1Définition
Un accident vasculaire cérébral (AVC), appelé aussi « attaque cérébrale », survient quand une partie du cerveau ne reçoit plus de sang. Sans sang, les cellules du cerveau meurent en quelques minutes.
Il en existe deux grands types :
- l'AVC ischémique (le plus fréquent) : une artère du cerveau se bouche à cause d'un caillot ;
- l'AVC hémorragique : une artère du cerveau se rompt et saigne dans le cerveau. Il est plus fréquent en Afrique qu'en Europe, souvent à cause de l'hypertension.
Il existe aussi l'accident ischémique transitoire (AIT) : les signes d'AVC apparaissent puis disparaissent en quelques minutes ou heures. C'est un signal d'alarme : un vrai AVC peut suivre dans les jours qui viennent.
L'AVC est une urgence absolue. C'est une cause majeure de décès et de handicap (paralysie, troubles de la parole). Plus on arrive vite à l'hôpital, plus on limite les dégâts.
2Causes et transmission
L'AVC n'est pas contagieux. Il est la conséquence de maladies qui abîment les artères ou forment des caillots :
- l'hypertension artérielle : c'est la première cause, de loin ;
- le diabète ;
- le tabac ;
- l'excès d'alcool ;
- le cholestérol élevé ;
- le surpoids et le manque d'activité physique ;
- les maladies du cœur : troubles du rythme (fibrillation atriale), maladies des valves, insuffisance cardiaque, qui forment des caillots ;
- la drépanocytose, qui peut donner des AVC chez l'enfant ;
- la grossesse et l'après-accouchement (éclampsie, pré-éclampsie) ;
- la pilule contraceptive chez une femme qui fume ou qui a une hypertension ;
- certaines infections (VIH, syphilis, méningite tuberculeuse) ;
- une malformation des vaisseaux du cerveau, plus rarement.
3Qui est à risque ?
- Les personnes hypertendues, surtout celles qui ne se soignent pas ou arrêtent leur traitement.
- Les personnes diabétiques.
- Les personnes de plus de 55 ans, mais l'AVC touche aussi des jeunes en Afrique.
- Les fumeurs et les gros buveurs d'alcool.
- Les personnes en surpoids, qui mangent très salé et bougent peu.
- Les personnes ayant une maladie du cœur.
- Les enfants et jeunes drépanocytaires.
- Les personnes qui ont déjà fait un AVC ou un AIT.
- Les femmes enceintes avec une tension élevée.
4Signes
Les signes apparaissent brutalement, en quelques secondes ou minutes. Pour les reconnaître, retenez le mot VITE :
- V comme Visage : la bouche est tordue, un côté du visage tombe ou ne bouge plus quand la personne sourit ;
- I comme Inertie : un bras ou une jambe est faible ou paralysé, souvent d'un seul côté ; la personne ne peut pas lever les deux bras ;
- T comme Trouble de la parole : la personne parle mal, mélange les mots, ne trouve plus ses mots ou ne comprend plus ce qu'on lui dit ;
- E comme En urgence : il faut aller à l'hôpital immédiatement.
Autres signes possibles :
- perte de la vue d'un œil ou d'un côté, vision double ;
- mal de tête brutal et très violent, « jamais ressenti », souvent avec vomissements (surtout dans l'AVC hémorragique) ;
- perte de l'équilibre, vertiges, démarche instable ;
- engourdissement ou fourmillements d'un côté du corps ;
- confusion, somnolence, perte de connaissance, coma ;
- convulsions.
5Quand consulter en urgence
- Bouche tordue ou visage qui tombe d'un côté
- Bras ou jambe faible, paralysé ou engourdi, surtout d'un côté
- Parole difficile, mots mélangés, ou personne qui ne comprend plus
- Perte brutale de la vue, vision double
- Mal de tête brutal et très violent
- Perte d'équilibre brutale, malaise, perte de connaissance ou convulsions
- Même si les signes disparaissent après quelques minutes : c'est peut-être un AIT, il faut aller à l'hôpital
6Examens et analyses
- Glycémie capillaire (au doigt) tout de suite : une hypoglycémie peut donner les mêmes signes qu'un AVC et se corrige vite.
- Mesure de la tension artérielle.
- Scanner du cerveau, le plus vite possible : c'est l'examen clé. Il permet de savoir si l'AVC est dû à un caillot ou à un saignement, ce qui change complètement le traitement.
- IRM du cerveau dans certains cas.
- Électrocardiogramme (ECG) : recherche d'un trouble du rythme du cœur.
- Échographie du cœur et écho-doppler des artères du cou : recherche de la source du caillot.
- Prise de sang : numération, créatinine, ionogramme, glycémie et hémoglobine glyquée, cholestérol, coagulation.
- Chez le jeune : électrophorèse de l'hémoglobine (drépanocytose), test VIH, syphilis, et autres examens selon le cas.
7Diagnostic
Le soignant pense à l'AVC devant l'apparition brutale d'une paralysie, d'une bouche tordue, de troubles de la parole ou de la vue.
Le scanner du cerveau confirme l'AVC et dit s'il est ischémique (caillot) ou hémorragique (saignement).
Il faut le distinguer de :
- l'hypoglycémie (d'où l'importance de la glycémie au doigt) ;
- le paludisme grave neurologique, la méningite ;
- une crise d'épilepsie suivie d'une paralysie passagère ;
- une tumeur ou un abcès du cerveau ;
- un traumatisme du crâne (chute) ;
- une intoxication.
8Traitement
1. Le plus vite possible, à l'hôpital :
- chaque minute compte : « le temps, c'est du cerveau » ;
- AVC ischémique : dans les premières heures, un médicament qui dissout le caillot (thrombolyse : altéplase, ténectéplase) ou un geste pour retirer le caillot (thrombectomie) peut être fait dans les centres équipés ;
- ensuite, aspirine (seulement après le scanner, quand on est sûr qu'il n'y a pas de saignement) ;
- AVC hémorragique : contrôle de la tension, parfois chirurgie ;
- contrôle de la tension, de la glycémie, de la fièvre ;
- oxygène si besoin ;
- ne rien donner à manger ni à boire par la bouche avant d'avoir vérifié que la personne avale bien (risque de fausse route et de pneumonie) ;
- prévention des escarres et des caillots dans les jambes.
2. La rééducation, à commencer tôt :
- kinésithérapie pour retrouver la marche et les mouvements ;
- orthophonie pour la parole et la déglutition ;
- aide de la famille pour les gestes de la vie quotidienne.
Les progrès peuvent continuer pendant des mois.
3. Éviter un nouvel AVC (prévention secondaire) :
- traitement de l'hypertension à vie ;
- aspirine ou clopidogrel (AVC ischémique) ;
- statine (atorvastatine) contre le cholestérol ;
- anticoagulants en cas de trouble du rythme du cœur ;
- traitement du diabète ;
- arrêt du tabac et de l'alcool.
Le choix des médicaments et des doses revient au soignant. Ne pas donner d'aspirine à la maison avant le scanner : si l'AVC est un saignement, elle l'aggrave.
9Prévention
- Contrôler sa tension régulièrement, même si l'on se sent bien, surtout après 40 ans.
- Prendre son traitement contre l'hypertension chaque jour, sans l'arrêter.
- Manger moins salé : moins de cubes d'assaisonnement, de sel de potasse, de plats salés.
- Manger plus de légumes et de fruits, moins de gras et de fritures.
- Bouger : au moins 30 minutes de marche par jour.
- Arrêter de fumer, limiter ou arrêter l'alcool.
- Garder un poids normal.
- Soigner le diabète et le cholestérol.
- Suivre sa grossesse et contrôler sa tension.
- Chez l'enfant drépanocytaire : suivi régulier, et examen spécial des vaisseaux du cerveau (doppler transcrânien) là où il est disponible.
- Consulter tout de suite en cas de signes même passagers (AIT).
10Complications
- Paralysie d'un côté du corps (hémiplégie), parfois définitive.
- Troubles de la parole et de la compréhension (aphasie).
- Troubles de la déglutition : fausses routes, pneumonie, dénutrition.
- Escarres (plaies de position) chez la personne alitée.
- Caillots dans les jambes et les poumons (phlébite, embolie pulmonaire).
- Raideur et douleurs du bras ou de l'épaule paralysés.
- Dépression, troubles de la mémoire et de la concentration, démence.
- Épilepsie.
- Récidive (nouvel AVC), surtout sans traitement de l'hypertension.
- Décès, en particulier dans les premiers jours ou en cas d'AVC hémorragique.
11Idées reçues
- « L'AVC est une attaque des génies ou un mauvais sort. » Faux. C'est une artère du cerveau bouchée ou rompue, le plus souvent à cause de l'hypertension.
- « Les signes ont disparu, ce n'est rien. » Faux. C'est peut-être un AIT, qui annonce souvent un vrai AVC. Il faut consulter tout de suite.
- « Il faut attendre à la maison pour voir si ça passe. » Faux et dangereux. Chaque minute perdue détruit le cerveau. Il faut aller à l'hôpital immédiatement.
- « Il faut donner de l'eau, du sucre, de l'huile ou des plantes à boire au malade. » Dangereux. Le malade peut avaler de travers et s'étouffer. Ne rien donner par la bouche avant l'avis du soignant.
- « Seuls les vieux font des AVC. » Faux. En Afrique, beaucoup d'AVC touchent des personnes de 40 à 60 ans, et parfois des enfants drépanocytaires.
- « Après un AVC, on ne peut plus rien faire. » Faux. La rééducation permet souvent de retrouver une partie de la marche, de l'usage du bras et de la parole.
- « Ma tension est redevenue normale, j'arrête mes médicaments. » Faux. La tension est normale grâce aux médicaments. Les arrêter expose à un nouvel AVC.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.