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Épilepsie

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

L'épilepsie est une maladie du cerveau qui provoque des crises répétées. Pendant une crise, les cellules du cerveau envoient brutalement des décharges électriques anormales, comme un « court-circuit ».

On parle d'épilepsie quand une personne a fait au moins deux crises sans cause immédiate (comme la fièvre ou un manque de sucre), ou une crise avec un risque élevé de récidive.

Les crises peuvent prendre plusieurs formes : chute avec secousses de tout le corps, absences de quelques secondes, mouvements d'un seul bras, sensations bizarres…

L'épilepsie est fréquente : elle touche environ 1 personne sur 100, à tout âge, surtout l'enfant et la personne âgée.

L'épilepsie n'est ni contagieuse, ni un sort, ni une folie. Avec un traitement bien pris, la majorité des malades n'ont plus de crises et vivent normalement : école, travail, mariage, enfants.

2Causes et transmission

L'épilepsie n'est pas contagieuse : on ne l'attrape ni par la salive, ni par la bave, ni en touchant un malade pendant une crise.

Les causes possibles :

  • souffrance du bébé à la naissance (accouchement long ou difficile, bébé qui ne crie pas tout de suite) ;
  • séquelles de paludisme grave neurologique ou de méningite ;
  • traumatisme du crâne (accident de moto, chute, coup) ;
  • AVC, surtout chez la personne âgée ;
  • cysticercose : larves du ver du porc dans le cerveau ;
  • tumeur du cerveau ;
  • causes génétiques : parfois plusieurs personnes de la famille sont touchées ;
  • malformations du cerveau ;
  • alcool ;
  • dans beaucoup de cas, on ne trouve aucune cause.

Ce qui peut déclencher une crise chez un épileptique :

  • oublier ou arrêter son traitement ;
  • manquer de sommeil ;
  • l'alcool ;
  • la fièvre ;
  • le stress, la fatigue ;
  • le jeûne prolongé ;
  • les lumières qui clignotent (chez certaines personnes) ;
  • certains médicaments.

3Qui est à risque ?

  • Les enfants nés après un accouchement difficile ou avec une souffrance à la naissance.
  • Les enfants qui ont eu un paludisme grave avec convulsions ou une méningite.
  • Les personnes qui ont eu un traumatisme du crâne.
  • Les personnes âgées, après un AVC.
  • Les personnes qui mangent de la viande de porc mal cuite ou vivent dans de mauvaises conditions d'hygiène (cysticercose).
  • Les personnes dont un parent proche est épileptique.
  • Les personnes qui boivent beaucoup d'alcool.

4Signes

Crise généralisée (la plus connue) :

  • parfois un cri au début ;
  • perte de connaissance et chute ;
  • raideur de tout le corps, puis secousses des bras et des jambes ;
  • bave ou mousse à la bouche, parfois avec du sang (morsure de la langue) ;
  • parfois perte d'urine ;
  • la crise dure en général 1 à 3 minutes ;
  • après la crise : confusion, fatigue, maux de tête, sommeil profond. La personne ne se souvient pas de la crise.

Absences (surtout chez l'enfant) :

  • l'enfant s'arrête brusquement, le regard fixe, pendant quelques secondes ;
  • il ne répond pas, puis reprend son activité comme si de rien n'était ;
  • elles peuvent arriver plusieurs fois par jour et être prises pour de l'inattention à l'école.

Crises focales (partielles) :

  • secousses d'un bras, d'une jambe ou d'un côté du visage ;
  • sensations bizarres : fourmillements, odeur ou goût étrange, impression de déjà-vu, peur soudaine ;
  • gestes automatiques : mâchonner, se frotter les mains, tirer ses habits, marcher sans but ;
  • la personne peut rester consciente ou être « absente ».

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • Crise qui dure plus de 5 minutes
  • Crises qui se suivent sans que la personne se réveille entre elles
  • Première crise de la vie
  • Difficulté à respirer, lèvres bleues après la crise
  • Blessure grave pendant la crise (tête, brûlure) ou crise dans l'eau
  • Crise avec fièvre, raideur de la nuque ou après un coup sur la tête
  • Crise chez une femme enceinte ou chez un diabétique

Pendant une crise, que faire ?

  • Rester calme et rester près de la personne.
  • Éloigner les objets dangereux (feu, marmite, eau, objets coupants).
  • Protéger la tête avec un vêtement plié ou un coussin.
  • Ne pas tenir les bras et les jambes, ne pas empêcher les secousses.
  • Ne rien mettre dans la bouche : ni cuillère, ni doigt, ni bâton, ni eau, ni médicament. La personne ne peut pas avaler sa langue.
  • Regarder l'heure pour savoir combien de temps dure la crise.
  • Quand les secousses s'arrêtent, mettre la personne sur le côté (position latérale de sécurité) pour que la bave s'écoule.
  • Rester avec elle jusqu'à ce qu'elle soit bien réveillée.

6Examens et analyses

  • Récit de la crise par un témoin : c'est l'élément le plus important. Une vidéo de la crise prise au téléphone aide beaucoup le soignant.
  • Électroencéphalogramme (EEG) : enregistrement de l'activité électrique du cerveau avec des électrodes posées sur la tête. Indolore. Il peut montrer des anomalies, mais un EEG normal n'élimine pas l'épilepsie.
  • Scanner ou IRM du cerveau : recherche d'une cause (cicatrice, tumeur, AVC, cysticercose).
  • Prise de sang : glycémie, sodium, calcium, numération.
  • TDR du paludisme, et ponction lombaire en cas de fièvre (méningite).
  • Recherche de la cysticercose dans certains cas.

7Diagnostic

Le diagnostic repose surtout sur la description des crises par la personne et les témoins.

Le soignant cherche ensuite :

  • le type de crises ;
  • la cause ;
  • ce qui déclenche les crises.

Il faut distinguer l'épilepsie de :

  • les convulsions fébriles de l'enfant de 6 mois à 5 ans : crises dues à la fièvre, souvent sans gravité, qui ne sont pas une épilepsie ;
  • les convulsions du paludisme grave, de la méningite ou de l'hypoglycémie ;
  • la syncope (évanouissement) ;
  • les crises d'origine émotionnelle (crises psychogènes) ;
  • le tétanos, l'AVC, une intoxication.

8Traitement

1. Les médicaments antiépileptiques, à prendre chaque jour, à heure fixe, pendant plusieurs années :

  • phénobarbital : efficace, peu coûteux et très utilisé en Afrique ;
  • carbamazépine ;
  • valproate de sodium (à éviter chez la fille et la femme qui peuvent avoir des enfants, car il est dangereux pour le bébé pendant la grossesse) ;
  • lamotrigine, lévétiracétam, phénytoïne et d'autres.

Le soignant choisit le médicament selon le type de crises, l'âge, le sexe et les autres maladies. Il commence par une petite quantité et l'augmente progressivement.

2. Ne jamais arrêter le traitement brutalement : cela peut provoquer des crises graves et prolongées. L'arrêt se discute avec le soignant, en général après plusieurs années sans crise, et se fait progressivement.

3. Crise longue (plus de 5 minutes) : médicament d'urgence, diazépam par voie rectale ou midazolam dans la bouche, donné par un soignant ou par la famille formée, puis transfert à l'hôpital.

4. Soigner la cause quand c'est possible : cysticercose, tumeur, etc.

5. Chirurgie : pour certaines épilepsies qui ne répondent pas aux médicaments, dans des centres spécialisés.

6. Hygiène de vie :

  • dormir suffisamment et à heures régulières ;
  • pas d'alcool ;
  • prendre ses médicaments même pendant le jeûne (adapter les horaires avec le soignant) ;
  • précautions : ne pas se baigner seul, éviter de cuisiner seul près d'un feu ouvert, ne pas monter en hauteur, ne pas conduire tant que les crises ne sont pas contrôlées.

Femme épileptique : elle peut avoir des enfants. Elle doit prévoir sa grossesse avec le soignant, prendre de l'acide folique avant et pendant la grossesse, et ne pas arrêter son traitement seule.

Le choix des médicaments et des doses revient au soignant.

9Prévention

  • Accoucher dans un centre de santé avec un personnel qualifié, pour éviter la souffrance du bébé à la naissance.
  • Faire vacciner les enfants (méningite, rougeole…).
  • Dormir sous moustiquaire et traiter vite le paludisme, surtout chez l'enfant.
  • Porter un casque à moto et à vélo.
  • Bien cuire la viande de porc, se laver les mains, utiliser des latrines (contre la cysticercose).
  • Faire baisser la fièvre chez le jeune enfant et consulter.
  • Éviter l'alcool.
  • Contrôler la tension pour éviter l'AVC.
  • Chez l'épileptique : prendre son traitement chaque jour et éviter ce qui déclenche les crises.

10Complications

  • Blessures pendant les crises : chutes, fractures, morsures de la langue.
  • Brûlures graves en tombant dans le feu, très fréquentes en Afrique.
  • Noyade pendant une crise dans l'eau (marigot, puits, bassine).
  • État de mal épileptique : crise qui ne s'arrête pas, urgence mortelle.
  • Mort subite inattendue, rare.
  • Exclusion de l'école, du travail, difficultés pour se marier, à cause des préjugés.
  • Dépression, anxiété.
  • Effets indésirables des médicaments (somnolence, troubles de la mémoire), à signaler au soignant.

11Idées reçues

  • « L'épilepsie est contagieuse par la bave. » Faux. On ne l'attrape pas en touchant un malade ou sa salive. Il faut aider la personne pendant la crise, et ne jamais la laisser seule près du feu ou de l'eau.
  • « L'épilepsie vient d'un sort, d'un génie ou d'une possession. » Faux. C'est une maladie du cerveau, qui se soigne avec des médicaments.
  • « L'épileptique est fou. » Faux. L'épilepsie n'est pas une maladie mentale. Entre les crises, la personne est tout à fait normale.
  • « Il faut mettre une cuillère ou un bâton dans la bouche pour qu'il n'avale pas sa langue. » Faux et dangereux. On ne peut pas avaler sa langue. Un objet dans la bouche casse les dents et blesse.
  • « Faire sentir un oignon, une chaussure ou verser de l'eau arrête la crise. » Faux. Cela n'a aucun effet. La crise s'arrête seule en quelques minutes ; il faut protéger la personne.
  • « Un épileptique ne peut pas aller à l'école, travailler ou se marier. » Faux. Avec un traitement, la plupart des épileptiques vivent normalement et peuvent avoir des enfants.
  • « Je n'ai plus de crises, j'arrête mes médicaments. » Faux et dangereux. L'arrêt brutal peut provoquer des crises graves. L'arrêt se décide avec le soignant.
  • « L'épilepsie ne se soigne pas. » Faux. Environ 7 malades sur 10 n'ont plus de crises avec un traitement bien pris.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.