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Insuffisance rénale

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

Les reins sont deux organes en forme de haricot, situés dans le dos, sous les côtes. Ils filtrent le sang pour éliminer les déchets et l'eau en trop dans les urines. Ils règlent aussi la tension, les sels du sang (potassium, sodium), aident à fabriquer les globules rouges et gardent les os solides.

On parle d'insuffisance rénale quand les reins ne filtrent plus assez bien le sang. Les déchets et l'eau s'accumulent dans le corps.

Il en existe deux formes :

  • l'insuffisance rénale aiguë : les reins s'arrêtent brutalement, en quelques heures ou jours (déshydratation, paludisme grave, infection, médicaments, plantes toxiques…). Elle est grave mais souvent réversible si la cause est soignée vite ;
  • l'insuffisance rénale chronique : les reins s'abîment lentement, pendant des mois ou des années, souvent à cause de l'hypertension ou du diabète. Elle est définitive, mais on peut la ralentir. À un stade très avancé, il faut la dialyse.

La maladie est longtemps silencieuse : beaucoup de personnes découvrent leur insuffisance rénale à un stade déjà avancé.

2Causes et transmission

L'insuffisance rénale n'est pas contagieuse.

Insuffisance rénale aiguë :

  • déshydratation : diarrhée, choléra, vomissements, forte chaleur, coup de chaleur ;
  • paludisme grave ;
  • infection grave (septicémie), pyélonéphrite ;
  • hémorragie importante, en particulier après un accouchement ;
  • pré-éclampsie et éclampsie ;
  • médicaments toxiques pour les reins : ibuprofène, diclofénac et autres anti-inflammatoires, certains antibiotiques (gentamicine), produits de contraste pour scanner ;
  • décoctions et plantes traditionnelles toxiques ;
  • morsure de serpent ;
  • obstacle à l'écoulement de l'urine : calcul, adénome de la prostate, tumeur ;
  • destruction des globules rouges (déficit en G6PD, paludisme).

Insuffisance rénale chronique :

  • l'hypertension artérielle ;
  • le diabète ;
  • les glomérulonéphrites : maladies des filtres du rein ;
  • le VIH, les hépatites B et C ;
  • la drépanocytose ;
  • la bilharziose urinaire non soignée et les calculs répétés ;
  • la prise prolongée d'anti-inflammatoires ou de décoctions ;
  • les crèmes éclaircissantes (dépigmentation) contenant du mercure ;
  • les maladies héréditaires (polykystose rénale) ;
  • les infections urinaires répétées ou une malformation chez l'enfant.

3Qui est à risque ?

  • Les personnes hypertendues ou diabétiques, surtout si elles sont mal soignées.
  • Les personnes dont un parent a une maladie des reins ou est dialysé.
  • Les personnes vivant avec le VIH ou une hépatite B ou C.
  • Les personnes drépanocytaires.
  • Les personnes qui prennent souvent des anti-inflammatoires ou des décoctions.
  • Les femmes qui utilisent des crèmes éclaircissantes.
  • Les personnes âgées, en surpoids, qui fument.
  • Les femmes enceintes avec une tension élevée.
  • Les enfants et adultes atteints de paludisme grave ou de diarrhée importante.

4Signes

Au début, souvent aucun signe.

Quand la maladie avance :

  • urines rares, ou au contraire envie d'uriner la nuit ;
  • urines mousseuses (perte de protéines) ou avec du sang ;
  • gonflement des paupières le matin, des pieds et des jambes ;
  • tension élevée difficile à contrôler ;
  • fatigue importante, pâleur (anémie) ;
  • perte d'appétit, nausées, vomissements, goût métallique dans la bouche ;
  • démangeaisons de tout le corps ;
  • crampes, fourmillements ;
  • essoufflement ;
  • haleine à l'odeur d'urine ;
  • troubles du sommeil, difficulté à se concentrer, confusion au stade avancé.

Dans l'insuffisance rénale aiguë : les urines diminuent ou s'arrêtent brutalement, avec gonflements, essoufflement, vomissements et somnolence.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • Pas d'urine ou presque depuis 12 heures ou plus
  • Essoufflement, difficulté à respirer couché
  • Gonflements qui augmentent vite
  • Confusion, somnolence, convulsions
  • Cœur qui bat de façon irrégulière, faiblesse brutale des muscles
  • Vomissements répétés, impossibilité de boire
  • Urines rares après une diarrhée importante, un paludisme grave ou une morsure de serpent

6Examens et analyses

  • Créatinine dans le sang : c'est l'examen principal. Elle permet de calculer le débit de filtration glomérulaire (DFG), qui mesure le travail des reins.
  • Urée, potassium, sodium, bicarbonates dans le sang.
  • Bandelette urinaire : recherche de protéines et de sang dans les urines.
  • Dosage des protéines (albumine) dans les urines.
  • Numération sanguine : recherche d'une anémie.
  • Calcium, phosphore.
  • Échographie des reins : taille des reins (petits dans l'insuffisance chronique), obstacle, calculs, kystes.
  • Recherche de la cause : glycémie, hémoglobine glyquée, test VIH, AgHBs, hépatite C, électrophorèse de l'hémoglobine, examen des urines pour la bilharziose.
  • ECG : recherche des effets d'un potassium trop élevé sur le cœur.
  • Biopsie du rein, dans certains cas, en service spécialisé.

7Diagnostic

Le diagnostic repose sur une créatinine élevée (DFG bas) et/ou la présence de protéines dans les urines.

  • Insuffisance rénale aiguë : la créatinine monte en quelques heures ou jours, souvent avec une diminution des urines.
  • Insuffisance rénale chronique : les anomalies durent depuis plus de 3 mois. On la classe en 5 stades selon le DFG ; le stade 5 (DFG très bas) est l'insuffisance rénale terminale, où la dialyse devient nécessaire.

Le soignant recherche toujours :

  • la cause ;
  • ce qui peut être corrigé (déshydratation, obstacle, médicament toxique) ;
  • les complications (potassium élevé, eau dans les poumons, anémie).

8Traitement

Insuffisance rénale aiguë :

  • traiter la cause en urgence : réhydratation, traitement du paludisme ou de l'infection, arrêt des médicaments et plantes toxiques, levée d'un obstacle (sonde urinaire) ;
  • surveillance des urines, du poids, du potassium ;
  • dialyse temporaire si les reins ne reprennent pas assez vite ou en cas de complication grave ;
  • les reins récupèrent souvent, en partie ou totalement.

Insuffisance rénale chronique :

  • bien contrôler la tension : souvent avec des médicaments qui protègent aussi les reins (énalapril, ramipril, losartan) ;
  • bien contrôler le diabète ;
  • certains médicaments ralentissent la maladie (dapagliflozine, empagliflozine), selon le soignant ;
  • manger moins salé ;
  • adapter les protéines (viande, poisson) : ni trop, ni trop peu, selon le soignant ;
  • limiter le potassium si le soignant le demande (certains fruits, le sel de potasse, les substituts de sel) ;
  • éviter tout ce qui abîme les reins : anti-inflammatoires, décoctions, crèmes éclaircissantes ;
  • adapter les doses de tous les médicaments à la fonction des reins ;
  • traiter l'anémie (fer, érythropoïétine) ;
  • protéger les os (carbonate de calcium, vitamine D) ;
  • vaccin contre l'hépatite B, en prévision de la dialyse.

Insuffisance rénale terminale :

  • hémodialyse : le sang est filtré par une machine, en général 3 fois par semaine, dans un centre de dialyse ;
  • dialyse péritonéale : filtration à l'intérieur du ventre, possible à la maison, peu disponible ;
  • greffe de rein.

Le choix des médicaments et des doses revient au soignant. Un suivi régulier chez le néphrologue est nécessaire.

9Prévention

  • Contrôler sa tension et sa glycémie régulièrement, et bien prendre son traitement.
  • Faire contrôler ses reins (créatinine et bandelette urinaire) au moins une fois par an si l'on est hypertendu, diabétique, porteur du VIH, d'une hépatite ou de la drépanocytose, ou si un parent est dialysé.
  • Boire suffisamment, surtout en saison chaude, et donner tout de suite des SRO en cas de diarrhée.
  • Éviter l'automédication avec les anti-inflammatoires et les comprimés contre la douleur.
  • Éviter les décoctions prises longtemps et les produits traditionnels non connus.
  • Ne pas utiliser de crèmes éclaircissantes.
  • Manger moins salé, garder un poids normal, ne pas fumer.
  • Soigner vite le paludisme, les infections urinaires et la bilharziose.
  • Suivre sa grossesse et contrôler sa tension.
  • Après une morsure de serpent, aller immédiatement au centre de santé.

10Complications

  • Potassium trop élevé : il peut provoquer un arrêt du cœur.
  • Eau dans les poumons (œdème pulmonaire) : étouffement.
  • Acidité du sang.
  • Anémie.
  • Os fragiles, douleurs osseuses.
  • Maladies du cœur et des artères : infarctus, AVC, insuffisance cardiaque.
  • Inflammation autour du cœur (péricardite) au stade avancé.
  • Confusion, convulsions, coma.
  • Dénutrition.
  • Décès, surtout sans dialyse au stade terminal.

11Idées reçues

  • « J'ai mal au bas du dos, ce sont les reins. » Pas souvent. L'insuffisance rénale ne fait généralement pas mal. La plupart des douleurs du dos viennent des muscles ou de la colonne.
  • « Je n'ai pas mal, donc mes reins vont bien. » Faux. La maladie est silencieuse. Seule une prise de sang et une analyse d'urine permettent de savoir.
  • « Les décoctions et plantes nettoient les reins. » Faux et dangereux. Beaucoup de plantes sont toxiques pour les reins et peuvent provoquer une insuffisance rénale aiguë.
  • « Boire beaucoup d'eau guérit les reins malades. » Faux. Au stade avancé, trop boire peut provoquer des gonflements et de l'eau dans les poumons. Il faut suivre les conseils du soignant.
  • « Le sel de potasse est moins dangereux que le sel. » Faux. Il contient du sodium et du potassium. Chez une personne aux reins malades, le potassium peut arrêter le cœur.
  • « Quand on commence la dialyse, on va mourir. » Faux. La dialyse remplace le travail des reins et permet de vivre de nombreuses années.
  • « Une fois sous dialyse, c'est pour toujours. » Pas toujours. Dans l'insuffisance rénale aiguë, la dialyse peut être temporaire, le temps que les reins récupèrent.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.