1Définition
Le glaucome est une maladie de l'œil qui abîme le nerf optique, le « câble » qui transmet les images de l'œil au cerveau. Il est le plus souvent lié à une pression trop élevée à l'intérieur de l'œil.
Normalement, un liquide circule à l'intérieur de l'œil et s'évacue en permanence. Quand il s'évacue mal, la pression monte et écrase peu à peu les fibres du nerf optique. La vue se perd d'abord sur les côtés, puis au centre, jusqu'à la cécité.
La vue perdue par le glaucome ne revient jamais. C'est pourquoi il faut le dépister tôt, avant que les dégâts ne soient importants.
On distingue :
- le glaucome chronique (à angle ouvert) : le plus fréquent. Il évolue lentement, sans douleur et sans signe pendant des années : on l'appelle le « voleur silencieux de la vue ». Il est plus fréquent, plus précoce et plus grave chez les personnes d'origine africaine ;
- le glaucome aigu (par fermeture de l'angle) : la pression monte brutalement. C'est une urgence ;
- le glaucome du bébé (congénital) : rare ;
- les glaucomes secondaires, dus à une autre cause (collyres à la cortisone, coup sur l'œil, cataracte très avancée, diabète).
Le glaucome ne se guérit pas, mais un traitement suivi toute la vie permet de conserver la vue restante.
2Causes et transmission
Le glaucome n'est pas contagieux.
Ce qui favorise le glaucome :
- l'âge, surtout après 40 ans ;
- l'origine africaine ;
- un parent (père, mère, frère, sœur) atteint de glaucome ;
- une forte myopie (ou, pour le glaucome aigu, une forte hypermétropie) ;
- le diabète ;
- les médicaments à la cortisone, surtout les collyres utilisés longtemps sans surveillance, mais aussi les comprimés, les sprays et les crèmes ;
- un coup sur l'œil ;
- une inflammation de l'œil (uvéite) ;
- une cataracte très avancée non opérée.
3Qui est à risque ?
- Les personnes de plus de 40 ans, surtout d'origine africaine.
- Les personnes dont un membre de la famille a un glaucome.
- Les personnes diabétiques.
- Les personnes myopes.
- Les personnes qui utilisent des collyres ou d'autres médicaments à la cortisone.
- Les personnes qui ont eu un coup dans l'œil.
4Signes
Glaucome chronique :
- au début, aucun signe : pas de douleur, pas de rougeur, la vue paraît normale ;
- la vue se perd d'abord sur les côtés sans que la personne s'en rende compte ;
- plus tard : la personne se cogne aux objets, tombe, a du mal à se déplacer, surtout le soir ;
- impression de voir à travers un tube ;
- au stade avancé : la vue centrale disparaît aussi, puis cécité.
Glaucome aigu :
- douleur très forte de l'œil, d'un seul côté ;
- œil rouge ;
- vision brouillée, halos colorés autour des lumières ;
- maux de tête violents ;
- nausées, vomissements ;
- l'œil est dur au toucher, la pupille ne réagit plus bien à la lumière.
Glaucome du bébé :
- gros yeux, qui paraissent très beaux ;
- larmes permanentes ;
- gêne à la lumière : le bébé ferme les yeux ou cache son visage ;
- cornée trouble, bleutée.
5Quand consulter en urgence
- Œil rouge et très douloureux, avec vision brouillée, maux de tête et vomissements
- Halos colorés autour des lumières avec douleur de l'œil
- Baisse brutale de la vue
- Bébé avec de gros yeux, qui pleure des yeux et ne supporte pas la lumière
- Personne sous traitement pour un glaucome dont la vue baisse
6Examens et analyses
- Mesure de la pression de l'œil (tonométrie) : avec un petit appareil, après une goutte anesthésiante, ou par un souffle d'air. L'examen est rapide et indolore.
- Examen du fond de l'œil : le soignant regarde l'aspect du nerf optique (une excavation trop grande fait penser au glaucome).
- Champ visuel : examen qui mesure l'étendue de la vision sur les côtés.
- Gonioscopie : examen de l'angle par où s'évacue le liquide de l'œil, avec une lentille posée sur l'œil.
- OCT : appareil qui mesure l'épaisseur des fibres du nerf optique, dans les centres équipés.
- Mesure de l'épaisseur de la cornée.
7Diagnostic
Le diagnostic repose sur l'association :
- d'un nerf optique abîmé à l'examen du fond de l'œil ;
- d'une perte du champ visuel ;
- souvent d'une pression de l'œil élevée (mais le glaucome peut exister avec une pression normale).
Le soignant précise le type de glaucome (chronique, aigu, secondaire) et sa gravité.
Il faut faire la différence avec :
- la cataracte (vue voilée, mais nerf optique normal, et elle se soigne par une opération) ;
- les autres maladies du nerf optique ou de la rétine ;
- pour le glaucome aigu : une conjonctivite, une uvéite, une migraine.
8Traitement
Le but du traitement est de baisser la pression de l'œil pour arrêter la perte de la vue. Il ne rend pas la vue déjà perdue.
1. Les collyres, à mettre chaque jour, toute la vie :
- timolol (bêtabloquant), latanoprost (prostaglandine), dorzolamide, brimonidine, et d'autres ;
- un ou plusieurs collyres selon la pression ;
- le timolol peut être déconseillé en cas d'asthme ou de cœur lent : prévenir le soignant ;
- il faut les mettre régulièrement, même quand on ne sent rien : l'arrêt fait remonter la pression.
Comment bien mettre un collyre :
- se laver les mains ;
- tirer doucement la paupière du bas et mettre une goutte sans toucher l'œil avec le flacon ;
- fermer l'œil et appuyer doucement sur le coin interne de l'œil pendant 1 à 2 minutes ;
- attendre 5 minutes entre deux collyres différents.
2. Le laser : il aide le liquide à mieux s'évacuer (glaucome chronique), ou ouvre un petit passage dans l'iris (glaucome aigu ou à risque de fermeture).
3. La chirurgie : elle crée un nouveau passage pour le liquide. Elle est souvent proposée quand les collyres ne suffisent pas, sont mal tolérés ou trop chers à acheter toute la vie.
4. Le glaucome aigu est une urgence : médicaments pour baisser la pression rapidement (collyres, comprimés d'acétazolamide, parfois perfusion), puis laser sur les deux yeux.
5. Le glaucome du bébé : chirurgie rapide.
6. Le suivi régulier chez l'ophtalmologiste, toute la vie : pression, fond d'œil, champ visuel.
Le choix des médicaments et des doses revient au soignant. Ne jamais utiliser de collyre à la cortisone sans prescription, et ne rien mettre d'autre dans les yeux (plantes, produits traditionnels).
9Prévention
On ne peut pas empêcher le glaucome, mais on peut éviter la cécité grâce au dépistage :
- faire examiner ses yeux (pression et fond d'œil) après 40 ans, tous les 1 à 2 ans, même si l'on voit bien ;
- plus tôt et plus souvent si un parent a un glaucome, si l'on est diabétique ou très myope ;
- faire examiner toute la famille d'une personne atteinte ;
- ne pas utiliser de collyres ou d'autres médicaments à la cortisone sans prescription ;
- protéger ses yeux des coups ;
- faire opérer une cataracte avant qu'elle ne soit trop avancée ;
- bien équilibrer le diabète.
10Complications
- Perte progressive du champ visuel, puis cécité définitive, souvent des deux yeux.
- Chutes, accidents, difficultés à se déplacer et à travailler.
- Perte d'autonomie, dépendance vis-à-vis de la famille.
- Glaucome aigu non traité : perte de la vue en quelques heures ou jours.
- Effets indésirables des traitements (rougeur, picotements, changement de couleur de l'iris avec certains collyres), à signaler au soignant.
11Idées reçues
- « Le glaucome, c'est comme la cataracte : une opération et la vue revient. » Faux. La vue perdue par le glaucome ne revient jamais. Le traitement sert à garder la vue qui reste.
- « Je vois bien et je n'ai pas mal, donc mes yeux vont bien. » Faux. Le glaucome chronique ne donne aucun signe pendant des années. Seul un examen permet de le découvrir.
- « Je me sens bien, j'arrête mes gouttes. » Faux et dangereux. Les gouttes empêchent la pression de monter. Les arrêter fait reprendre la perte de la vue, sans qu'on la sente.
- « Des lunettes vont corriger le glaucome. » Faux. Les lunettes corrigent la vue, mais ne protègent pas le nerf optique.
- « Les plantes ou les collyres du marché soignent le glaucome. » Faux. Certains collyres du marché, surtout à la cortisone, peuvent même provoquer un glaucome.
- « Seules les personnes très âgées ont un glaucome. » Faux. Chez les personnes d'origine africaine, il peut commencer dès 40 ans, parfois plus tôt.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.