vomissements qui empêchent de boire ou de prendre les médicaments
- Femme enceinte avec brûlures urinaires, fièvre ou douleur du dos
- Bébé ou enfant avec fièvre sans cause évidente
- Homme avec fièvre et brûlures, ou qui n'arrive plus à uriner
- Urines très rares, confusion, malaise ou tension basse
6Examens et analyses
- Bandelette urinaire : une petite bande trempée dans l'urine recherche des globules blancs (leucocytes) et des nitrites. Rapide et peu coûteuse, elle oriente le diagnostic.
- ECBU (examen cytobactériologique des urines) : l'urine est analysée au laboratoire pour identifier la bactérie et savoir quels antibiotiques sont efficaces (antibiogramme). Il est indispensable en cas de fièvre, de grossesse, chez l'homme, l'enfant, et en cas de rechute.
- Recueillir l'urine en milieu de jet, après une toilette à l'eau, dans un pot stérile.
- Prise de sang en cas de fièvre : numération, CRP, créatinine (reins), parfois hémocultures.
- Échographie des reins et de la vessie : recherche d'un obstacle (calcul, prostate), d'un abcès, d'une malformation chez l'enfant.
- Glycémie : recherche d'un diabète.
- Recherche de la bilharziose dans les urines si nécessaire.
- TDR du paludisme en cas de fièvre.
7Diagnostic
- Cystite simple chez une femme jeune non enceinte : le diagnostic repose sur les signes et la bandelette urinaire.
- Infection avec fièvre, grossesse, homme, enfant, rechutes : il faut un ECBU avant de commencer l'antibiotique.
Il faut faire la différence avec :
- une infection sexuellement transmissible (écoulement du pénis ou pertes vaginales, brûlures) ;
- une mycose vaginale (démangeaisons, pertes blanches épaisses) ;
- la bilharziose urinaire ;
- des calculs urinaires ;
- le paludisme et d'autres causes de fièvre ;
- chez l'homme âgé, l'adénome de la prostate.
Attention : les douleurs du bas du dos sans fièvre ni troubles urinaires viennent le plus souvent des muscles ou de la colonne, pas des reins.
8Traitement
Le traitement repose sur un antibiotique adapté, choisi par le soignant selon la forme d'infection et, si possible, selon l'ECBU.
- Cystite simple de la femme : traitement court, parfois en une seule prise (fosfomycine-trométamol), ou de quelques jours (nitrofurantoïne, pivmécillinam) ;
- Pyélonéphrite : antibiotique plus fort et plus long (ceftriaxone en injection au début, puis comprimés adaptés à l'antibiogramme : céfixime, amoxicilline-acide clavulanique, ciprofloxacine…) ; hospitalisation si la forme est grave, si la personne vomit ou en cas de grossesse ;
- Femme enceinte : antibiotiques sans danger pour le bébé (amoxicilline, céphalosporines, fosfomycine…) ; les fluoroquinolones (ciprofloxacine) sont évitées ;
- Prostatite : antibiotique pendant plusieurs semaines ;
- Enfant : antibiotique adapté, souvent par injection au début chez le nourrisson, puis échographie des voies urinaires.
En plus :
- boire beaucoup d'eau pendant l'infection ;
- paracétamol contre la douleur et la fièvre ;
- prendre l'antibiotique jusqu'au bout, même si les brûlures disparaissent ;
- revenir si la fièvre ne baisse pas après 48 à 72 heures.
Le choix de l'antibiotique et des doses revient au soignant. L'automédication avec des antibiotiques du marché rend les bactéries résistantes : beaucoup d'infections urinaires au Mali ne répondent déjà plus à certains antibiotiques courants.
9Prévention
- Boire suffisamment d'eau chaque jour.
- Ne pas se retenir d'uriner ; vider complètement la vessie.
- Uriner après les rapports sexuels.
- S'essuyer d'avant en arrière après les toilettes (de la vulve vers l'anus).
- Toilette intime simple, à l'eau ou avec un savon doux, sans douche vaginale ni produits introduits dans le vagin.
- Porter des sous-vêtements en coton, propres et pas trop serrés.
- Soigner la constipation.
- Bien équilibrer le diabète.
- Femme enceinte : faire les CPN et les analyses d'urine demandées, même sans signes.
- Chez la petite fille : apprendre l'essuyage d'avant en arrière.
10Complications
- Pyélonéphrite à partir d'une cystite non soignée.
- Abcès du rein.
- Septicémie (infection du sang) et choc, surtout chez la personne âgée, diabétique ou en cas d'obstacle.
- Insuffisance rénale.
- Pendant la grossesse : accouchement prématuré, petit poids de naissance, fausse couche, infection du bébé.
- Chez l'enfant : cicatrices sur les reins pouvant entraîner plus tard une hypertension ou une insuffisance rénale.
- Infections à répétition.
- Bactéries résistantes aux antibiotiques.
11Idées reçues
- « L'infection urinaire, c'est une maladie sexuelle (chaude-pisse). » Faux. L'infection urinaire vient le plus souvent des bactéries de l'intestin. Une infection sexuellement transmissible est une autre maladie, avec d'autres traitements.
- « On attrape l'infection urinaire sur des toilettes sales. » Pas vraiment. Le risque vient surtout du fait de se retenir, de boire peu et de la remontée des bactéries de la peau et de l'intestin.
- « Les douches vaginales et les produits intimes protègent contre l'infection. » Faux. Ils abîment la protection naturelle du vagin et favorisent les infections.
- « J'ai mal au bas du dos, c'est les reins. » Pas souvent. La plupart des douleurs du bas du dos viennent des muscles ou de la colonne. Une infection du rein donne de la fièvre et des troubles urinaires.
- « Les brûlures sont parties, j'arrête l'antibiotique. » Faux. Il faut finir le traitement, sinon l'infection revient et les bactéries deviennent résistantes.
- « Je garde le reste de mon antibiotique pour la prochaine fois. » Faux. L'antibiotique doit être choisi pour chaque infection, et la dose restante ne suffit pas.
- « Les hommes n'ont pas d'infections urinaires. » Faux. C'est plus rare, mais chez l'homme elle est souvent plus sérieuse (prostate) et doit toujours être examinée.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.