1Définition
La pneumonie est une infection des poumons. Les petits sacs d'air des poumons (les alvéoles) se remplissent de pus et de liquide, ce qui rend la respiration difficile et douloureuse et empêche l'oxygène de bien passer dans le sang.
C'est la première cause de décès par infection chez les enfants de moins de 5 ans dans le monde, et une cause importante de décès chez les personnes âgées.
Bien reconnue et traitée tôt, la pneumonie se guérit le plus souvent avec des antibiotiques simples. Le danger vient surtout du retard de traitement.
2Causes et transmission
La pneumonie peut être due à :
- des bactéries : surtout le pneumocoque, mais aussi Haemophilus influenzae type b (Hib), le staphylocoque, et d'autres ;
- des virus : virus de la grippe, virus respiratoire syncytial (VRS) chez le nourrisson, coronavirus, virus de la rougeole ;
- plus rarement des champignons ou des parasites, surtout chez les personnes vivant avec le VIH (Pneumocystis).
Comment ça se transmet ? Les microbes passent d'une personne à l'autre par les gouttelettes de la toux et des éternuements, et par les mains. Beaucoup de personnes portent ces microbes dans le nez et la gorge sans être malades : la pneumonie apparaît quand les défenses baissent.
La pneumonie survient souvent après un rhume, une grippe ou une rougeole mal guéris.
3Qui est à risque ?
- Les enfants de moins de 5 ans, surtout les nourrissons de moins de 2 mois.
- Les enfants malnutris, non allaités ou nés avec un petit poids.
- Les enfants non vaccinés (pneumocoque, Pentavalent, rougeole).
- Les familles qui cuisinent au feu de bois ou au charbon dans la maison ou près de l'endroit où dort l'enfant : la fumée abîme les poumons.
- Les personnes âgées.
- Les personnes diabétiques, drépanocytaires, vivant avec le VIH, ou ayant une maladie du cœur, des reins ou des poumons (asthme).
- Les fumeurs et les personnes exposées à la fumée de tabac, les personnes qui boivent beaucoup d'alcool.
4Signes
Chez l'enfant :
- toux ;
- fièvre (parfois absente chez le petit nourrisson) ;
- respiration rapide : l'enfant respire plus vite que la normale (le soignant compte les mouvements sur une minute) ;
- tirage : la partie basse de la poitrine se creuse quand l'enfant inspire ;
- battement des ailes du nez, geignement (petit bruit à chaque expiration) ;
- l'enfant tète ou mange mal, est fatigué, grognon.
Chez l'adulte :
- fièvre et frissons ;
- toux avec crachats jaunes, verts ou couleur de rouille ;
- douleur dans la poitrine, souvent d'un côté, qui augmente quand on respire ou tousse (point de côté) ;
- essoufflement ;
- grande fatigue, maux de tête, perte d'appétit.
Chez la personne âgée : les signes peuvent être trompeurs : peu de fièvre, mais confusion, chutes, refus de manger, grande faiblesse.
5Quand consulter en urgence
- Respiration très rapide ou difficile, poitrine qui se creuse
- Lèvres ou ongles bleus ou gris
- Enfant qui ne peut plus boire ni téter, ou qui vomit tout
- Convulsions
- Enfant très endormi, difficile à réveiller, ou bébé mou
- Geignement ou bruit à chaque respiration
- Nourrisson de moins de 2 mois avec toux, fièvre ou difficulté à respirer
- Adulte essoufflé au repos, confus, ou avec forte douleur de poitrine
6Examens et analyses
- Examen clinique : le soignant compte la respiration, regarde le tirage et écoute les poumons au stéthoscope. Chez l'enfant, cela suffit souvent pour décider du traitement.
- Oxymètre de pouls : petite pince sur le doigt qui mesure l'oxygène dans le sang. Un taux bas signe une pneumonie grave qui demande de l'oxygène.
- Radiographie des poumons : elle montre la zone infectée et recherche un liquide autour du poumon (pleurésie) ou un abcès.
- Prise de sang : numération, CRP.
- TDR ou goutte épaisse du paludisme : le paludisme peut donner fièvre et respiration rapide, et les deux maladies peuvent être présentes ensemble.
- Test VIH si la pneumonie est grave, revient souvent ou ne guérit pas.
- Recherche de la tuberculose (GeneXpert sur les crachats) si la toux dure plus de 2 semaines.
- Hémoculture, glycémie, fonction des reins dans les formes graves à l'hôpital.
7Diagnostic
Chez l'enfant, le soignant suit la méthode de la PCIME (prise en charge intégrée des maladies de l'enfant) :
- toux ou difficulté à respirer avec respiration rapide → pneumonie ;
- avec tirage, signes de danger (ne peut pas boire, convulsions, léthargie, vomit tout) ou oxygène bas → pneumonie grave, à transférer en urgence.
Chez l'adulte, le diagnostic repose sur la fièvre, la toux, l'essoufflement, ce que le soignant entend au stéthoscope, et la radiographie.
Il faut la distinguer de :
- la bronchiolite du nourrisson, l'asthme, la bronchite ;
- le paludisme (respiration rapide due à l'anémie ou à l'acidose) ;
- la tuberculose ;
- une insuffisance cardiaque (essoufflement, jambes gonflées) ;
- une anémie grave.
8Traitement
- Antibiotiques : la plupart des pneumonies sont traitées par antibiotiques, car on ne peut pas toujours savoir si la cause est une bactérie.
- Chez l'enfant, la pneumonie simple se soigne à la maison avec de l'amoxicilline en comprimés dispersibles, selon la PCIME.
- La pneumonie grave de l'enfant se soigne à l'hôpital : antibiotiques par injection (ampicilline ou pénicilline avec gentamicine, ou ceftriaxone).
- Chez l'adulte : amoxicilline, amoxicilline-acide clavulanique, parfois associée à un macrolide (azithromycine, érythromycine) ; antibiotiques par injection si grave.
- Prendre l'antibiotique jusqu'au bout, même si l'on va mieux après 2 ou 3 jours.
- Oxygène si le taux d'oxygène dans le sang est bas.
- Faire baisser la fièvre : paracétamol.
- Bien faire boire, continuer l'allaitement et l'alimentation en petites quantités fréquentes.
- Dégager le nez du nourrisson avec du sérum physiologique.
- Ne pas donner de sirops contre la toux aux jeunes enfants : ils ne soignent pas la pneumonie et peuvent être dangereux.
- Revoir le soignant après 2 à 3 jours, ou plus tôt si l'enfant va moins bien.
- Chez la personne vivant avec le VIH : cotrimoxazole pour prévenir certaines pneumonies.
Le choix de l'antibiotique et des doses revient au soignant. Ne pas donner un reste de sirop d'un autre enfant ni acheter d'antibiotiques au marché.
9Prévention
- Vacciner les enfants selon le calendrier du PEV :
- vaccin contre le pneumocoque (PCV) ;
- vaccin Pentavalent (protège contre le Hib et la coqueluche) ;
- vaccin contre la rougeole.
- Allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois, puis allaitement prolongé avec une bonne alimentation.
- Bien nourrir les enfants et dépister la malnutrition.
- Cuisiner hors de la chambre, dans un endroit aéré, utiliser un foyer amélioré, ne pas laisser le bébé près du feu ou de la fumée.
- Ne pas fumer dans la maison ni près des enfants.
- Se laver les mains souvent, se couvrir la bouche en toussant.
- Traiter tôt le rhume qui s'aggrave, la rougeole et le paludisme.
- Personnes âgées et malades chroniques : vaccin contre la grippe et le pneumocoque, là où ils sont disponibles.
- Personnes vivant avec le VIH : traitement antirétroviral et cotrimoxazole.
10Complications
- Manque d'oxygène grave (insuffisance respiratoire) : cause principale de décès.
- Pleurésie purulente : du pus s'accumule autour du poumon ; il faut parfois le drainer.
- Abcès du poumon.
- Infection du sang (septicémie) et état de choc.
- Méningite, surtout avec le pneumocoque.
- Aggravation de la malnutrition chez l'enfant.
- Décompensation d'une maladie existante (cœur, diabète, drépanocytose).
- Décès, surtout chez le nourrisson, l'enfant malnutri et la personne âgée.
11Idées reçues
- « La pneumonie vient du froid ou de l'eau fraîche. » Faux. Elle est due à des microbes. Le froid ne la cause pas, mais la fumée et la malnutrition la favorisent.
- « Ce n'est qu'un rhume, ça va passer. » Dangereux. Si l'enfant respire vite ou si sa poitrine se creuse, ce n'est plus un rhume : il faut consulter le jour même.
- « Un sirop contre la toux suffit. » Faux. Le sirop ne soigne pas l'infection des poumons. Il faut un antibiotique prescrit par le soignant.
- « Les injections sont plus fortes que les comprimés. » Faux. Pour la pneumonie simple de l'enfant, les comprimés d'amoxicilline sont aussi efficaces. Les injections sont pour les formes graves.
- « Il faut arrêter l'antibiotique dès que la fièvre tombe. » Faux. Il faut finir le traitement, sinon la pneumonie peut revenir plus forte.
- « La fumée du feu de bois n'est pas dangereuse pour le bébé. » Faux. Elle abîme les poumons et augmente fortement le risque de pneumonie.
- « Frotter la poitrine avec du beurre de karité ou des produits mentholés soigne la pneumonie. » Faux. Ces produits ne soignent pas l'infection. Ceux qui sont mentholés peuvent même être dangereux chez le nourrisson.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.