1Définition
Le cancer du col de l'utérus est un cancer qui se développe sur le col, la partie basse de l'utérus qui s'ouvre dans le fond du vagin.
Au Mali et en Afrique de l'Ouest, c'est l'un des cancers les plus fréquents et les plus mortels chez la femme. Beaucoup de femmes arrivent à l'hôpital trop tard, quand le cancer est déjà avancé.
Pourtant, c'est un cancer qu'on peut éviter et guérir :
- il est dû presque toujours à un virus, le papillomavirus humain (HPV), contre lequel il existe un vaccin ;
- il met 10 à 20 ans à se former : il passe d'abord par des lésions précancéreuses (des anomalies du col qui ne sont pas encore un cancer) ;
- ces lésions peuvent être découvertes par un dépistage simple et traitées facilement, avant qu'elles ne deviennent un cancer ;
- un cancer découvert tôt se guérit dans la majorité des cas.
2Causes et transmission
La cause principale :
- une infection du col par certains types de papillomavirus humain (HPV) à haut risque ;
- le HPV se transmet par les rapports sexuels et les contacts intimes, de peau à peau ;
- c'est une infection très fréquente : la plupart des personnes sexuellement actives l'attrapent un jour, souvent sans le savoir ;
- dans la grande majorité des cas, le corps élimine le virus en 1 à 2 ans ;
- quand le virus persiste pendant des années, il peut provoquer des lésions précancéreuses, puis un cancer.
Ce qui favorise la persistance du virus et le cancer :
- le VIH : les femmes vivant avec le VIH ont un risque beaucoup plus élevé, et le cancer apparaît plus tôt ;
- des premiers rapports à un âge jeune ;
- plusieurs partenaires sexuels, ou un partenaire qui a plusieurs partenaires ;
- beaucoup de grossesses ;
- le tabac ;
- l'absence de dépistage.
Le cancer lui-même n'est pas contagieux : on ne l'attrape pas en touchant une malade ou en vivant avec elle.
3Qui est à risque ?
- Toute femme qui a eu des rapports sexuels, même avec un seul partenaire.
- Les femmes de 30 à 60 ans, surtout si elles n'ont jamais été dépistées.
- Les femmes vivant avec le VIH, à partir de 25 ans.
- Les femmes qui ont commencé leur vie sexuelle jeunes, ou qui ont eu plusieurs partenaires.
- Les femmes qui ont eu beaucoup d'enfants.
- Les fumeuses.
4Signes
Les lésions précancéreuses et le cancer débutant ne donnent aucun signe. C'est pourquoi le dépistage est indispensable, même quand on se sent bien.
Quand le cancer est déjà présent :
- saignements après les rapports sexuels ;
- saignements entre les règles ;
- saignements après la ménopause ;
- pertes anormales, parfois sanglantes ou malodorantes ;
- douleurs pendant les rapports ;
- douleurs du bas-ventre.
Quand le cancer est avancé :
- douleurs du dos, des jambes, du bassin ;
- jambes gonflées ;
- fatigue, pâleur (anémie), amaigrissement ;
- troubles urinaires ; écoulement d'urine ou de selles par le vagin (fistule) ;
- urines rares (reins bloqués).
5Quand consulter en urgence
- Saignement par le vagin après les rapports sexuels
- Saignement après la ménopause
- Saignements entre les règles, ou règles anormalement longues et abondantes
- Pertes malodorantes ou mêlées de sang
- Saignement très abondant avec malaise
- Écoulement d'urine ou de selles par le vagin
- Jambes gonflées, douleurs du bassin et amaigrissement
Ces signes ne veulent pas toujours dire cancer, mais ils doivent toujours être examinés rapidement.
6Examens et analyses
Le dépistage (chez une femme qui va bien) :
- inspection visuelle du col après application de vinaigre (acide acétique) : le soignant badigeonne le col et regarde s'il blanchit. L'examen est rapide, indolore, peu coûteux, et le résultat est immédiat. C'est la méthode la plus utilisée au Mali ;
- test HPV : recherche du virus sur un prélèvement du col ou du vagin, que la femme peut parfois faire elle-même. C'est la méthode recommandée par l'OMS ;
- frottis du col : prélèvement de cellules examinées au microscope.
En cas d'anomalie ou de signes :
- colposcopie : examen du col avec une loupe ;
- biopsie : petit prélèvement du col analysé au laboratoire. C'est elle qui confirme le cancer ;
- bilan de l'étendue du cancer : examen gynécologique, échographie, scanner ou IRM, prise de sang (numération, reins).
7Diagnostic
- Lésion précancéreuse : anomalie découverte au dépistage, confirmée par la colposcopie ou la biopsie. Ce n'est pas encore un cancer.
- Cancer : confirmé par la biopsie.
Le soignant précise ensuite le stade du cancer (limité au col, ou étendu aux organes voisins), qui décide du traitement et des chances de guérison.
Il faut faire la différence avec :
- une infection du col (cervicite) ;
- un polype du col ;
- un fibrome ;
- un cancer de l'intérieur de l'utérus (saignements après la ménopause) ;
- les saignements liés à la contraception ou à une grossesse.
8Traitement
1. Les lésions précancéreuses : traitement simple, souvent le jour même du dépistage (« dépister et traiter ») :
- cryothérapie (le froid détruit la zone anormale) ;
- thermocoagulation (la chaleur détruit la zone anormale) ;
- résection à l'anse : retrait de la zone anormale avec une petite anse électrique, sous anesthésie locale ;
- ces traitements sont rapides, peu douloureux, et n'empêchent pas d'avoir des enfants dans la plupart des cas ;
- un contrôle est fait après le traitement.
2. Le cancer :
- cancer débutant : chirurgie (ablation de l'utérus et des tissus voisins), qui guérit dans la majorité des cas ;
- cancer plus avancé : radiothérapie (rayons) associée à une chimiothérapie ;
- cancer très avancé : traitements pour soulager : médicaments puissants contre la douleur (y compris la morphine), soins des saignements et des pertes, soins des fistules, accompagnement de la malade et de la famille (soins palliatifs).
Le choix des traitements revient aux soignants, souvent dans un service spécialisé en cancérologie. Aucune plante, aucun produit traditionnel ne guérit le cancer du col : ils font perdre un temps précieux, pendant lequel le cancer devient incurable.
9Prévention
1. La vaccination contre le HPV :
- recommandée chez les jeunes filles de 9 à 14 ans, avant les premiers rapports sexuels ;
- très efficace pour éviter les infections par les virus les plus dangereux ;
- sans danger ; elle ne rend pas stérile.
2. Le dépistage régulier :
- pour toutes les femmes de 30 à 50 ans au moins (et jusqu'à 65 ans quand c'est possible), même vaccinées ;
- à partir de 25 ans pour les femmes vivant avec le VIH, et plus souvent ;
- tous les 3 à 5 ans avec l'inspection au vinaigre, tous les 5 à 10 ans avec le test HPV, selon les possibilités ;
- gratuit ou peu coûteux dans de nombreux centres de santé.
3. Les autres mesures :
- retarder les premiers rapports sexuels ;
- limiter le nombre de partenaires ; préservatif ;
- ne pas fumer ;
- dépistage et traitement du VIH.
10Complications
- Extension du cancer à la vessie, au rectum, aux reins, aux os.
- Fistules : passage d'urine ou de selles par le vagin.
- Insuffisance rénale.
- Saignements abondants, anémie.
- Douleurs importantes.
- Décès, quand le cancer est découvert trop tard.
- Les traitements peuvent avoir des effets indésirables (troubles urinaires, digestifs, sexuels, ménopause précoce).
11Idées reçues
- « Je me sens bien, je n'ai pas besoin de dépistage. » Faux. Les lésions précancéreuses et le cancer débutant ne donnent aucun signe. Le dépistage permet de les trouver avant qu'il ne soit trop tard.
- « Le cancer du col ne touche que les femmes qui ont beaucoup de partenaires. » Faux. Une femme qui n'a eu qu'un seul partenaire peut être infectée par le HPV.
- « Le vaccin contre le HPV rend les filles stériles. » Faux. Le vaccin est sûr et ne touche pas la fertilité. Il protège les filles contre un cancer mortel.
- « Le dépistage fait mal ou rend stérile. » Faux. L'examen est rapide, indolore, et ne touche pas la fertilité.
- « Le cancer est contagieux. » Faux. On ne l'attrape pas en touchant une malade, en mangeant avec elle ou en la soignant.
- « Le cancer, c'est un sort, et c'est toujours mortel. » Faux. C'est une maladie due à un virus, et découverte tôt, elle se guérit.
- « Les plantes et les guérisseurs peuvent guérir le cancer. » Faux. Aucun produit traditionnel ne guérit le cancer. Le temps perdu peut coûter la vie.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.