1Définition
Les pertes vaginales (ou pertes blanches) sont des écoulements qui sortent du vagin. Toutes les femmes en ont : elles nettoient et protègent naturellement le vagin.
Les pertes normales :
- sont blanches ou transparentes ;
- n'ont pas d'odeur forte ;
- ne provoquent ni démangeaisons, ni brûlures, ni douleur ;
- varient au cours du cycle (plus abondantes et filantes au milieu du cycle, pendant la grossesse ou sous contraception).
Les pertes anormales font penser à une infection génitale quand elles changent de couleur, d'odeur ou d'aspect, ou s'accompagnent de démangeaisons, de brûlures, de douleurs.
Les principales infections sont :
- la mycose vaginale (candidose) : due à un champignon ;
- la vaginose bactérienne : déséquilibre des bactéries normales du vagin ;
- la trichomonase : due à un parasite, transmise par les rapports sexuels ;
- les infections du col de l'utérus (gonocoque, chlamydia), transmises par les rapports sexuels ;
- l'infection de l'utérus et des trompes (infection génitale haute), plus grave, qui peut rendre stérile.
Chez l'homme, les infections génitales donnent surtout un écoulement par le pénis et des brûlures en urinant (voir la fiche Gonococcie).
Ces infections se soignent bien. Quand elles sont sexuellement transmissibles, le partenaire doit aussi être traité.
2Causes et transmission
Infections qui ne sont pas des IST (pas transmises par les rapports) :
- mycose vaginale : le champignon Candida vit normalement dans le vagin et se multiplie dans certaines conditions :
- après des antibiotiques ;
- pendant la grossesse ;
- en cas de diabète mal équilibré ou de VIH ;
- avec des vêtements serrés, synthétiques, l'humidité ;
- vaginose bactérienne : les « bonnes » bactéries du vagin sont remplacées par d'autres :
- douches vaginales, savons agressifs, produits introduits dans le vagin ;
- changement de partenaire, tabac.
Infections sexuellement transmissibles (IST) :
- trichomonase ;
- gonocoque et chlamydia ;
- elles se transmettent lors des rapports sexuels non protégés ;
- beaucoup de personnes infectées, surtout les femmes, n'ont aucun signe et peuvent transmettre l'infection sans le savoir.
Autres causes de pertes anormales :
- corps étranger oublié dans le vagin (tampon, morceau de tissu) ;
- produits ou plantes introduits dans le vagin pour « le resserrer » ou le « sécher » ;
- bilharziose génitale ;
- infection après un accouchement ou un avortement ;
- cancer du col de l'utérus.
3Qui est à risque ?
- Les femmes qui font des douches vaginales ou introduisent des produits dans le vagin.
- Les femmes qui prennent des antibiotiques, les femmes enceintes, diabétiques ou vivant avec le VIH (mycoses).
- Les personnes qui ont plusieurs partenaires ou un partenaire qui a d'autres partenaires, sans préservatif.
- Les jeunes femmes sexuellement actives.
- Les femmes qui ont eu récemment un accouchement ou un avortement.
- Les femmes excisées (séquelles pouvant gêner l'écoulement et favoriser les infections).
4Signes
Mycose vaginale :
- pertes blanches, épaisses, comme du lait caillé ;
- démangeaisons fortes de la vulve ;
- brûlures, surtout en urinant et pendant les rapports ;
- vulve rouge, gonflée ;
- pas d'odeur forte.
Vaginose bactérienne :
- pertes grisâtres, fluides ;
- odeur de poisson, plus forte après les rapports ou pendant les règles ;
- peu ou pas de démangeaisons.
Trichomonase :
- pertes jaunes ou verdâtres, mousseuses, abondantes ;
- mauvaise odeur ;
- démangeaisons, brûlures, douleur pendant les rapports.
Infection du col (gonocoque, chlamydia) :
- souvent aucun signe ;
- parfois pertes jaunes (pus), saignements après les rapports ou entre les règles, brûlures en urinant.
Infection de l'utérus et des trompes (infection haute) :
- douleur du bas-ventre ;
- fièvre ;
- douleur pendant les rapports ;
- pertes anormales, saignements.
5Quand consulter en urgence
- Douleur du bas-ventre avec fièvre
- Pertes malodorantes avec fièvre après un accouchement, une fausse couche ou un avortement
- Douleur forte du bas-ventre avec retard de règles (penser à une grossesse extra-utérine)
- Saignements anormaux, surtout après les rapports ou après la ménopause
- Pertes anormales pendant la grossesse
- Plaies, boutons ou ulcérations sur les organes génitaux
- Pertes qui reviennent souvent ou ne guérissent pas avec le traitement
6Examens et analyses
- Questions sur les signes, les partenaires, les produits utilisés, les règles, une grossesse possible.
- Examen gynécologique avec un spéculum (petit instrument qui permet de voir le vagin et le col) : aspect des pertes, du col, recherche de plaies.
- Examen des pertes au microscope et mesure de l'acidité du vagin (pH), parfois sur place.
- Prélèvement vaginal envoyé au laboratoire, en cas de doute, de récidive ou d'échec.
- Tests de recherche du gonocoque et du chlamydia, là où ils sont disponibles.
- Test VIH, test de la syphilis, hépatite B : toute IST doit faire proposer ces tests.
- Test de grossesse en cas de douleur ou de retard de règles.
- Dépistage du cancer du col (examen du col après application de vinaigre ou frottis).
- Échographie du bas-ventre en cas de douleur ou de fièvre.
- Glycémie en cas de mycoses répétées.
7Diagnostic
Le diagnostic repose sur les signes, l'examen gynécologique et, si possible, l'examen des pertes.
Dans beaucoup de centres de santé, le soignant utilise l'approche syndromique de l'OMS : il choisit le traitement selon les signes (pertes, douleur du bas-ventre, plaies), même sans analyse de laboratoire, pour soigner vite et éviter les complications.
Il faut faire la différence entre :
- pertes normales ;
- mycose, vaginose, trichomonase ;
- infection du col ou infection haute ;
- cancer du col ;
- infection urinaire ;
- grossesse extra-utérine.
8Traitement
Mycose vaginale :
- ovules ou crème antifongiques (clotrimazole, miconazole, éconazole) ;
- ou un comprimé antifongique (fluconazole), selon le soignant ;
- le partenaire n'est traité que s'il a des signes.
Vaginose bactérienne :
- métronidazole en comprimés ou en gel vaginal, ou clindamycine ;
- pas d'alcool pendant le traitement par métronidazole et 2 jours après.
Trichomonase :
- métronidazole ;
- traitement du partenaire en même temps.
Infection du col (gonocoque, chlamydia) :
- antibiotiques associés, par exemple ceftriaxone en injection et doxycycline ou azithromycine ;
- traitement du partenaire obligatoire.
Infection de l'utérus et des trompes :
- antibiotiques associés pendant 2 semaines (par exemple ceftriaxone, doxycycline et métronidazole) ;
- hospitalisation si l'infection est grave ;
- traitement du partenaire.
Pour toutes les IST :
- traiter le ou les partenaires en même temps, même s'ils n'ont pas de signes ;
- pas de rapports sexuels, ou préservatif, pendant le traitement et jusqu'à la guérison des deux partenaires ;
- prendre tout le traitement ;
- faire les tests du VIH, de la syphilis et de l'hépatite B.
Pendant la grossesse : certains médicaments sont remplacés par d'autres sans danger pour le bébé : toujours dire au soignant que l'on est enceinte.
Le choix des médicaments et des doses revient au soignant. Ne pas faire de douches vaginales, ne pas introduire de plantes, de poudres, de citron, de savon ou d'autres produits dans le vagin.
9Prévention
- Toilette intime externe seulement, à l'eau ou avec un savon doux, une fois par jour : le vagin se nettoie seul.
- Pas de douches vaginales, pas de produits ou de plantes introduits dans le vagin.
- S'essuyer d'avant en arrière après les toilettes.
- Sous-vêtements en coton, propres, pas trop serrés ; bien sécher après la toilette.
- Changer souvent les serviettes hygiéniques ou les tissus pendant les règles.
- Préservatif à chaque rapport avec un partenaire de statut inconnu.
- Fidélité entre partenaires dépistés.
- Faire traiter le partenaire en cas d'IST.
- Dépistage régulier du VIH, des IST et du cancer du col.
- Vaccin contre le HPV pour les jeunes filles, là où il est disponible (contre le cancer du col).
- Équilibrer le diabète.
10Complications
- Infection de l'utérus et des trompes, qui peut entraîner :
- stérilité (trompes bouchées) ;
- grossesse extra-utérine ;
- douleurs du bas-ventre chroniques ;
- abcès.
- Pendant la grossesse : accouchement prématuré, rupture précoce de la poche des eaux, infection du bébé (notamment des yeux).
- Risque plus élevé d'attraper ou de transmettre le VIH.
- Infections à répétition, gêne dans la vie de couple.
- Retard de diagnostic d'un cancer du col si les pertes ou les saignements sont négligés.
11Idées reçues
- « Toutes les pertes sont anormales. » Faux. Des pertes blanches ou transparentes, sans odeur ni démangeaisons, sont normales et protègent le vagin.
- « Des pertes, c'est forcément une maladie sexuelle ou une infidélité. » Faux. La mycose et la vaginose ne sont pas des IST. Elles peuvent apparaître sans aucun lien avec les rapports.
- « Les douches vaginales rendent propre. » Faux. Elles détruisent la protection naturelle du vagin et favorisent les infections.
- « Mettre des plantes ou des poudres dans le vagin le resserre et plaît au mari. » Faux et dangereux. Ces produits blessent le vagin, favorisent les infections et augmentent le risque de VIH.
- « Le partenaire n'a pas besoin d'être traité s'il n'a pas de signes. » Faux. Pour les IST, s'il n'est pas traité, il retransmet l'infection.
- « Je peux reprendre le reste d'un ancien traitement. » Faux. Le traitement dépend du type d'infection. Un traitement incomplet ou inadapté rend les microbes résistants.
- « Les pertes viennent d'un sort ou d'une maladie envoyée. » Faux. Ce sont des infections ou des déséquilibres du vagin, qui se soignent.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.