1Définition
La psychose est un trouble du cerveau dans lequel la personne perd le contact avec la réalité. Elle peut :
- entendre des voix ou voir des choses que les autres n'entendent ou ne voient pas (hallucinations) ;
- avoir des idées fausses dont elle est totalement convaincue (délire) : être poursuivie, empoisonnée, ensorcelée, avoir une mission divine, des pouvoirs spéciaux ;
- avoir des paroles et un comportement désorganisés ou étranges.
La psychose n'est pas une maladie unique, mais un ensemble de signes qui peuvent avoir plusieurs causes :
- la bouffée délirante aiguë : psychose brutale, souvent après un stress, qui peut guérir complètement ;
- la schizophrénie : maladie de longue durée, qui commence souvent chez l'adolescent ou le jeune adulte ;
- le trouble bipolaire : alternance de périodes d'excitation (manie), parfois avec délire, et de dépression ;
- la psychose après l'accouchement (post-partum) : une urgence ;
- la psychose due aux drogues (cannabis, tramadol, amphétamines, alcool) ;
- la psychose due à une maladie du corps (paludisme grave, méningite, VIH, épilepsie, thyroïde, certains médicaments).
La psychose n'est ni un sort, ni une possession, ni une maladie contagieuse. C'est une maladie qui se soigne avec des médicaments et un accompagnement. Beaucoup de personnes retrouvent une vie normale.
2Causes et transmission
La psychose n'est pas contagieuse.
Elle résulte souvent d'une fragilité du cerveau (parfois héréditaire), sur laquelle viennent agir des facteurs déclenchants :
- l'héritage familial : le risque est plus élevé si un parent a une schizophrénie ou un trouble bipolaire ;
- le cannabis (yamba), surtout chez l'adolescent et en grande quantité ;
- les autres drogues : tramadol détourné, amphétamines, cocaïne, solvants, et l'alcool (ou son arrêt brutal) ;
- le stress important : deuil, conflits, examen, migration, violences, insécurité ;
- l'accouchement ;
- le manque de sommeil prolongé ;
- certaines maladies : paludisme grave, méningite, VIH, épilepsie, hyperthyroïdie, tumeur du cerveau ;
- certains médicaments : corticoïdes à fortes doses, certains antipaludiques (méfloquine), et d'autres ;
- une souffrance à la naissance, des complications de la grossesse.
3Qui est à risque ?
- Les adolescents et jeunes adultes (15-30 ans), âge où la schizophrénie commence souvent.
- Les personnes dont un parent a une psychose ou un trouble bipolaire.
- Les consommateurs de cannabis et d'autres drogues, surtout les jeunes.
- Les femmes dans les semaines qui suivent l'accouchement, surtout si elles ont déjà eu une psychose ou un trouble bipolaire.
- Les personnes qui ont vécu un stress ou des événements très choquants.
- Les migrants et personnes déplacées.
- Les personnes atteintes de paludisme grave, de méningite, du VIH non traité.
4Signes
Les signes peuvent apparaître brutalement (en quelques jours) ou progressivement (en quelques mois).
Signes « en plus » :
- entendre des voix qui parlent, commentent, insultent ou donnent des ordres ;
- voir, sentir ou ressentir des choses qui n'existent pas ;
- idées délirantes : se croire poursuivi, empoisonné, ensorcelé, surveillé, avoir une mission spéciale, être une personne célèbre ou puissante, croire que les autres lisent ses pensées ;
- méfiance extrême envers les proches ;
- paroles incohérentes, passer du coq à l'âne, inventer des mots ;
- comportement bizarre : rires sans raison, parler seul, gestes étranges, se déshabiller en public ;
- agitation, insomnie, errance.
Signes « en moins » (surtout dans la schizophrénie) :
- repli sur soi, isolement ;
- perte d'intérêt, de motivation, abandon de l'école ou du travail ;
- négligence de l'hygiène et de l'apparence ;
- peu d'émotions, visage peu expressif ;
- parle peu.
Dans la manie (trouble bipolaire) : excitation, joie excessive ou irritabilité, ne dort presque plus sans être fatigué, parle beaucoup et vite, dépense sans compter, projets démesurés.
Signes qui annoncent souvent une psychose : changement de caractère, isolement, baisse des résultats scolaires, troubles du sommeil, méfiance, idées étranges.
5Quand consulter en urgence
- Personne qui menace de se faire du mal ou parle de suicide
- Personne agressive ou qui met en danger les autres
- Personne qui ne mange plus, ne boit plus ou ne dort plus depuis plusieurs jours
- Jeune mère qui délire, entend des voix ou a des idées de faire du mal à son bébé
- Confusion ou comportement étrange avec fièvre, maux de tête ou convulsions
- Comportement étrange apparu brutalement chez une personne âgée ou après la prise de drogues
- Personne qui erre loin de chez elle, se met en danger sur la route ou près de l'eau
6Examens et analyses
- Entretien avec la personne et la famille : histoire des troubles, consommations, antécédents familiaux.
- Examen physique complet.
- Recherche d'une cause du corps, surtout lors d'une première crise :
- TDR du paludisme, glycémie ;
- numération, sodium, calcium, fonction des reins et du foie ;
- test VIH, syphilis ;
- TSH (thyroïde) ;
- recherche de drogues dans les urines ;
- ponction lombaire en cas de fièvre ou de doute de méningite ;
- scanner du cerveau ou EEG selon les cas.
- Bilan avant les médicaments : poids, tension, glycémie, ECG pour certains traitements.
7Diagnostic
Le diagnostic repose sur l'entretien et l'observation : présence d'hallucinations, de délires, de paroles ou de comportements désorganisés.
Le soignant doit :
- écarter une cause du corps (paludisme, méningite, drogues, maladie de la thyroïde…), surtout lors d'une première crise ;
- évaluer le danger pour la personne et pour les autres ;
- préciser le type de psychose (bouffée délirante aiguë, schizophrénie, trouble bipolaire, psychose du post-partum, psychose liée aux drogues).
Il faut distinguer la psychose de :
- la confusion due à une maladie du corps (paludisme grave, méningite, hypoglycémie, déshydratation chez la personne âgée) ;
- l'intoxication ou le sevrage de drogues ou d'alcool ;
- la dépression sévère ;
- les croyances culturelles ou religieuses partagées par l'entourage, qui ne sont pas un délire ;
- l'épilepsie, la démence.
8Traitement
1. Les médicaments antipsychotiques : ils sont la base du traitement. Ils calment les voix, les idées délirantes et l'agitation, généralement en quelques jours à quelques semaines :
- halopéridol, chlorpromazine, rispéridone, olanzapine, aripiprazole et d'autres ;
- il existe des injections à effet prolongé (toutes les 2 à 4 semaines), utiles quand la prise de comprimés est difficile (halopéridol décanoate, fluphénazine décanoate) ;
- ils peuvent donner des effets indésirables : raideur, tremblements, somnolence, prise de poids. Il faut les signaler au soignant, qui peut ajuster le traitement ou ajouter un correcteur (trihexyphénidyle, bipéridène) ;
- dans le trouble bipolaire, des régulateurs de l'humeur (lithium, valproate de sodium, carbamazépine) ;
- il ne faut pas arrêter le traitement dès que la personne va mieux : la rechute est fréquente. La durée est fixée par le soignant (de plusieurs mois à plusieurs années).
2. L'hospitalisation : en cas de danger, d'agitation importante, de refus de manger, ou de psychose du post-partum.
3. L'accompagnement de la personne et de la famille :
- expliquer la maladie, les signes de rechute, l'importance du traitement ;
- soutien psychologique ;
- aide pour reprendre l'école, le travail, les activités ;
- éviter le cannabis, l'alcool et les autres drogues.
4. Soigner la cause quand il y en a une : paludisme, méningite, VIH, arrêt d'un médicament ou d'une drogue.
La personne malade a droit au respect. Ne jamais l'enchaîner, la frapper, l'enfermer ou la priver de nourriture : ces pratiques sont dangereuses, ne soignent pas et violent ses droits. Les soins religieux ou traditionnels peuvent accompagner, mais ne remplacent pas le traitement médical.
Le choix des médicaments et des doses revient au soignant.
9Prévention
- Éviter le cannabis et les autres drogues, surtout pendant l'adolescence.
- Consulter tôt dès les premiers signes (isolement, méfiance, idées étranges, insomnie) : plus le traitement commence tôt, meilleur est le résultat.
- Prendre le traitement régulièrement et ne pas l'arrêter sans avis.
- Reconnaître les signes de rechute (insomnie, irritabilité, méfiance) et revenir voir le soignant.
- Soutenir les jeunes mères après l'accouchement, surtout celles qui ont déjà eu des troubles psychiques.
- Dormir suffisamment, réduire le stress.
- Traiter vite le paludisme et les infections graves.
- Ne pas exclure les personnes malades : le soutien de la famille et de la communauté aide à la guérison.
10Complications
- Rechutes, surtout quand le traitement est arrêté.
- Suicide : le risque est plus élevé chez les personnes atteintes de psychose.
- Errance, accidents, noyades.
- Maltraitance : chaînes, coups, enfermement, abandon.
- Exclusion de la famille, de l'école, du travail ; difficultés pour se marier.
- Dépendance à l'alcool et aux drogues.
- Mauvaise santé physique : malnutrition, infections, diabète, maladies du cœur.
- Violence, rarement : les personnes atteintes de psychose sont beaucoup plus souvent victimes que auteurs de violences.
11Idées reçues
- « La psychose, c'est un sort, une possession ou une punition. » Faux. C'est une maladie du cerveau, qui se soigne avec des médicaments et un accompagnement.
- « La folie est contagieuse. » Faux. On ne peut pas l'attraper en touchant ou en vivant avec une personne malade.
- « Les malades mentaux sont toujours dangereux. » Faux. La grande majorité ne sont pas violents. Ils sont plus souvent victimes de violences.
- « Il faut enchaîner le malade pour le calmer ou le guérir. » Faux et dangereux. Les chaînes blessent, humilient et ne soignent pas. Le traitement calme l'agitation.
- « La psychose ne se guérit jamais. » Faux. La bouffée délirante aiguë peut guérir complètement. Pour les autres formes, le traitement permet souvent de vivre normalement.
- « Les médicaments rendent le malade comme un zombie. » Pas forcément. Les effets indésirables existent mais peuvent être corrigés en ajustant le traitement avec le soignant.
- « Le yamba (cannabis) est sans danger, c'est naturel. » Faux. Le cannabis peut déclencher une psychose, surtout chez les jeunes.
- « Il va mieux, on peut arrêter les médicaments. » Faux. Il va mieux grâce aux médicaments. Les arrêter fait souvent revenir la maladie.
- « Le mariage va le guérir. » Faux. Le mariage ne soigne pas la psychose et peut mettre en difficulté le malade et son conjoint.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.