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Fractures

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

Une fracture est une cassure d'un os. Elle peut être :

  • fermée : la peau n'est pas ouverte ;
  • ouverte : l'os a traversé la peau ou il y a une plaie en regard de la fracture. Elle est plus grave, car le risque d'infection de l'os est élevé ;
  • non déplacée : les morceaux d'os restent en place ;
  • déplacée : les morceaux d'os ont bougé, le membre peut être déformé.

Chez l'enfant, les os sont plus souples : ils peuvent se plier et se fissurer « en bois vert ». Les fractures près des articulations peuvent toucher le cartilage de croissance.

Chez la personne âgée, les os deviennent fragiles (ostéoporose) : une simple chute peut casser le col du fémur (haut de la cuisse), le poignet ou une vertèbre.

Une fracture bien soignée se répare en général en 6 à 12 semaines chez l'adulte, plus vite chez l'enfant. Mal soignée, elle peut laisser un membre déformé, raide ou raccourci, et parfois conduire à l'amputation.

2Causes et transmission

Les fractures ne sont pas contagieuses.

Les causes les plus fréquentes :

  • accidents de la route, surtout de moto : première cause chez le jeune adulte ;
  • chutes : d'un arbre (cueillette des mangues, du karité, du néré), d'un toit, dans un puits, de sa hauteur chez la personne âgée ;
  • coups, bagarres, agressions ;
  • accidents du travail, de l'agriculture, des mines et de l'orpaillage ;
  • sport, jeux d'enfants ;
  • coups de pied d'animaux (ânes, chevaux, bovins).

Les os fragilisés se cassent plus facilement :

  • ostéoporose chez la personne âgée, surtout la femme après la ménopause ;
  • infection de l'os (ostéomyélite), fréquente chez les drépanocytaires ;
  • tuberculose des os ;
  • tumeurs des os ;
  • malnutrition, manque de vitamine D.

3Qui est à risque ?

  • Les jeunes hommes, conducteurs et passagers de motos.
  • Les enfants, qui grimpent aux arbres et jouent.
  • Les personnes âgées, surtout les femmes, qui tombent facilement.
  • Les cultivateurs et cueilleurs qui montent aux arbres.
  • Les orpailleurs et ouvriers du bâtiment.
  • Les personnes drépanocytaires et celles qui ont une maladie des os.

4Signes

  • Douleur vive à l'endroit de l'os, qui augmente quand on bouge ou qu'on appuie ;
  • gonflement ;
  • bleu (hématome) ;
  • déformation du membre : angle anormal, raccourcissement, pied ou main tourné ;
  • impossibilité de bouger le membre ou de marcher ;
  • parfois un craquement au moment de l'accident ;
  • os visible ou plaie au niveau de la fracture (fracture ouverte).

Fracture du col du fémur chez la personne âgée : après une chute, douleur de l'aine, impossibilité de se lever, jambe raccourcie et pied tourné vers l'extérieur.

Fracture de la colonne : douleur du cou ou du dos après une chute ou un accident, parfois fourmillements, faiblesse ou paralysie des bras ou des jambes.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :

Toute suspicion de fracture doit être vue par un soignant. Il faut aller à l'hôpital immédiatement en cas de :

  • os visible ou plaie au niveau de la fracture
  • déformation importante du membre
  • main ou pied froid, pâle, bleu, engourdi ou qui ne bouge plus au-delà de la fracture
  • douleur du cou ou du dos après une chute ou un accident, fourmillements ou faiblesse des membres
  • chute ou accident avec fracture de la cuisse ou du bassin (risque de saignement interne)
  • douleur de la poitrine et difficulté à respirer après un choc
  • coup sur la tête avec perte de connaissance, vomissements ou confusion
  • sous un plâtre ou un bandage : douleur qui augmente, doigts ou orteils gonflés, froids, bleus, engourdis ou qui ne bougent plus

Les premiers gestes :
1. Ne pas bouger le membre blessé, et ne pas essayer de le remettre en place.
2. Immobiliser le membre dans la position où on le trouve, avec une attelle improvisée (planche, carton, bâton, revue roulée) attachée sans serrer, ou une écharpe pour le bras.
3. Retirer bagues, bracelets, montres avant que le membre ne gonfle.
4. Fracture ouverte : couvrir la plaie avec un linge propre, ne pas repousser l'os.
5. Suspicion de fracture de la colonne : ne pas déplacer la personne, sauf danger, et maintenir la tête dans l'axe du corps.
6. Ne rien donner à manger ni à boire (une opération peut être nécessaire).
7. Transporter la personne à l'hôpital, le membre immobilisé.

6Examens et analyses

  • Examen par le soignant : douleur, déformation, pouls, chaleur, sensibilité et mobilité des doigts ou des orteils au-delà de la fracture.
  • Radiographie : elle confirme la fracture, montre son type et son déplacement. Il faut en général deux clichés sous des angles différents.
  • Scanner pour les fractures complexes (articulations, bassin, colonne).
  • Bilan avant une opération (prise de sang, groupe sanguin).
  • Recherche d'une maladie des os en cas de fracture après un choc minime (ostéoporose, infection, tumeur).

7Diagnostic

Le diagnostic est suspecté devant la douleur, le gonflement, la déformation et l'impossibilité de bouger après un traumatisme. Il est confirmé par la radiographie.

Le soignant vérifie toujours :

  • s'il s'agit d'une fracture ouverte ;
  • s'il y a une atteinte des vaisseaux ou des nerfs ;
  • s'il y a d'autres blessures (tête, ventre, poitrine, colonne).

Il faut faire la différence avec :

  • l'entorse (ligament abîmé) ;
  • la luxation (os sorti de l'articulation) ;
  • la simple contusion (choc sans cassure).

8Traitement

1. Calmer la douleur : médicaments par la bouche ou en injection.

2. Remettre l'os en place (réduction), si la fracture est déplacée, sous anesthésie.

3. Immobiliser la fracture pour qu'elle se répare :

  • plâtre ou résine ;
  • attelle ;
  • traction (tirer doucement sur le membre avec des poids), dans certains cas ;
  • écharpe pour certaines fractures de l'épaule et du bras.

4. Opérer (ostéosynthèse), quand la fracture ne peut pas être bien remise et maintenue autrement :

  • le chirurgien fixe l'os avec des broches, des vis, une plaque ou un clou à l'intérieur de l'os ;
  • ou avec un fixateur externe (tiges métalliques à l'extérieur du membre), surtout pour les fractures ouvertes ;
  • prothèse de hanche pour certaines fractures du col du fémur chez la personne âgée.

5. Fracture ouverte : urgence : nettoyage chirurgical de la plaie dans les heures qui suivent, antibiotiques, vaccin contre le tétanos, fixation de l'os.

6. La rééducation (kinésithérapie) après l'immobilisation, pour retrouver la force et la souplesse.

Soins du plâtre :

  • surélever le membre les premiers jours (sur des coussins) ;
  • bouger souvent les doigts ou les orteils ;
  • ne pas mouiller le plâtre, ne rien glisser dedans pour se gratter ;
  • revenir immédiatement en cas de douleur qui augmente, de doigts gonflés, froids, bleus ou engourdis, ou d'odeur sous le plâtre ;
  • respecter les rendez-vous de contrôle et la durée prescrite.

Le choix des traitements et des médicaments revient au soignant.

Attention aux bandages traditionnels trop serrés : les attelles de bois ou de bambou très serrées et les bandages compressifs posés sur un membre qui gonfle peuvent couper la circulation du sang en quelques heures. Le membre peut alors mourir (gangrène) et devoir être amputé. Beaucoup d'amputations au Mali sont dues à ces bandages et non à la fracture elle-même. Ne pas masser ni tirer sur un membre fracturé.

9Prévention

  • Porter un casque à moto, attaché ; respecter les vitesses ; ne pas conduire après avoir bu ; ne pas transporter trop de passagers.
  • Ceinture de sécurité en voiture.
  • Prudence en montant aux arbres ; utiliser des perches pour cueillir ; protéger les puits avec une margelle et un couvercle.
  • Personnes âgées : éclairage la nuit, sol dégagé, chaussures stables, canne si besoin, traitement de la vue.
  • Prévenir l'ostéoporose : activité physique, aliments riches en calcium (lait, poisson séché avec arêtes, feuilles vertes, arachide, niébé), soleil modéré pour la vitamine D, pas de tabac ni d'alcool en excès.
  • Surveiller les enfants, protéger les fenêtres et escaliers.
  • Sécurité au travail (échafaudages, mines, orpaillage).

10Complications

  • Syndrome des loges : le gonflement sous un plâtre ou un bandage serré écrase les muscles, les nerfs et les vaisseaux. C'est une urgence : sans soins, le membre peut être perdu.
  • Gangrène et amputation.
  • Infection de l'os (ostéite), surtout après une fracture ouverte ou une opération.
  • Cal vicieux : l'os se répare en mauvaise position, le membre reste déformé ou raccourci.
  • Pseudarthrose : l'os ne se répare pas.
  • Raideur des articulations, douleurs, arthrose.
  • Atteinte des nerfs ou des vaisseaux.
  • Phlébite et embolie pulmonaire (caillots), surtout après une fracture de la jambe ou de la hanche.
  • Saignement important (cuisse, bassin), état de choc.
  • Paralysie après une fracture de la colonne.
  • Chez l'enfant : trouble de la croissance de l'os.

11Idées reçues

  • « Le rebouteux soigne les fractures mieux que l'hôpital. » Pas toujours. Certaines fractures simples peuvent guérir avec une bonne immobilisation, mais les bandages trop serrés et les fractures mal remises causent beaucoup de déformations et d'amputations. Une radiographie et un avis médical sont indispensables.
  • « À l'hôpital, on coupe toujours le membre. » Faux. L'hôpital soigne la grande majorité des fractures sans amputation. Beaucoup d'amputations sont dues à des bandages trop serrés ou à des retards de soins.
  • « Si je peux bouger, ce n'est pas cassé. » Faux. On peut parfois bouger un membre fracturé. Seule la radiographie permet de savoir.
  • « Un massage aide l'os à se remettre en place. » Faux et dangereux. Le massage d'une fracture peut aggraver le déplacement et blesser les nerfs et les vaisseaux.
  • « Le plâtre affaiblit l'os. » Faux. Le plâtre maintient l'os pour qu'il se répare. La raideur après le plâtre disparaît avec la rééducation.
  • « Les fractures des enfants guérissent toutes seules. » Faux. Elles guérissent vite, mais elles doivent être bien remises et immobilisées, sinon la croissance de l'os peut être perturbée.
  • « La douleur sous le plâtre est normale, il faut supporter. » Faux. Une douleur qui augmente sous un plâtre est un signe d'alerte : il faut revenir tout de suite.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.