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Méningite

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

La méningite est une infection des méninges, les fines enveloppes qui entourent le cerveau et la moelle épinière.

C'est une urgence absolue : la méningite due à une bactérie peut tuer en moins de 24 heures ou laisser des séquelles graves (surdité, épilepsie, retard). Bien traitée à temps, elle se guérit le plus souvent.

Le Mali fait partie de la « ceinture africaine de la méningite », une bande de pays qui va du Sénégal à l'Éthiopie. Des épidémies y éclatent pendant la saison sèche, surtout de janvier à mai.

2Causes et transmission

La méningite peut être due à plusieurs microbes :

  • Le méningocoque (Neisseria meningitidis) : c'est la bactérie des épidémies dans notre région (sérogroupes A, C, W, X).
  • Le pneumocoque : très fréquent chez le jeune enfant et l'adulte, souvent après une otite, une sinusite ou un traumatisme du crâne.
  • Haemophilus influenzae type b (Hib) : chez l'enfant de moins de 5 ans non vacciné.
  • Les virus : méningites souvent moins graves.
  • La tuberculose et un champignon (cryptocoque) : surtout chez les personnes vivant avec le VIH. Le début est plus lent.

Comment ça se transmet ? Le méningocoque passe d'une personne à l'autre par les gouttelettes de salive : toux, éternuements, baisers, partage de la même tasse, contact rapproché et prolongé. Beaucoup de personnes portent la bactérie dans la gorge sans être malades et peuvent la transmettre.

Ce qui favorise les épidémies :

  • le vent sec et la poussière de l'harmattan, qui irritent la gorge ;
  • les chambres surpeuplées et mal aérées ;
  • les grands rassemblements (marchés, fêtes, pèlerinages, écoles, camps).

3Qui est à risque ?

  • Les enfants de moins de 5 ans, surtout les nourrissons.
  • Les adolescents et jeunes adultes (5 à 29 ans), très touchés pendant les épidémies.
  • Les personnes non vaccinées.
  • Les personnes qui vivent sous le même toit qu'un malade.
  • Les personnes vivant avec le VIH, les drépanocytaires, les personnes sans rate.
  • Les personnes qui ont eu un traumatisme du crâne ou des otites à répétition.
  • Les élèves en internat, les militaires, les pèlerins.

4Signes

Chez le grand enfant et l'adulte, les signes apparaissent vite, en quelques heures :

  • fièvre forte ;
  • maux de tête violents ;
  • raideur de la nuque : le malade ne peut pas poser le menton sur la poitrine ;
  • vomissements, souvent en jet ;
  • gêne à la lumière : le malade cherche l'obscurité ;
  • somnolence, agitation, propos confus.

Chez le nourrisson, les signes sont plus trompeurs :

  • fièvre, ou au contraire corps froid ;
  • refus de téter, vomissements ;
  • fontanelle bombée (le « trou » sur le haut de la tête est gonflé) ;
  • bébé mou ou au contraire raide, pleurs geignards, cri inhabituel ;
  • convulsions.

Un signe très grave : des petites taches rouges ou violettes sur la peau qui ne s'effacent pas quand on appuie dessus avec un verre transparent (purpura). C'est souvent le signe d'un méningocoque, qui peut tuer en quelques heures.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • Fièvre avec maux de tête violents ou raideur de la nuque
  • Taches rouges ou violettes sur la peau qui ne s'effacent pas sous un verre
  • Convulsions
  • Somnolence, confusion, malade qui ne répond plus bien
  • Nourrisson qui ne tète plus, fontanelle bombée ou bébé mou
  • Vomissements répétés avec fièvre
  • Fièvre chez une personne qui a été en contact avec un malade de méningite

6Examens et analyses

  • La ponction lombaire : c'est l'examen clé. On prélève un peu de liquide dans le bas du dos avec une aiguille fine. Elle ne rend pas paralysé et ne « vole » pas la moelle : l'aiguille est placée sous la moelle épinière.
  • Analyse du liquide (LCR) : aspect (trouble, clair ou purulent), nombre de globules blancs, sucre et protéines, coloration de Gram, test au latex, culture et parfois PCR pour identifier le microbe.
  • Prise de sang : numération, CRP, glycémie, hémoculture.
  • Goutte épaisse ou TDR du paludisme : le paludisme grave peut donner les mêmes signes.
  • Test VIH, surtout si la méningite traîne ou revient.
  • Scanner cérébral dans certains cas.

Important : si la ponction ne peut pas être faite tout de suite, le traitement ne doit pas attendre les analyses.

7Diagnostic

Le soignant pense à la méningite devant une fièvre avec raideur de la nuque, des maux de tête violents, des troubles de la conscience, ou un purpura.

La ponction lombaire confirme le diagnostic et aide à trouver le microbe en cause.

Il faut écarter d'autres maladies qui se ressemblent : paludisme grave (forme neurologique), tétanos, abcès du cerveau, hémorragie méningée, fièvre typhoïde compliquée. Le paludisme et la méningite peuvent aussi être présents en même temps.

Pendant une épidémie, tout malade avec fièvre et raideur de la nuque est considéré comme une méningite et traité sans attendre.

8Traitement

La méningite bactérienne se soigne à l'hôpital ou au centre de santé, jamais à la maison.

  • Antibiotiques par injection, le plus tôt possible : la ceftriaxone est le traitement de référence dans notre région. D'autres antibiotiques peuvent être utilisés selon le microbe et le malade (ampicilline, gentamicine chez le nouveau-né, par exemple).
  • Si le centre de santé doit transférer le malade, une première injection d'antibiotique avant le transfert peut sauver la vie.
  • Corticoïdes (dexaméthasone) : parfois, selon le microbe et l'âge, sur décision du médecin.
  • Traitement des convulsions, de la fièvre et de la déshydratation, apport de sucre si besoin.
  • Méningite tuberculeuse : traitement antituberculeux pendant plusieurs mois.
  • Méningite à cryptocoque (VIH) : antifongiques (amphotéricine B, fluconazole, flucytosine) et prise en charge du VIH.

Le choix des médicaments et des doses revient au soignant qui examine le malade. Ne jamais donner de médicaments de la boutique ou du marché en attendant : chaque heure compte.

9Prévention

  • La vaccination est la meilleure protection :
  • vaccin contre le méningocoque : le MenAfriVac (méningocoque A) a presque fait disparaître le méningocoque A au Mali. Le nouveau vaccin Men5CV protège contre 5 sérogroupes (A, C, W, X, Y) ;
  • vaccin contre le pneumocoque (PCV) et vaccin Pentavalent (qui contient le Hib), dans le calendrier du PEV des nourrissons.
  • Faire vacciner tous les enfants selon le calendrier et participer aux campagnes de vaccination.
  • Les personnes vivant avec un malade (contacts proches) doivent aller au centre de santé : un antibiotique préventif peut leur être donné (ciprofloxacine, rifampicine ou ceftriaxone selon les cas).
  • Aérer les chambres, éviter de dormir nombreux dans une petite pièce fermée.
  • Se couvrir la bouche en toussant, ne pas partager les tasses et les cuillères.
  • Pendant une épidémie, signaler tout cas au centre de santé et suivre les consignes des autorités sanitaires.

10Complications

Même bien soignée, une méningite bactérienne peut laisser des séquelles :

  • surdité, parfois des deux oreilles : faire contrôler l'audition après la guérison, surtout chez l'enfant ;
  • épilepsie (convulsions à répétition) ;
  • retard de développement, difficultés à l'école, troubles du comportement ;
  • paralysie d'un membre ou d'un côté du corps ;
  • hydrocéphalie (eau dans la tête) chez le nourrisson ;
  • gangrène et amputation des doigts ou des membres après un purpura grave ;
  • décès : sans traitement, la moitié des malades peuvent mourir.

11Idées reçues

  • « La ponction lombaire rend paralysé ou fou. » Faux. L'aiguille est placée en dessous de la moelle épinière. C'est un examen sûr qui permet de choisir le bon traitement.
  • « C'est un mauvais sort ou une maladie envoyée. » Faux. C'est une infection causée par un microbe. Elle se soigne avec des antibiotiques.
  • « On essaie d'abord les plantes et on ira au centre si ça ne passe pas. » Faux et dangereux. La méningite peut tuer en moins d'une journée. Chaque heure de retard augmente le risque de mort ou de séquelles.
  • « Mon enfant a été vacciné une fois, il est protégé contre toutes les méningites. » Faux. Chaque vaccin protège contre certains microbes seulement. Il faut faire tous les vaccins du calendrier et consulter devant les signes.
  • « C'est le froid qui donne la méningite. » Faux. La saison sèche et la poussière favorisent les épidémies, mais c'est un microbe qui la donne, transmis par la salive.
  • « Une raideur de la nuque, c'est toujours la méningite. » Pas toujours. Le paludisme grave ou d'autres maladies peuvent ressembler à une méningite. Seul le soignant peut faire la différence, et dans tous les cas c'est une urgence.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.

Classée aussi dans : Système nerveux