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Paludisme de la femme enceint

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

Le paludisme est une maladie due à un parasite (Plasmodium), transmis par la piqûre du moustique anophèle, surtout la nuit.

Pendant la grossesse, les défenses de la femme contre le paludisme diminuent. Elle attrape plus facilement le paludisme, et il est plus souvent grave.

Les parasites peuvent aussi s'accumuler dans le placenta (paludisme placentaire), parfois sans que la mère ait de fièvre. Le placenta nourrit alors mal le bébé.

Le paludisme pendant la grossesse peut provoquer :

  • chez la mère : anémie, paludisme grave, décès ;
  • chez le bébé : fausse couche, naissance prématurée, petit poids de naissance, mort dans le ventre de la mère.

Au Mali, le paludisme est l'une des principales menaces pour les femmes enceintes et leurs bébés. Mais il peut être évité grâce à la moustiquaire imprégnée et au traitement préventif donné aux CPN, et soigné avec des médicaments sans danger pour la grossesse.

2Causes et transmission

  • Le paludisme se transmet par la piqûre d'un moustique anophèle infecté, qui pique surtout la nuit, entre le coucher et le lever du soleil.
  • Les moustiques se multiplient dans les eaux stagnantes : flaques, rizières, mares, récipients, surtout pendant la saison des pluies.
  • Le paludisme ne se transmet pas d'une personne à l'autre par le contact.
  • Rarement, la mère peut transmettre le parasite au bébé pendant la grossesse ou l'accouchement (paludisme congénital).

Pourquoi la femme enceinte est-elle plus touchée ?

  • ses défenses diminuent pendant la grossesse ;
  • le placenta attire certains parasites ;
  • les femmes enceintes attirent davantage les moustiques.

3Qui est à risque ?

  • Toutes les femmes enceintes vivant au Mali.
  • Surtout les femmes enceintes de leur premier ou deuxième enfant.
  • Les adolescentes enceintes.
  • Les femmes enceintes vivant avec le VIH.
  • Les femmes qui dorment sans moustiquaire.
  • Les femmes qui viennent d'une zone sans paludisme (par exemple une région du nord ou l'étranger), qui ont moins de défenses.
  • Pendant la saison des pluies surtout.

4Signes

Le paludisme de la femme enceinte peut être silencieux : pas de fièvre, mais une anémie et un bébé qui grandit mal.

Quand il y a des signes :

  • fièvre, souvent avec frissons et sueurs ;
  • maux de tête ;
  • douleurs du corps, des articulations ;
  • fatigue importante ;
  • nausées, vomissements, perte d'appétit ;
  • pâleur (anémie).

Signes de paludisme grave :

  • convulsions, somnolence, confusion, perte de connaissance ;
  • vomissements répétés, impossibilité de boire ;
  • grande faiblesse, impossibilité de se lever ;
  • pâleur très importante, essoufflement ;
  • yeux jaunes ;
  • urines foncées (couleur coca) ou très rares ;
  • saignements ;
  • contractions ou saignement vaginal.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • Toute fièvre pendant la grossesse, le jour même
  • Convulsions, somnolence, confusion
  • Vomissements répétés, impossibilité de boire ou de manger
  • Grande pâleur, essoufflement, grande faiblesse
  • Yeux jaunes, urines foncées ou rares
  • Contractions, saignement ou perte de liquide par le vagin
  • Le bébé ne bouge plus ou beaucoup moins

6Examens et analyses

  • TDR du paludisme ou goutte épaisse : à faire chez toute femme enceinte qui a de la fièvre ou des signes, avant tout traitement.
  • Taux d'hémoglobine ou numération : recherche d'une anémie.
  • Glycémie en cas de paludisme grave (risque d'hypoglycémie).
  • Bilan du foie, des reins, en cas de paludisme grave.
  • Surveillance du bébé : battements du cœur, mouvements, échographie (croissance).

7Diagnostic

Le diagnostic repose sur le TDR ou la goutte épaisse positifs.

Le soignant évalue ensuite :

  • si le paludisme est simple ou grave ;
  • l'âge de la grossesse (1er, 2e ou 3e trimestre), qui guide le choix du médicament ;
  • l'état du bébé.

Il faut faire la différence avec les autres causes de fièvre pendant la grossesse :

  • infection urinaire et pyélonéphrite ;
  • infection après une fausse couche ou de la poche des eaux ;
  • grippe, fièvre typhoïde, dengue, pneumonie, méningite ;
  • et, pour les convulsions, l'éclampsie.

8Traitement

Le paludisme de la femme enceinte doit toujours être traité rapidement, car il est dangereux pour elle et pour le bébé.

1. Paludisme simple :

  • combinaisons à base d'artémisinine (par exemple artéméther-luméfantrine), selon le soignant ;
  • l'OMS recommande aujourd'hui l'artéméther-luméfantrine aussi pendant le 1er trimestre, à la place de l'ancien traitement par quinine ;
  • prendre tout le traitement, même si la fièvre tombe ;
  • paracétamol contre la fièvre et les douleurs ;
  • boire suffisamment ;
  • revenir si les signes persistent ou s'aggravent.

2. Paludisme grave :

  • urgence : hospitalisation ;
  • artésunate en injection, à tout moment de la grossesse ;
  • traitement de l'anémie (parfois transfusion), de l'hypoglycémie, des convulsions ;
  • surveillance du bébé.

3. Traiter l'anémie : fer, acide folique, selon le soignant.

Le choix des médicaments et des doses revient au soignant, selon le trimestre de grossesse. Ne pas prendre de médicaments achetés au marché, de décoctions ou de produits traditionnels : certains peuvent provoquer une fausse couche ou un accouchement prématuré.

9Prévention

1. La moustiquaire imprégnée d'insecticide :

  • remise gratuitement à la première CPN ;
  • à utiliser chaque nuit, toute l'année, pendant toute la grossesse, puis avec le bébé ;
  • bien bordée sous le matelas ou la natte ;
  • elle est sans danger pour la femme enceinte et le bébé.

2. Le traitement préventif intermittent (TPI) :

  • comprimés de sulfadoxine-pyriméthamine (SP), donnés à chaque CPN à partir du 2e trimestre (vers 13 semaines), à un mois d'intervalle, jusqu'à l'accouchement, selon le calendrier du soignant ;
  • au moins 3 prises pendant la grossesse ;
  • pris devant le soignant au centre de santé, même si l'on se sent bien ;
  • il protège la mère et le bébé contre le paludisme et l'anémie, et diminue le risque de petit poids de naissance ;
  • les femmes vivant avec le VIH qui prennent du cotrimoxazole ne doivent pas prendre la SP : le cotrimoxazole les protège déjà. Il faut le dire au soignant.

3. Les autres mesures :

  • commencer les CPN tôt et faire toutes les CPN ;
  • éliminer les eaux stagnantes autour de la maison ;
  • porter des vêtements longs le soir, utiliser des répulsifs adaptés à la grossesse ;
  • mettre des grillages aux fenêtres si possible ;
  • consulter dès la première fièvre.

10Complications

Pour la mère :

  • anémie grave, parfois mortelle, surtout en cas d'hémorragie à l'accouchement ;
  • paludisme grave : convulsions, coma, hypoglycémie, eau dans les poumons, atteinte des reins ;
  • décès.

Pour le bébé :

  • fausse couche ;
  • naissance prématurée ;
  • petit poids de naissance, avec plus de risques de maladie et de décès dans la première année ;
  • mort dans le ventre de la mère ;
  • paludisme congénital (rare).

11Idées reçues

  • « Le traitement préventif (SP) est dangereux pour le bébé. » Faux. La SP donnée à partir du 2e trimestre est sans danger et protège la mère et le bébé.
  • « Les médicaments contre le paludisme provoquent des malformations ou des fausses couches. » Faux. Les médicaments recommandés pendant la grossesse sont sûrs. C'est le paludisme non soigné qui provoque fausses couches et naissances prématurées.
  • « La moustiquaire imprégnée est dangereuse pour la femme enceinte. » Faux. L'insecticide de la moustiquaire est sans danger pour la mère et le bébé.
  • « Je n'ai pas de fièvre, donc je n'ai pas le paludisme. » Faux. Chez la femme enceinte, le paludisme peut être caché dans le placenta sans fièvre. C'est pour cela que le traitement préventif est donné à toutes.
  • « J'ai déjà pris une fois la SP, c'est suffisant. » Faux. Il faut au moins 3 prises pendant la grossesse, à chaque CPN à partir du 2e trimestre.
  • « Les décoctions de plantes soignent le paludisme sans danger pendant la grossesse. » Faux et dangereux. Certaines plantes peuvent provoquer une fausse couche ou un accouchement prématuré, et elles ne soignent pas le paludisme.
  • « Dormir dehors sans moustiquaire, c'est plus frais et ce n'est pas grave. » Faux. C'est la nuit que les moustiques transmettent le paludisme. La moustiquaire doit être utilisée partout, même dehors.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.