1Définition
Le choléra est une infection de l'intestin due à une bactérie, le vibrion cholérique (Vibrio cholerae).
Il provoque une diarrhée très abondante, comme de l'eau de riz, souvent avec des vomissements. Le malade perd une très grande quantité d'eau et de sels en peu de temps.
Sans soins, le choléra peut tuer en quelques heures par déshydratation, même un adulte en bonne santé. Bien soigné à temps, presque tous les malades guérissent : le traitement principal est simple, c'est de remplacer l'eau perdue.
Le choléra provoque des épidémies, surtout pendant la saison des pluies, lors des inondations, dans les quartiers sans eau potable ni latrines, et lors des grands rassemblements.
2Causes et transmission
La bactérie se trouve dans les selles et les vomissements des malades, et parfois des personnes qui la portent sans être malades.
On attrape le choléra par la bouche, en avalant :
- de l'eau souillée : puits non protégé, marigot, fleuve, eau stockée dans un récipient sale ;
- des aliments souillés : crudités lavées à l'eau sale, aliments mal cuits ou gardés longtemps, poissons et fruits de mer crus, aliments vendus dans la rue sans hygiène ;
- avec des mains sales, après être allé aux toilettes ou avoir soigné un malade.
Ce qui favorise les épidémies :
- le manque d'eau potable et de latrines ;
- les inondations qui mélangent les eaux sales et l'eau de boisson ;
- la défécation à l'air libre ;
- les funérailles où l'on lave le corps d'un malade décédé puis où l'on partage le repas ;
- les marchés, fêtes, camps de déplacés, prisons.
Le malade est contagieux tant qu'il a la diarrhée, et parfois quelques jours après.
3Qui est à risque ?
- Tout le monde peut attraper le choléra.
- Les personnes qui boivent l'eau de puits non protégés, de marigot ou de fleuve.
- Les habitants des quartiers sans latrines ni eau courante, des zones inondées, des camps de déplacés.
- Les familles et les personnes qui soignent un malade.
- Les personnes qui lavent le corps d'un défunt mort du choléra.
- Les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes malnutries, chez qui la déshydratation est plus grave.
- Les personnes vivant avec le VIH.
4Signes
Les signes apparaissent quelques heures à 5 jours après la contamination.
Beaucoup de personnes infectées n'ont pas de signe ou une petite diarrhée, mais elles peuvent transmettre la maladie.
Dans la forme grave :
- diarrhée très abondante, liquide, sans odeur forte, comme de l'eau de riz ;
- vomissements ;
- pas de fièvre en général ;
- crampes dans les jambes et le ventre ;
- soif intense.
Signes de déshydratation :
- yeux enfoncés ;
- bouche et langue sèches ;
- pli de la peau qui reste quand on la pince sur le ventre ;
- peu ou pas d'urines ;
- grande faiblesse, malade agité puis endormi ;
- pouls faible et rapide, mains et pieds froids ;
- chez le nourrisson : fontanelle creusée, pleurs sans larmes.
La déshydratation peut devenir grave en quelques heures.
5Quand consulter en urgence
- Diarrhée abondante comme de l'eau de riz, avec ou sans vomissements
- Yeux enfoncés, bouche sèche, pli de la peau qui reste
- Malade qui ne peut plus boire ou vomit tout ce qu'il boit
- Malade très faible, endormi, qui ne tient plus debout
- Peu ou pas d'urines depuis plusieurs heures
- Diarrhée chez un enfant, une personne âgée ou une femme enceinte pendant une épidémie
- Toute diarrhée liquide dans une famille ou un quartier où il y a des cas de choléra
6Examens et analyses
- Le traitement ne doit jamais attendre les résultats : on commence à réhydrater tout de suite.
- Test de diagnostic rapide (TDR) du choléra sur les selles : il aide à repérer le début d'une épidémie.
- Culture des selles (coproculture) au laboratoire : elle confirme le choléra et vérifie quels antibiotiques sont efficaces. Elle est faite sur quelques malades au début de l'épidémie, pas sur tous.
- Prise de sang dans les formes graves : sels du sang (potassium, sodium), fonction des reins (créatinine), glycémie.
- TDR du paludisme si le malade a de la fièvre.
7Diagnostic
Le soignant pense au choléra devant :
- une diarrhée aiguë très liquide et abondante, avec ou sans vomissements, avec déshydratation rapide ;
- surtout pendant une épidémie ou dans une zone où des cas ont été signalés.
En période d'épidémie, toute personne de plus de 2 ans avec une diarrhée aiguë liquide est considérée comme un cas de choléra et soignée comme telle.
Le soignant évalue ensuite le degré de déshydratation (pas de déshydratation, déshydratation modérée ou grave), qui décide du traitement.
Chaque cas doit être signalé immédiatement aux services de santé.
Il faut le distinguer des autres diarrhées aiguës : diarrhée virale, dysenterie (avec du sang), intoxication alimentaire, paludisme avec diarrhée.
8Traitement
Le traitement repose d'abord sur la réhydratation, le plus tôt possible.
- À la maison, dès le début : faire boire au malade de la solution de réhydratation orale (SRO), par petites gorgées fréquentes, même s'il vomit, et aller tout de suite au centre de santé.
- Au centre de santé ou au centre de traitement du choléra :
- pas de déshydratation ou déshydratation modérée : SRO en grande quantité, sous surveillance ;
- déshydratation grave : perfusion rapide de Ringer lactate, puis SRO dès que le malade peut boire.
- Antibiotique pour les formes modérées ou graves : il raccourcit la maladie et la contagion (doxycycline, azithromycine chez l'enfant et la femme enceinte, ou ciprofloxacine selon le soignant).
- Zinc chez l'enfant.
- Continuer l'allaitement et reprendre l'alimentation dès que les vomissements s'arrêtent.
- Ne pas donner de médicaments qui bloquent la diarrhée (comme le lopéramide) : ils sont inutiles et dangereux.
Le volume de liquide et le choix des médicaments sont fixés par le soignant. Un malade de choléra se soigne au centre de santé, pas à la maison.
9Prévention
- Boire de l'eau potable : eau de robinet, de forage ou de puits protégé. Sinon, traiter l'eau : la faire bouillir, ou y mettre des comprimés de chlore ou de l'eau de Javel selon les indications de l'agent de santé.
- Conserver l'eau dans un récipient propre et fermé, avec un robinet ou une louche propre.
- Se laver les mains à l'eau et au savon (ou à la cendre) :
- après être allé aux toilettes ;
- après avoir changé un bébé ou soigné un malade ;
- avant de préparer à manger, de manger ou de nourrir un enfant.
- Utiliser des latrines, ne pas faire ses besoins dans la nature ou près de l'eau.
- Bien cuire les aliments et les manger chauds. Laver les fruits et légumes à l'eau potable, les éplucher. Éviter le poisson cru et les plats restés longtemps à l'air.
- Désinfecter les selles, vomissements, habits et literie d'un malade avec de l'eau chlorée.
- Funérailles : en cas de décès par choléra, laisser les agents de santé ou des personnes formées préparer le corps, se laver les mains, éviter les grands repas partagés.
- Le vaccin oral contre le choléra : il est donné lors des campagnes dans les zones d'épidémie ou à risque. Il protège pendant plusieurs mois à quelques années, mais ne remplace pas l'eau potable et l'hygiène.
- Signaler tout cas de diarrhée liquide abondante au centre de santé.
10Complications
- Déshydratation grave et état de choc : cause principale de décès, parfois en quelques heures.
- Insuffisance rénale (les reins s'arrêtent).
- Manque de potassium : faiblesse des muscles, troubles du cœur.
- Hypoglycémie (manque de sucre), surtout chez l'enfant : convulsions, coma.
- Fausse couche ou accouchement prématuré chez la femme enceinte.
- Aggravation de la malnutrition chez l'enfant.
- Décès : jusqu'à la moitié des malades graves sans traitement, moins de 1 sur 100 avec un traitement rapide.
11Idées reçues
- « Il faut arrêter de boire et de manger pour arrêter la diarrhée. » Faux et dangereux. Le malade doit boire beaucoup de SRO. Arrêter de boire aggrave la déshydratation et tue.
- « Il faut d'abord donner un médicament pour arrêter la diarrhée. » Faux. Ce qui sauve, c'est de remplacer l'eau perdue avec les SRO et la perfusion.
- « Le choléra est une malédiction ou un mauvais sort. » Faux. C'est une bactérie qui passe par l'eau, les aliments et les mains sales.
- « Une eau claire est forcément une eau propre. » Faux. La bactérie est invisible. Une eau claire peut être contaminée : il faut la bouillir ou la chlorer.
- « On peut laver le corps du défunt comme d'habitude. » Dangereux. Le corps d'une personne morte du choléra peut contaminer ceux qui le lavent. Il faut suivre les consignes des agents de santé.
- « J'ai reçu le vaccin, je n'ai plus besoin de faire attention. » Faux. Le vaccin protège en partie et pendant un temps limité. L'eau potable, les latrines et le lavage des mains restent indispensables.
- « Le choléra ne touche que les pauvres. » Faux. Toute personne qui boit de l'eau ou mange des aliments contaminés peut l'attraper.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.