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Addictions (alcool, drogues, tabac)

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

Une addiction (ou dépendance) est une maladie dans laquelle une personne ne peut plus se passer d'un produit ou d'un comportement, malgré les dégâts qu'il cause à sa santé, à sa famille, à son travail ou à son argent.

Les produits les plus fréquents en Afrique de l'Ouest :

  • le tabac : cigarette, chicha, tabac à chiquer ou à priser ;
  • l'alcool : bière, vin, liqueurs, alcools traditionnels ;
  • le tramadol et d'autres médicaments détournés (calmants, somnifères, sirops contre la toux à la codéine) ;
  • le cannabis (yamba) ;
  • la colle, l'essence et les solvants inhalés, surtout chez les enfants des rues ;
  • la cocaïne, le crack, l'héroïne et les amphétamines.

Il existe aussi des addictions sans produit : jeux d'argent et paris, écrans et réseaux sociaux.

L'addiction n'est pas un vice ni un manque de volonté : c'est une maladie du cerveau, qui modifie le contrôle et le plaisir. Elle se soigne, et il est possible d'en sortir, même après de longues années.

2Causes et transmission

L'addiction n'est pas contagieuse, mais l'entourage influence beaucoup la consommation.

Elle résulte de la rencontre entre un produit, une personne et un environnement :

  • le produit : certains créent une dépendance très rapide (tabac, tramadol, héroïne, crack) ;
  • la personne :
  • commencer jeune, à l'adolescence, quand le cerveau est encore en formation ;
  • héritage familial ;
  • anxiété, dépression, troubles psychiques ;
  • traumatismes, violences subies ;
  • recherche de sensations, timidité ;
  • l'environnement :
  • amis ou famille qui consomment ;
  • produits faciles à trouver et bon marché (tramadol vendu au marché, cigarettes à l'unité) ;
  • stress, pauvreté, chômage, désœuvrement ;
  • métiers pénibles où l'on prend des produits pour « tenir » : chauffeurs, apprentis, orpailleurs, manœuvres, cultivateurs ;
  • publicité, fêtes, grins.

3Qui est à risque ?

  • Les adolescents et jeunes qui commencent tôt.
  • Les jeunes sans emploi ou désœuvrés.
  • Les travailleurs soumis à des efforts physiques ou des horaires difficiles (transport, orpaillage, chantiers).
  • Les enfants des rues et les jeunes en rupture familiale.
  • Les personnes qui souffrent d'anxiété, de dépression ou d'autres troubles psychiques.
  • Les personnes ayant vécu des violences ou des traumatismes.
  • Les personnes dont un parent a une addiction.
  • Les personnes à qui l'on a prescrit longtemps des calmants ou des médicaments contre la douleur.

4Signes

Signes de dépendance :

  • envie très forte, presque irrésistible, de consommer ;
  • perte de contrôle : consommer plus ou plus longtemps que prévu ;
  • besoin d'augmenter les quantités pour avoir le même effet ;
  • signes de manque quand on arrête : agitation, sueurs, tremblements, irritabilité, insomnie, douleurs, angoisse ;
  • abandon des autres activités, de l'école, du travail, de la famille ;
  • continuer malgré les problèmes de santé, d'argent, de famille ;
  • essais répétés d'arrêter sans y arriver.

Signes que l'entourage peut remarquer :

  • changement de caractère, irritabilité, isolement ;
  • absences à l'école ou au travail, baisse des résultats ;
  • besoins d'argent inexpliqués, dettes, vols à la maison ;
  • mensonges ;
  • nouveaux amis, sorties tardives ;
  • yeux rouges, odeur d'alcool, de tabac ou de cannabis ;
  • somnolence ou au contraire excitation, insomnie ;
  • amaigrissement, négligence de l'hygiène.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • Personne qui ne se réveille pas, respire très lentement ou très faiblement, ou a les lèvres bleues
  • Convulsions après la prise de tramadol, d'alcool ou d'autres produits
  • Tremblements importants, sueurs, hallucinations ou confusion après l'arrêt brutal de l'alcool
  • Douleur dans la poitrine, cœur qui s'emballe après la prise de drogues
  • Agitation violente, délire, comportement dangereux
  • Idées de suicide ou envie de se faire du mal
  • Vomissements de sang, jaunisse, ventre gonflé chez un buveur d'alcool

En attendant les secours, si la personne est inconsciente mais respire : la mettre sur le côté (position latérale de sécurité), ne rien lui donner à boire, rester avec elle.

6Examens et analyses

  • Entretien sans jugement : produits consommés, quantités, fréquence, conséquences, essais d'arrêt.
  • Questionnaires simples (par exemple AUDIT pour l'alcool, test de Fagerström pour le tabac).
  • Examen physique complet : tension, poids, foie, poumons, nerfs, état de la peau et des dents.
  • Prise de sang selon le produit :
  • foie (transaminases, GGT), numération, glycémie (alcool) ;
  • VIH, hépatites B et C, syphilis (injection, rapports à risque) ;
  • Recherche de drogues dans les urines dans certains cas.
  • Radiographie des poumons, recherche de la tuberculose (tabac, cannabis, vie dans la rue).
  • ECG selon les cas.
  • Recherche d'une anxiété, d'une dépression ou d'une psychose associées.

7Diagnostic

Le diagnostic repose sur l'entretien : présence de plusieurs signes de dépendance (envie forte, perte de contrôle, augmentation des quantités, manque, abandon des autres activités, consommation malgré les dégâts) pendant au moins un an.

Le soignant évalue :

  • la gravité de la dépendance ;
  • les dégâts sur la santé (foie, poumons, cœur, cerveau, infections) ;
  • les troubles psychiques associés ;
  • la situation familiale, sociale et professionnelle ;
  • la motivation de la personne à changer.

8Traitement

1. Le premier pas : en parler, sans honte, à un soignant ou à une personne de confiance. Le soignant aide la personne à trouver ses propres raisons de changer (entretien motivationnel).

2. Le sevrage, c'est-à-dire l'arrêt du produit, accompagné par un soignant :

  • alcool : chez un grand buveur, ne jamais arrêter brutalement seul, car le manque peut provoquer des convulsions et un délire mortel (delirium tremens). Le sevrage se fait sous surveillance, avec des médicaments (diazépam ou autres calmants pendant quelques jours, vitamine B1) ;
  • tramadol et autres opiacés : arrêt progressif ou traitement de substitution selon les cas ;
  • calmants et somnifères : diminution progressive, jamais d'arrêt brutal ;
  • tabac : substituts nicotiniques (patchs, gommes, pastilles) qui calment le manque, et parfois des médicaments (bupropion, varénicline) ;
  • cannabis : arrêt, avec soutien pour les troubles du sommeil et l'irritabilité.

3. Éviter la rechute :

  • soutien psychologique régulier (individuel, en groupe) ;
  • groupes d'entraide (Alcooliques anonymes et autres) ;
  • médicaments pour réduire l'envie de boire dans certains cas (naltrexone, acamprosate) ;
  • traitement de substitution aux opiacés (méthadone, buprénorphine) dans les centres spécialisés ;
  • éviter les lieux et personnes liés à la consommation ;
  • remplir le temps : travail, sport, activités, religion, famille.

4. Soigner les complications et les troubles associés : foie, poumons, infections, anxiété, dépression, psychose.

5. Aide sociale : formation, emploi, réconciliation familiale.

Une rechute n'est pas un échec : elle fait souvent partie du chemin. Il faut reprendre le traitement sans se décourager.

Le choix des médicaments et des doses revient au soignant.

Pour ceux qui ne sont pas prêts à arrêter, quelques règles réduisent les risques :

  • ne jamais mélanger alcool, tramadol, calmants et autres produits ;
  • ne pas conduire après avoir consommé ;
  • ne pas consommer seul ;
  • ne jamais partager seringues, aiguilles ou pipes ;
  • utiliser un préservatif.

9Prévention

  • Parler avec les enfants et les adolescents des dangers du tabac, de l'alcool, du tramadol et du cannabis, sans menace ni moquerie.
  • Donner l'exemple : ne pas fumer ni boire devant les enfants, ne pas les envoyer acheter des cigarettes ou de l'alcool.
  • Retarder au maximum la première consommation.
  • Occuper les jeunes : école, formation, sport, activités culturelles, travail.
  • Ne pas prendre de médicaments (tramadol, calmants, sirops à la codéine) sans prescription, et ne pas les partager.
  • Repérer tôt les signes chez un proche et l'encourager à consulter.
  • Soigner l'anxiété, la dépression et les traumatismes.
  • Soutenir les lois qui limitent la vente de tabac aux mineurs et la vente illicite de tramadol.
  • Femme enceinte : aucun alcool, aucun tabac, aucune drogue pendant la grossesse et l'allaitement.

10Complications

Tabac :

  • cancers (poumon, bouche, gorge, vessie…) ;
  • bronchite chronique et BPCO ;
  • infarctus, AVC ;
  • tuberculose plus grave ;
  • chez la femme enceinte : bébé de petit poids, fausse couche.

Alcool :

  • cirrhose, pancréatite, cancers (bouche, œsophage, foie, sein) ;
  • hypertension, AVC, troubles du cœur ;
  • atteinte des nerfs et du cerveau, troubles de la mémoire ;
  • accidents, chutes, noyades, violences dans la famille ;
  • chez la femme enceinte : malformations et retard de l'enfant (syndrome d'alcoolisation fœtale).

Tramadol et autres médicaments détournés :

  • convulsions, surdose mortelle (surtout mélangé à l'alcool ou aux calmants) ;
  • forte dépendance et manque douloureux ;
  • constipation, troubles sexuels, troubles de l'humeur.

Cannabis :

  • psychose, anxiété, dépression ;
  • troubles de la mémoire et de la concentration, échec scolaire ;
  • bronchite.

Colle et solvants : atteinte grave du cerveau, du foie et des reins, mort subite.

Injection de drogues : VIH, hépatites B et C, abcès, infections du cœur.

Pour la vie : dettes, perte d'emploi, abandon scolaire, divorce, prison, isolement, suicide.

11Idées reçues

  • « Le tramadol donne de la force pour travailler et améliore les performances sexuelles. » Faux. Il crée une dépendance forte, peut provoquer des convulsions et la mort, et finit par diminuer les capacités sexuelles.
  • « La chicha est moins dangereuse que la cigarette. » Faux. Une séance de chicha fait inhaler autant de fumée que plusieurs dizaines de cigarettes.
  • « Le yamba (cannabis) est naturel, donc sans danger. » Faux. Il peut provoquer des psychoses, des troubles de la mémoire et l'échec scolaire, surtout chez les jeunes.
  • « Les boissons traditionnelles ne sont pas de l'alcool. » Faux. Les alcools traditionnels contiennent de l'alcool et peuvent créer la même dépendance.
  • « Il suffit de volonté pour arrêter. » Faux. L'addiction est une maladie. La volonté compte, mais l'aide d'un soignant et de l'entourage augmente beaucoup les chances de réussite.
  • « Un grand buveur peut arrêter l'alcool du jour au lendemain sans danger. » Faux et dangereux. L'arrêt brutal peut provoquer des convulsions et un délire mortel. Le sevrage doit être accompagné.
  • « Une personne dépendante est une mauvaise personne. » Faux. C'est une personne malade, qui a besoin d'aide et non d'exclusion.
  • « Fumer quelques cigarettes par jour ne fait pas de mal. » Faux. Même quelques cigarettes par jour augmentent le risque d'infarctus et de cancer.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.