1Définition
Le goitre est une augmentation du volume de la thyroïde, une petite glande en forme de papillon située à l'avant du cou, sous la pomme d'Adam.
La thyroïde fabrique des hormones qui règlent le fonctionnement de tout le corps : le cœur, la température, le poids, l'énergie, la croissance et le développement du cerveau chez l'enfant.
Le goitre se voit comme une bosse ou un gonflement à l'avant du cou, qui monte quand on avale.
Un goitre peut :
- fonctionner normalement (goitre simple) ;
- fabriquer trop d'hormones (hyperthyroïdie) ;
- en fabriquer pas assez (hypothyroïdie).
La plupart des goitres ne sont pas des cancers. Mais tout goitre mérite d'être examiné par un soignant.
2Causes et transmission
Le goitre n'est pas contagieux.
Les principales causes :
- le manque d'iode dans l'alimentation : l'iode est indispensable à la thyroïde. Quand il manque, la glande grossit pour compenser. Cette cause a longtemps été très fréquente au Mali, loin de la mer ;
- les nodules : une ou plusieurs boules dans la thyroïde ;
- la maladie de Basedow : le corps fabrique des anticorps qui poussent la thyroïde à travailler trop (hyperthyroïdie) ;
- la thyroïdite de Hashimoto : les défenses du corps attaquent la thyroïde, qui finit par ne plus fonctionner assez (hypothyroïdie) ;
- les thyroïdites (inflammations de la thyroïde), parfois après une grossesse ou une infection ;
- certains aliments consommés en grande quantité et mal préparés, comme le manioc mal trempé ou mal séché, qui gênent l'utilisation de l'iode ;
- la puberté et la grossesse, où les besoins en iode augmentent ;
- plus rarement, un cancer de la thyroïde ;
- certains médicaments.
La maladie est plus fréquente quand d'autres membres de la famille ont un goitre.
3Qui est à risque ?
- Les femmes, beaucoup plus souvent que les hommes.
- Les femmes enceintes et celles qui allaitent.
- Les adolescentes (puberté).
- Les personnes vivant dans des zones où l'on consomme du sel non iodé.
- Les personnes ayant des antécédents familiaux de goitre ou de maladie de la thyroïde.
- Les personnes de plus de 40 ans (nodules).
- Les personnes qui ont reçu des rayons (radiothérapie) au cou dans l'enfance.
4Signes
Le goitre lui-même :
- gonflement ou bosse à l'avant du cou, parfois visible seulement quand on lève la tête ;
- la bosse monte quand on avale ;
- en général pas douloureux.
Quand le goitre est gros, il peut comprimer le cou :
- gêne pour avaler ;
- gêne pour respirer, surtout couché, ou bruit en respirant ;
- voix rauque ;
- toux.
Si la thyroïde travaille trop (hyperthyroïdie) :
- amaigrissement malgré un bon appétit ;
- cœur qui bat vite, palpitations ;
- tremblements des mains ;
- transpiration, sensation de chaleur permanente ;
- nervosité, irritabilité, mauvais sommeil ;
- diarrhée, faiblesse des muscles ;
- yeux qui sortent (dans la maladie de Basedow) ;
- règles irrégulières.
Si la thyroïde ne travaille pas assez (hypothyroïdie) :
- fatigue, lenteur, somnolence ;
- frilosité ;
- prise de poids ;
- constipation ;
- peau sèche, cheveux qui tombent ;
- visage bouffi, voix grave ;
- règles abondantes, difficulté à avoir des enfants ;
- tristesse, troubles de la mémoire.
Chez l'enfant dont la mère a manqué d'iode pendant la grossesse : retard de croissance, retard mental, surdité (crétinisme).
5Quand consulter en urgence
- Difficulté à respirer, bruit aigu en respirant
- Goitre qui grossit très vite ou devient douloureux et dur
- Voix rauque qui apparaît brutalement
- Difficulté importante à avaler
- Cœur qui bat très vite avec fièvre, agitation, confusion ou vomissements
- Après une opération de la thyroïde : fourmillements autour de la bouche et des doigts, crampes, ou difficulté à respirer
6Examens et analyses
- Examen clinique : le soignant palpe le cou, mesure le goitre, recherche des nodules et des ganglions.
- Dosage de la TSH (prise de sang) : c'est le premier examen. Il montre si la thyroïde travaille normalement, trop ou pas assez.
- Dosage de la T4 libre (et parfois de la T3), si la TSH est anormale.
- Anticorps antithyroïdiens (anti-TPO, anticorps anti-récepteurs de la TSH) pour rechercher la maladie de Basedow ou de Hashimoto.
- Échographie de la thyroïde : elle mesure la taille, recherche et décrit les nodules.
- Cytoponction : on prélève quelques cellules d'un nodule avec une fine aiguille pour vérifier qu'il n'est pas cancéreux.
- Scintigraphie de la thyroïde dans certains cas.
- Radiographie du cou et du thorax, ou scanner, pour un gros goitre qui descend dans la poitrine ou comprime la trachée.
- ECG en cas de palpitations.
7Diagnostic
Le diagnostic du goitre se fait à l'examen du cou, confirmé par l'échographie.
Le soignant cherche ensuite à répondre à trois questions :
1. Comment fonctionne la thyroïde ? (TSH, T4) : normalement, trop ou pas assez.
2. Quelle est la cause ? (manque d'iode, Basedow, Hashimoto, nodules…).
3. Y a-t-il un nodule suspect de cancer ? (échographie, cytoponction).
Il faut distinguer le goitre d'autres gonflements du cou :
- ganglions (tuberculose, infection, lymphome) ;
- kyste du cou ;
- abcès ;
- gonflement des glandes salivaires (oreillons).
8Traitement
Le traitement dépend de la cause, de la taille du goitre et du fonctionnement de la thyroïde.
- Goitre par manque d'iode : apport d'iode (sel iodé, parfois comprimés ou huile iodée sur prescription). Un petit goitre récent peut diminuer ; un goitre ancien diminue peu.
- Hypothyroïdie : hormone thyroïdienne en comprimé, la lévothyroxine, à prendre chaque jour, souvent à vie, le matin à jeun.
- Hyperthyroïdie :
- antithyroïdiens qui freinent la thyroïde : carbimazole, thiamazole, propylthiouracile (pendant la grossesse selon le soignant) ;
- propranolol pour calmer les palpitations et les tremblements ;
- parfois iode radioactif ou chirurgie.
- Chirurgie (thyroïdectomie : ablation de tout ou partie de la thyroïde) :
- goitre gros qui gêne pour respirer, avaler, ou qui est inesthétique ;
- nodule suspect ou cancer ;
- hyperthyroïdie qui ne se calme pas.
- Après l'ablation de toute la thyroïde, il faut prendre la lévothyroxine à vie.
- Petit goitre simple sans gêne : souvent une simple surveillance régulière.
Les antithyroïdiens peuvent rarement faire baisser les globules blancs : fièvre et mal de gorge pendant ce traitement doivent faire consulter vite.
Le choix du traitement et des doses revient au soignant. Ne pas prendre d'hormones ou de produits « pour la thyroïde » sans examens.
9Prévention
- Utiliser du sel iodé pour toute la famille : c'est la meilleure prévention du goitre et du retard mental dû au manque d'iode.
- Vérifier que le sel acheté porte la mention « sel iodé » ;
- le conserver dans un récipient fermé, à l'abri du soleil et de l'humidité, car l'iode s'en va à l'air ;
- l'ajouter en fin de cuisson de préférence.
- Le sel iodé ne veut pas dire manger plus de sel : garder une quantité modérée, surtout en cas d'hypertension.
- Manger du poisson et des œufs quand c'est possible.
- Bien préparer le manioc (trempage, séchage, cuisson).
- Suivre sa grossesse (CPN) : les besoins en iode augmentent pendant la grossesse et l'allaitement.
- Consulter devant tout gonflement du cou, plutôt que d'attendre qu'il grossisse.
10Complications
- Compression de la trachée et de l'œsophage : gêne pour respirer et avaler.
- Goitre plongeant : il descend derrière le sternum, dans la poitrine.
- Hyperthyroïdie non soignée : troubles du rythme du cœur, insuffisance cardiaque, os fragiles, amaigrissement important, crise thyrotoxique (urgence grave).
- Hypothyroïdie non soignée : fatigue, dépression, problèmes du cœur, infertilité, fausses couches, coma (rarement).
- Chez l'enfant : retard de croissance et retard mental si la mère a manqué d'iode pendant la grossesse ou si l'hypothyroïdie n'est pas soignée.
- Cancer de la thyroïde, dans une petite partie des nodules.
- Complications possibles de la chirurgie : voix modifiée, manque de calcium (fourmillements, crampes).
11Idées reçues
- « Le goitre vient de l'eau qu'on boit ou d'un mauvais sort. » Faux. Le goitre vient le plus souvent du manque d'iode ou d'une maladie de la thyroïde.
- « Tous les goitres sont des cancers. » Faux. La grande majorité des goitres ne sont pas cancéreux. Mais il faut les faire examiner.
- « Tous les goitres doivent être opérés. » Faux. Beaucoup se soignent avec des médicaments ou demandent seulement une surveillance. L'opération est réservée à certains cas.
- « Après l'opération, on perd sa voix ou on meurt. » Faux. Faite par un chirurgien expérimenté, l'opération est sûre. Les complications sont rares.
- « Le guérisseur peut faire fondre le goitre avec des massages ou des scarifications. » Faux et dangereux. Ces pratiques ne soignent pas et peuvent infecter le cou ou retarder le diagnostic d'un cancer.
- « Le sel iodé rend stérile ou donne des maladies. » Faux. Le sel iodé est sûr et protège le cerveau des bébés. Il est recommandé pour toute la famille.
- « Je prends la lévothyroxine, je peux l'arrêter quand je me sens bien. » Faux. Si la thyroïde ne fonctionne plus ou a été enlevée, le traitement est à vie.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.