1Définition
La dépression est une maladie qui touche l'humeur, les pensées et le corps. Ce n'est pas une simple tristesse passagère.
On parle de dépression quand une personne, pendant au moins deux semaines, presque tous les jours :
- se sent triste, vide, sans espoir ;
- et/ou n'a plus envie de rien, ne prend plus de plaisir à ce qu'elle aimait ;
- avec d'autres signes : fatigue, troubles du sommeil, de l'appétit, difficulté à se concentrer, idées noires.
La dépression est très fréquente : elle peut toucher tout le monde, à tout âge, homme ou femme, riche ou pauvre, croyant ou non.
Ce n'est ni une faiblesse, ni un manque de foi, ni un sort, ni de la folie. C'est une maladie qui se soigne, avec du soutien, une aide psychologique et parfois des médicaments. La plupart des personnes guérissent.
Sans soins, elle peut durer longtemps, gâcher la vie de famille et le travail, et conduire à des idées de suicide.
2Causes et transmission
La dépression n'est pas contagieuse. Elle résulte souvent de plusieurs causes ensemble.
Les événements de la vie :
- deuil, perte d'un proche ;
- conflits dans le couple ou la famille, divorce, problèmes de coépouses ;
- violences subies, présentes ou passées ;
- pauvreté, chômage, dettes, échec scolaire ou professionnel ;
- isolement, exil, migration, déplacement à cause de l'insécurité ;
- infertilité, perte d'une grossesse.
Les maladies :
- maladies chroniques : VIH, diabète, hypertension, épilepsie, cancer, AVC, drépanocytose ;
- douleurs chroniques, handicap ;
- hypothyroïdie, anémie ;
- certains médicaments.
Les moments à risque :
- après l'accouchement (dépression du post-partum) ;
- l'adolescence ;
- la vieillesse, la retraite.
Autres facteurs :
- un parent qui a eu une dépression (héritage familial) ;
- l'alcool, le cannabis et les autres drogues ;
- le stress prolongé et le manque de sommeil.
Parfois, la dépression survient sans cause évidente.
3Qui est à risque ?
- Les femmes, environ deux fois plus que les hommes, en particulier après un accouchement.
- Les personnes qui ont vécu un deuil, une séparation ou des violences.
- Les personnes ayant une maladie chronique ou un handicap.
- Les personnes isolées, sans emploi, en grande difficulté.
- Les personnes déplacées ou ayant vécu des événements très choquants (guerre, attaques).
- Les personnes qui boivent de l'alcool ou consomment des drogues.
- Les adolescents et les personnes âgées.
- Les personnes dont un parent a eu une dépression.
4Signes
Signes de l'humeur et des pensées :
- tristesse permanente, envie de pleurer ;
- perte d'intérêt et de plaisir pour tout (travail, famille, prière, sorties, relations intimes) ;
- sentiment d'être inutile, coupable, d'être un poids pour les autres ;
- perte d'espoir, impression que rien ne s'arrangera ;
- irritabilité, colère facile ;
- difficulté à se concentrer, à prendre des décisions, oublis ;
- idées de mort, envie de disparaître, idées de suicide.
Signes du corps (très fréquents en Afrique, et souvent les seuls dont la personne parle) :
- fatigue intense, même au réveil ;
- troubles du sommeil : réveils très tôt le matin, ou au contraire dormir beaucoup ;
- perte d'appétit et amaigrissement, ou au contraire manger beaucoup ;
- douleurs dans tout le corps, maux de tête, sensation de chaleur dans la tête, de « fourmis », de poids sur la poitrine ;
- lenteur dans les gestes et la parole, ou au contraire agitation ;
- baisse du désir sexuel.
Chez l'adolescent : irritabilité, isolement, baisse des notes, abandon de l'école, consommation d'alcool ou de drogues.
Chez la jeune mère : tristesse, pleurs, angoisse, sentiment d'être une mauvaise mère, difficulté à s'occuper du bébé, pendant plus de deux semaines après l'accouchement.
Chez la personne âgée : plaintes du corps, troubles de la mémoire, repli sur soi.
5Quand consulter en urgence
- Idées de suicide, envie de se faire du mal, ou personne qui parle de mourir
- Personne qui fait ses adieux, donne ses affaires ou prépare sa mort
- Tentative de suicide, même si elle semble sans gravité
- Personne qui ne mange plus, ne boit plus ou ne se lève plus
- Personne qui entend des voix, croit des choses étranges ou se met en danger
- Jeune mère qui a des idées de faire du mal à elle-même ou à son bébé
En cas de danger immédiat, ne laissez pas la personne seule, éloignez les produits et objets dangereux, et emmenez-la au centre de santé ou aux urgences.
6Examens et analyses
- Entretien avec le soignant : c'est l'élément principal. Il pose des questions sur l'humeur, le sommeil, l'appétit, les événements de la vie et les idées de suicide.
- Questionnaires simples (comme le PHQ-9) pour mesurer la gravité.
- Examen physique complet.
- Prise de sang selon les cas, pour rechercher une maladie qui donne les mêmes signes : numération (anémie), glycémie, TSH (thyroïde), test VIH, et d'autres selon le contexte.
- Recherche d'une consommation d'alcool ou de drogues.
7Diagnostic
Le diagnostic repose sur l'entretien : tristesse et/ou perte d'intérêt pendant au moins deux semaines, avec d'autres signes (fatigue, sommeil, appétit, culpabilité, concentration, idées de mort), qui gênent la vie quotidienne.
Le soignant évalue la gravité (légère, modérée, sévère) et le risque de suicide.
Il faut distinguer la dépression de :
- la tristesse normale après un événement difficile, qui s'atténue avec le temps ;
- le deuil, qui est normal, mais peut se compliquer de dépression ;
- le trouble bipolaire : périodes de dépression qui alternent avec des périodes d'excitation ;
- l'anxiété, la psychose ;
- une maladie du corps (hypothyroïdie, anémie, maladie chronique) ;
- les effets de l'alcool ou des drogues.
8Traitement
1. Le soutien et l'écoute :
- parler de ce qu'on vit à une personne de confiance (membre de la famille, ami, soignant, guide religieux) ;
- être écouté sans jugement fait déjà du bien.
2. L'aide psychologique (psychothérapie) : c'est un traitement essentiel, surtout dans les dépressions légères à modérées :
- séances d'entretien avec un psychologue, un psychiatre ou un soignant formé ;
- elle aide à comprendre ce qui se passe, à résoudre les problèmes, à changer les pensées négatives et à reprendre des activités ;
- des séances en groupe sont aussi possibles.
3. Les médicaments antidépresseurs, dans les dépressions modérées à sévères, sur prescription :
- fluoxétine, sertraline, amitriptyline et d'autres ;
- ils agissent après 2 à 4 semaines : il ne faut pas les arrêter trop tôt ;
- il faut les continuer plusieurs mois (souvent 6 à 12 mois) après l'amélioration, pour éviter la rechute ;
- ils ne rendent pas dépendant et ne rendent pas « fou » ;
- ne jamais les arrêter brutalement : la diminution se fait avec le soignant.
4. L'hygiène de vie :
- garder un rythme : se lever et se coucher à heures régulières ;
- bouger chaque jour : marche, travaux, sport ;
- reprendre peu à peu des activités agréables et les relations avec les autres ;
- manger régulièrement ;
- éviter l'alcool et les drogues, qui aggravent la dépression.
5. Hospitalisation si la dépression est très sévère, s'il y a un risque de suicide important ou si la personne ne mange plus.
La foi et la prière peuvent être un soutien précieux. Elles ne remplacent pas les soins, mais peuvent les accompagner.
Le choix des médicaments et des doses revient au soignant.
9Prévention
- Parler de ses difficultés, ne pas rester seul avec ses problèmes.
- Garder des liens avec la famille, les amis, la communauté.
- Bouger, dormir suffisamment, garder un rythme régulier.
- Éviter l'alcool et les drogues.
- Soutenir les personnes en deuil, les jeunes mères, les malades chroniques, les personnes âgées et isolées.
- Repérer tôt les signes chez un proche et l'encourager à consulter.
- Lutter contre les violences dans la famille et la société.
- Pour les jeunes mères : aide de la famille après l'accouchement, repos, écoute.
10Complications
- Suicide : c'est la complication la plus grave.
- Alcool et drogues utilisés pour « oublier ».
- Perte du travail, abandon de l'école, difficultés financières.
- Conflits et séparations dans la famille.
- Aggravation des maladies chroniques (diabète, VIH, hypertension) : traitement mal suivi.
- Chez la jeune mère : difficultés à s'occuper du bébé, retard de croissance et de développement de l'enfant.
- Rechutes si le traitement est arrêté trop tôt.
11Idées reçues
- « La dépression, c'est de la faiblesse ou de la paresse. » Faux. C'est une maladie qui peut toucher les personnes les plus fortes et les plus courageuses.
- « Il suffit de se secouer et d'avoir du courage. » Faux. On ne guérit pas d'une dépression par la volonté seule, pas plus que d'un paludisme.
- « C'est un manque de foi. » Faux. Des personnes très croyantes peuvent être déprimées. La foi peut aider, mais la dépression demande des soins.
- « C'est un sort, un génie ou un mauvais œil. » Faux. C'est une maladie qui se soigne avec l'écoute, l'aide psychologique et parfois des médicaments.
- « La dépression, c'est la folie. » Faux. La personne déprimée n'est pas folle. Elle souffre et a besoin d'aide.
- « Les antidépresseurs rendent dépendant ou fou. » Faux. Ils ne créent pas de dépendance. Pris sur prescription, ils aident à guérir.
- « Les hommes ne font pas de dépression. » Faux. Les hommes en souffrent aussi, mais en parlent moins et la cachent parfois derrière l'alcool ou la colère.
- « Parler du suicide à quelqu'un lui donne des idées. » Faux. Demander simplement à une personne si elle pense au suicide la soulage et peut lui sauver la vie.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.