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Infertilité

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

On parle d'infertilité quand un couple n'arrive pas à avoir de grossesse après 12 mois de rapports sexuels réguliers et sans contraception. Si la femme a plus de 35 ans, on consulte dès 6 mois.

On distingue :

  • l'infertilité primaire : le couple n'a jamais eu de grossesse ;
  • l'infertilité secondaire : le couple a déjà eu une grossesse, mais n'arrive plus à en avoir. Elle est très fréquente en Afrique, souvent après une infection.

L'infertilité concerne le couple, pas seulement la femme. La cause vient :

  • de la femme dans environ un tiers des cas ;
  • de l'homme dans environ un tiers des cas ;
  • des deux, ou aucune cause n'est trouvée, dans le dernier tiers.

L'infertilité est une souffrance importante, souvent cachée, qui touche le couple, la famille et la place de la femme dans la société. Pourtant, beaucoup de causes peuvent être traitées, surtout si le couple consulte ensemble et tôt.

2Causes et transmission

L'infertilité n'est pas contagieuse, mais certaines de ses causes le sont (infections sexuellement transmissibles).

Chez la femme :

  • trompes bouchées ou abîmées : c'est une cause très fréquente en Afrique, due à :
  • des infections sexuellement transmissibles mal soignées (gonocoque, chlamydia) ;
  • des infections après un accouchement, une fausse couche ou un avortement fait dans de mauvaises conditions ;
  • la tuberculose génitale ;
  • troubles de l'ovulation (l'ovaire ne libère pas d'ovule chaque mois) :
  • syndrome des ovaires polykystiques (règles irrégulières, surpoids, poils) ;
  • problèmes de thyroïde, excès de prolactine ;
  • maigreur ou surpoids importants, stress ;
  • fibromes de l'utérus, surtout à l'intérieur de la cavité ;
  • adhérences à l'intérieur de l'utérus après des curetages ;
  • endométriose ;
  • âge : la fertilité diminue après 35 ans, et fortement après 40 ans ;
  • séquelles d'excision qui gênent les rapports ;
  • bilharziose génitale.

Chez l'homme :

  • sperme de mauvaise qualité (peu de spermatozoïdes, peu mobiles, ou absence de spermatozoïdes), souvent à cause de :
  • infections des testicules (oreillons après la puberté, IST) ;
  • varicocèle (varices autour du testicule) ;
  • testicule non descendu dans l'enfance ;
  • tabac, alcool, cannabis, tramadol, produits dopants ;
  • chaleur excessive des testicules ;
  • diabète, surpoids, drépanocytose ;
  • certains produits chimiques (pesticides) ;
  • opération de hernie ou d'hydrocèle compliquée ;
  • troubles de l'érection ou de l'éjaculation.

Dans le couple :

  • rapports peu fréquents ou pas au bon moment du cycle ;
  • séparations fréquentes (travail, migration).

3Qui est à risque ?

  • Les couples où la femme a plus de 35 ans.
  • Les personnes qui ont eu des infections sexuellement transmissibles ou des douleurs du bas-ventre avec fièvre.
  • Les femmes qui ont eu une infection après un accouchement ou un avortement.
  • Les femmes qui ont des règles irrégulières ou absentes.
  • Les hommes qui ont eu les oreillons après la puberté, une infection des testicules, ou un testicule non descendu.
  • Les personnes qui fument, boivent de l'alcool ou prennent des drogues.
  • Les personnes en surpoids ou très maigres.
  • Les personnes diabétiques ou drépanocytaires.

4Signes

Le signe principal est l'absence de grossesse malgré des rapports réguliers.

Signes qui orientent vers une cause chez la femme :

  • règles irrégulières, rares ou absentes ;
  • règles très abondantes ou très douloureuses ;
  • douleurs pendant les rapports ;
  • pertes anormales, antécédent de douleurs du bas-ventre avec fièvre ;
  • excès de poils, acné, prise de poids ;
  • écoulement de lait par les seins sans grossesse.

Signes qui orientent vers une cause chez l'homme :

  • troubles de l'érection ou de l'éjaculation ;
  • testicules petits, douloureux, ou absents dans la bourse ;
  • varices au-dessus du testicule ;
  • antécédent d'écoulement par le pénis ou d'oreillons.

Souvent, aucun signe n'est présent.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :

L'infertilité n'est pas une urgence, mais il faut consulter rapidement en cas de :

  • douleur forte du bas-ventre avec retard de règles (penser à une grossesse extra-utérine)
  • douleur du bas-ventre avec fièvre ou pertes anormales
  • douleur ou gonflement brutal d'un testicule
  • saignements très abondants

Le couple doit consulter ensemble :

  • après 1 an d'essais sans grossesse ;
  • après 6 mois si la femme a plus de 35 ans ;
  • tout de suite en cas de règles absentes, d'antécédent d'infection génitale, de problème connu chez l'homme.

6Examens et analyses

Pour le couple :

  • entretien avec le soignant : fréquence des rapports, antécédents, cycles, maladies, habitudes de vie.
  • Tests du VIH, de la syphilis, de l'hépatite B.

Chez l'homme :

  • spermogramme : analyse du sperme au laboratoire. C'est un examen simple, peu coûteux et indispensable, à faire dès le début ;
  • examen des testicules ;
  • parfois échographie des bourses et dosages hormonaux.

Chez la femme :

  • examen gynécologique ;
  • échographie du bas-ventre : utérus, ovaires, fibromes ;
  • dosages hormonaux à certains jours du cycle (pour vérifier l'ovulation, la réserve des ovaires, la thyroïde, la prolactine) ;
  • hystérosalpingographie : radiographie avec un produit injecté dans l'utérus, pour voir si les trompes sont ouvertes ;
  • parfois cœlioscopie ou hystéroscopie (caméra).

7Diagnostic

Le diagnostic d'infertilité est posé après 12 mois sans grossesse (6 mois après 35 ans).

Le bilan du couple permet de trouver la cause :

  • trouble de l'ovulation ;
  • trompes bouchées ;
  • problème de l'utérus ;
  • problème du sperme ;
  • troubles sexuels ;
  • ou aucune cause trouvée (infertilité inexpliquée).

Il est essentiel d'examiner l'homme en même temps que la femme, pour ne pas faire subir à la femme des examens et des traitements inutiles.

8Traitement

Le traitement dépend de la cause, de l'âge de la femme et de la durée de l'infertilité.

1. Conseils pour le couple :

  • avoir des rapports réguliers, tous les 2 à 3 jours, surtout pendant la période fertile : en général entre le 10e et le 17e jour d'un cycle de 28 jours (l'ovulation a lieu environ 14 jours avant les règles suivantes) ;
  • arrêter le tabac, l'alcool et les drogues ;
  • atteindre un poids normal ;
  • réduire le stress.

2. Traiter la cause :

  • infections : antibiotiques pour les deux partenaires ;
  • troubles de l'ovulation : médicaments qui stimulent l'ovulation (clomifène, létrozole), perte de poids en cas d'ovaires polykystiques, traitement de la thyroïde ou de la prolactine ;
  • fibromes, adhérences, trompes : chirurgie ;
  • varicocèle : parfois opération ;
  • troubles de l'érection : traitement adapté.

3. Aide médicale à la procréation, dans des centres spécialisés :

  • insémination : le sperme préparé est déposé dans l'utérus au moment de l'ovulation ;
  • fécondation in vitro (FIV) : l'ovule est fécondé en laboratoire, puis l'embryon est placé dans l'utérus. Elle est utile quand les trompes sont bouchées ou que le sperme est de mauvaise qualité. Elle est coûteuse.

4. Soutien psychologique du couple.

5. L'adoption est aussi une solution pour fonder une famille.

Le choix des traitements et des doses revient au soignant. Méfiez-vous des traitements « miracles », des lavages et purges de l'utérus, des produits vendus par des charlatans : ils sont inutiles, coûtent cher et peuvent provoquer des infections qui aggravent l'infertilité.

9Prévention

  • Se protéger des IST (préservatif, fidélité) et soigner vite toute infection génitale, chez les deux partenaires.
  • Éviter les avortements faits dans de mauvaises conditions : utiliser la planification familiale.
  • Accoucher dans un centre de santé, avec un personnel qualifié.
  • Consulter rapidement en cas de fièvre et de douleurs du bas-ventre après un accouchement ou une fausse couche.
  • Ne pas fumer, éviter l'alcool et les drogues.
  • Garder un poids normal.
  • Ne pas trop retarder le projet de grossesse si on le souhaite (la fertilité baisse après 35 ans).
  • Faire examiner les testicules des garçons (testicule non descendu à opérer tôt).

10Complications

  • Souffrance psychologique : tristesse, anxiété, dépression, perte de confiance.
  • Tensions dans le couple et la famille, divorce, polygamie imposée.
  • Rejet et stigmatisation, surtout des femmes, souvent accusées à tort.
  • Dépenses importantes chez les charlatans, sans résultat.
  • Infections et complications dues aux traitements traditionnels ou aux examens faits dans de mauvaises conditions.

11Idées reçues

  • « L'infertilité, c'est toujours la faute de la femme. » Faux. L'homme est en cause dans environ la moitié des cas, seul ou avec la femme. Le spermogramme doit être fait dès le début.
  • « Un homme qui a des érections et éjacule est forcément fertile. » Faux. La qualité du sperme ne se voit pas. Seul le spermogramme permet de savoir.
  • « L'infertilité vient d'un sort, d'un génie ou d'une punition. » Faux. Elle a des causes médicales, souvent traitables.
  • « La contraception rend stérile. » Faux. La fertilité revient après l'arrêt de la contraception. Après l'injection, le retour peut prendre quelques mois.
  • « Un lavage ou un curetage de l'utérus aide à tomber enceinte. » Faux. Ces gestes faits sans raison peuvent abîmer l'utérus et provoquer des infections.
  • « Mon mari a déjà eu un enfant, donc le problème vient de moi. » Faux. La fertilité de l'homme peut changer avec le temps (infection, maladie, âge, tabac). Il doit aussi être examiné.
  • « Les plantes et les marabouts peuvent guérir l'infertilité. » Faux. Aucun produit traditionnel n'a montré son efficacité. Certains sont même dangereux.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.