1Définition
La syphilis est une infection sexuellement transmissible (IST) due à une bactérie, Treponema pallidum.
Elle évolue en plusieurs stades, sur des mois et des années :
- syphilis primaire : une plaie (chancre) qui ne fait pas mal sur les organes génitaux, l'anus ou la bouche ;
- syphilis secondaire : des boutons sur la peau, notamment sur les paumes des mains et la plante des pieds, et d'autres signes ;
- syphilis latente : aucun signe pendant des années, mais la bactérie est toujours là ;
- syphilis tertiaire : après de nombreuses années sans traitement, atteinte grave du cerveau, des nerfs, du cœur, des os.
La syphilis peut aussi passer de la mère enceinte au bébé (syphilis congénitale), avec des conséquences très graves : fausse couche, enfant mort-né, bébé malade.
La bonne nouvelle : la syphilis se guérit facilement avec un antibiotique par injection, surtout si elle est traitée tôt. Le dépistage pendant la grossesse permet de protéger le bébé.
2Causes et transmission
La syphilis se transmet :
- par les rapports sexuels non protégés : vaginaux, anaux et bucco-génitaux (avec la bouche), au contact du chancre ou des lésions de la peau et des muqueuses ;
- de la mère au bébé pendant la grossesse ;
- plus rarement, par une transfusion de sang non contrôlé.
Elle est surtout contagieuse pendant les deux premières années, quand il y a des plaies ou des boutons. Mais une femme enceinte peut la transmettre à son bébé même sans aucun signe.
On ne l'attrape pas en serrant la main, en partageant le repas, la vaisselle ou les toilettes.
Avoir eu la syphilis ne protège pas : on peut l'attraper à nouveau.
3Qui est à risque ?
- Les personnes qui ont plusieurs partenaires sexuels, ou un partenaire qui a d'autres partenaires, sans préservatif.
- Les personnes qui ont une autre IST, dont le VIH.
- Les jeunes sexuellement actifs.
- Les travailleurs du sexe et leurs clients, les routiers, les orpailleurs, les migrants.
- Les bébés dont la mère n'a pas été dépistée et traitée pendant la grossesse.
4Signes
Syphilis primaire (environ 3 semaines après le rapport contaminant) :
- plaie (chancre) unique, ronde, propre, au fond dur, qui ne fait pas mal ;
- sur le pénis, la vulve, le vagin, le col de l'utérus, l'anus ou la bouche ;
- souvent un ganglion dans l'aine, non douloureux ;
- chez la femme, le chancre est souvent caché dans le vagin ou sur le col et passe inaperçu ;
- le chancre guérit seul en 3 à 6 semaines, mais la maladie continue.
Syphilis secondaire (quelques semaines à quelques mois plus tard) :
- boutons ou taches rosées, cuivrées, qui ne grattent pas, sur le corps, et surtout sur les paumes et la plante des pieds ;
- plaques blanchâtres dans la bouche et sur les organes génitaux ;
- excroissances plates et humides autour de l'anus et de la vulve ;
- fièvre, fatigue, maux de tête ;
- ganglions dans tout le corps ;
- chute des cheveux par plaques ;
- ces signes disparaissent aussi sans traitement, mais la maladie continue.
Syphilis latente : aucun signe. Seule une prise de sang permet de la découvrir.
Syphilis tertiaire (des années plus tard) : troubles de la mémoire, folie, paralysies, troubles de la marche, perte de la vue ou de l'audition, maladie du cœur et de l'aorte, plaies des os et de la peau.
Syphilis du bébé (congénitale) : bébé né trop tôt ou trop petit, boutons et peau qui pèle sur les paumes et les plantes, nez qui coule avec du sang, gros foie et grosse rate, jaunisse, anémie, douleurs des os ; plus tard : dents déformées, surdité, troubles des yeux.
5Quand consulter en urgence
- Plaie sur les organes génitaux, l'anus ou la bouche, même si elle ne fait pas mal
- Boutons sur les paumes des mains ou la plante des pieds
- Femme enceinte qui n'a pas encore fait le test de la syphilis
- Partenaire chez qui on a découvert une syphilis
- Troubles de la vue, de l'audition, maux de tête violents, confusion chez une personne qui a eu une syphilis non traitée
- Nouveau-né avec boutons, nez qui coule avec du sang ou jaunisse, dont la mère a une syphilis
6Examens et analyses
- Test de diagnostic rapide (TDR) de la syphilis : sur une goutte de sang, résultat en quelques minutes. Il est fait à la première CPN chez toute femme enceinte, et chez toute personne ayant une IST.
- Prises de sang au laboratoire :
- TPHA (ou autre test tréponémique) : il montre que la personne a été infectée un jour ; il reste positif toute la vie, même après la guérison ;
- VDRL ou RPR : il montre si la maladie est active ; il sert aussi à vérifier la guérison après le traitement.
- Ponction lombaire en cas de signes neurologiques.
- Tests du VIH, de l'hépatite B et des autres IST.
- Examen du bébé et prise de sang si la mère a une syphilis.
7Diagnostic
Le diagnostic repose sur :
- les signes (chancre, boutons des paumes et des plantes) ;
- et surtout sur les tests sanguins (TDR, TPHA, VDRL).
Le soignant détermine le stade de la maladie, qui décide de la durée du traitement.
Il faut faire la différence avec :
- l'herpès génital (petites bulles douloureuses) ;
- le chancre mou (plaie douloureuse et purulente) ;
- d'autres plaies génitales (traumatisme, mycose) ;
- pour les boutons : allergie à un médicament, autres maladies de la peau, rougeole.
8Traitement
1. L'antibiotique :
- benzathine pénicilline en injection dans la fesse : c'est le traitement de référence ;
- une seule injection pour une syphilis récente, plusieurs injections (une par semaine) pour une syphilis ancienne ou de date inconnue, selon le soignant ;
- en cas d'allergie à la pénicilline : un autre antibiotique (doxycycline), sauf chez la femme enceinte ;
- chez la femme enceinte, la pénicilline est le seul traitement qui protège le bébé ;
- atteinte du cerveau ou des yeux : pénicilline en perfusion à l'hôpital.
2. Après la première injection, une fièvre avec frissons et douleurs peut apparaître pendant quelques heures : c'est une réaction normale à la mort des bactéries, ce n'est pas une allergie.
3. Traiter le ou les partenaires sexuels, même s'ils n'ont aucun signe.
4. Pas de rapports sexuels jusqu'à la fin du traitement et la guérison des lésions, chez les deux partenaires.
5. Contrôles : prise de sang (VDRL) quelques mois après le traitement pour vérifier la guérison.
6. Le bébé d'une mère atteinte est examiné et traité si nécessaire.
Le choix des médicaments et des doses revient au soignant. Les comprimés achetés au marché et les traitements traditionnels ne guérissent pas la syphilis.
9Prévention
- Préservatif à chaque rapport avec un partenaire de statut inconnu (il protège bien, mais pas totalement si une plaie est en dehors de la zone couverte).
- Fidélité entre partenaires dépistés.
- Dépistage de la syphilis à la première CPN, idéalement chez la femme et son partenaire, et à nouveau en fin de grossesse chez les femmes à risque.
- Traiter tôt les femmes enceintes atteintes, avant le 3e trimestre si possible.
- Traiter les partenaires de toute personne atteinte.
- Se faire dépister après un rapport à risque, ou en cas d'autre IST.
- Consulter devant toute plaie des organes génitaux.
10Complications
Chez l'adulte non traité :
- atteinte du cerveau (neurosyphilis) : troubles du comportement, démence, paralysie ;
- atteinte des yeux (cécité) et des oreilles (surdité) ;
- atteinte du cœur et de l'aorte ;
- plaies des os et de la peau ;
- risque plus élevé d'attraper et de transmettre le VIH.
Pendant la grossesse :
- fausse couche ;
- enfant mort-né ;
- accouchement prématuré ;
- syphilis congénitale : bébé malade, parfois handicapé à vie, ou décès.
11Idées reçues
- « La plaie a disparu, je suis guéri. » Faux. Le chancre guérit seul, mais la bactérie reste dans le corps et la maladie continue en silence.
- « Je n'ai aucun signe, donc je n'ai pas la syphilis. » Faux. La syphilis peut rester silencieuse pendant des années. Seul le test permet de savoir.
- « La syphilis ne touche que les personnes qui ont beaucoup de partenaires. » Faux. Un seul rapport avec une personne infectée suffit.
- « Une fois guéri, je ne peux plus l'attraper. » Faux. On peut attraper la syphilis plusieurs fois.
- « Des comprimés ou des plantes suffisent. » Faux. La syphilis se soigne surtout par des injections de pénicilline prescrites par un soignant.
- « Mon test TPHA reste positif, donc je ne suis pas guéri. » Faux. Le TPHA reste positif toute la vie, même après la guérison. C'est le VDRL qui montre si la maladie est encore active.
- « La syphilis de la mère ne touche pas le bébé. » Faux. Elle peut provoquer la mort du bébé ou une maladie grave. Le dépistage et le traitement pendant la grossesse le protègent.
- « On attrape la syphilis sur les toilettes ou en mangeant avec un malade. » Faux. Elle se transmet par les rapports sexuels et de la mère à l'enfant.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.