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Ver de Guinée (dracunculose)

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

Le ver de Guinée (ou dracunculose) est une maladie due à un ver long et fin, Dracunculus medinensis. Le ver femelle peut mesurer jusqu'à un mètre.

Environ un an après la contamination, le ver sort lentement par la peau, le plus souvent au niveau de la jambe ou du pied, en provoquant une plaie très douloureuse.

La maladie tue rarement, mais elle immobilise le malade pendant des semaines : il ne peut plus aller aux champs, à l'école ou au travail.

Il n'existe ni vaccin ni médicament contre ce ver. Pourtant, grâce aux efforts des villages et des agents de santé, la maladie a presque disparu dans le monde. Le Mali participe au programme d'éradication : chaque cas compte et doit être signalé.

2Causes et transmission

On attrape le ver de Guinée en buvant de l'eau de mare, de marigot ou de puits non protégé contenant de minuscules crustacés (les cyclops, des « puces d'eau » à peine visibles) porteurs des larves du ver.

Le cycle est le suivant :
1. Une personne boit l'eau contaminée. Les larves se libèrent dans son ventre.
2. Elles deviennent des vers adultes dans le corps, sans aucun signe, pendant 10 à 14 mois.
3. Le ver femelle descend sous la peau, souvent de la jambe, et forme une cloque qui brûle.
4. Pour calmer la brûlure, le malade met son pied dans l'eau. Le ver libère alors des milliers de larves dans la mare.
5. Les larves sont mangées par les cyclops, et d'autres personnes qui boivent cette eau s'infectent.

Autres voies possibles : manger du poisson ou des grenouilles mal cuits venant d'eaux contaminées. Les chiens et les chats peuvent aussi être infectés et entretenir la maladie.

La maladie ne se transmet pas d'une personne à l'autre par le contact.

3Qui est à risque ?

  • Les habitants des villages qui boivent l'eau de mares, de marigots ou de puits non protégés, sans la filtrer.
  • Les cultivateurs, bergers, pêcheurs et voyageurs qui boivent l'eau trouvée sur leur chemin.
  • Les familles qui mangent du poisson séché, fumé ou mal cuit ou des grenouilles venant de ces eaux.
  • Les villages où des chiens ou des chats sont infectés.
  • La transmission est plus forte pendant la saison sèche ou au début de la saison des pluies, selon les régions, quand on boit l'eau des mares.

4Signes

Pendant près d'un an, la personne infectée ne sent rien.

Quand le ver arrive sous la peau :

  • parfois, quelques jours avant : fièvre, démangeaisons, nausées, vertiges ;
  • une cloque (bulle) apparaît, le plus souvent sur la jambe, la cheville ou le pied, parfois ailleurs (bras, ventre, organes génitaux) ;
  • la cloque provoque une brûlure intense ;
  • elle éclate au bout d'un à trois jours, surtout au contact de l'eau ;
  • on voit alors le bout blanc du ver, comme un fil, sortir de la plaie ;
  • le ver sort très lentement, sur plusieurs jours ou semaines ;
  • la plaie est très douloureuse, la jambe peut gonfler, la marche devient difficile.

Une même personne peut avoir plusieurs vers en même temps, ou à nouveau l'année suivante.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • Cloque qui brûle sur la jambe ou le pied, ou ver qui sort de la peau
  • Plaie rouge, chaude, gonflée ou avec du pus autour du ver
  • Fièvre avec plaie du ver
  • Articulation (genou, cheville) gonflée et douloureuse, impossible à bouger
  • Ver cassé dans la plaie
  • Mâchoire qui se bloque ou raideurs après une plaie de ver (tétanos)

6Examens et analyses

  • Aucune analyse de sang n'est nécessaire : le diagnostic se fait en voyant le ver sortir de la peau.
  • Le ver extrait est conservé (dans de l'alcool) et envoyé au laboratoire par le programme d'éradication, pour confirmer qu'il s'agit bien du ver de Guinée.
  • Une radiographie peut montrer des vers morts calcifiés sous la peau, chez des personnes infectées autrefois.
  • Recherche d'une infection de la plaie si elle est rouge ou purulente.

7Diagnostic

Le diagnostic repose sur la cloque qui brûle et sur la sortie du ver, chez une personne qui a bu de l'eau de mare ou de marigot dans l'année.

Tout cas suspect doit être signalé immédiatement à l'agent de santé ou au relais communautaire, car le programme d'éradication enquête sur chaque cas pour trouver l'eau contaminée et empêcher d'autres infections.

Il faut le distinguer d'autres plaies ou cloques : brûlure, piqûre d'insecte, ulcère, abcès, autres vers de la peau.

8Traitement

Il n'existe pas de médicament qui tue le ver. Le traitement consiste à sortir le ver et à soigner la plaie.

  • Empêcher le malade de mettre la plaie dans l'eau (mare, puits, marigot) : c'est essentiel pour protéger tout le village.
  • Faire extraire le ver par un agent de santé : chaque jour, on l'enroule doucement autour d'un petit bâton de quelques centimètres seulement, sans tirer fort, jusqu'à ce qu'il sorte entièrement. Cela peut prendre plusieurs jours à plusieurs semaines.
  • Ne jamais tirer fort ni couper le ver : s'il casse, la partie restée sous la peau provoque une infection grave.
  • Nettoyer la plaie chaque jour et la couvrir d'un pansement propre.
  • Calmer la douleur et le gonflement : paracétamol, ibuprofène, selon le soignant.
  • Antibiotiques si la plaie s'infecte.
  • Vaccin contre le tétanos si la personne n'est pas à jour.
  • Le malade peut être accueilli dans un centre de prise en charge (centre de confinement) pour éviter qu'il contamine l'eau.

Les médicaments et les doses sont fixés par le soignant. Ne pas mettre de produits traditionnels, de bouse ou de terre sur la plaie.

9Prévention

  • Filtrer toute eau de boisson venant d'une mare, d'un marigot ou d'un puits ouvert, avec un filtre en tissu fin ou une paille-filtre (filtre tube) distribués par le programme. Les cyclops restent dans le filtre.
  • Faire bouillir l'eau si l'on n'a pas de filtre.
  • Boire de préférence l'eau de forage ou de puits protégé.
  • Ne jamais entrer dans l'eau de boisson avec une plaie ou un ver qui sort, et ne pas y laisser entrer les malades.
  • Bien cuire le poisson et les grenouilles.
  • Enterrer les restes de poisson (entrailles), pour que les chiens et les chats ne les mangent pas.
  • Attacher les chiens infectés jusqu'à la sortie complète du ver, pour qu'ils ne contaminent pas les mares.
  • Accepter le traitement des mares par les équipes du programme (produit contre les cyclops, sans danger pour l'homme et les animaux aux quantités utilisées).
  • Signaler tout cas chez l'homme ou chez un animal : une récompense peut être donnée pour chaque cas confirmé signalé.

10Complications

  • Infection de la plaie : abcès, cellulite (peau rouge, chaude, gonflée).
  • Ver cassé sous la peau : inflammation et infection importantes.
  • Arthrite : genou ou cheville gonflés et bloqués, parfois de façon définitive.
  • Raideur ou déformation d'une articulation, handicap durable.
  • Tétanos, car la plaie est une porte d'entrée.
  • Septicémie (infection du sang), rarement.
  • Conséquences sociales : le malade ne peut pas travailler pendant des semaines, souvent au moment des récoltes ou des semailles ; les enfants manquent l'école.

11Idées reçues

  • « Le ver de Guinée vient d'un mauvais sort ou de la terre. » Faux. Il vient de l'eau de boisson non filtrée.
  • « On peut couper le ver ou le tirer d'un coup. » Faux et dangereux. Le ver casse et la plaie s'infecte. Il faut l'enrouler doucement, un peu chaque jour.
  • « Mettre le pied dans l'eau soigne la brûlure. » Dangereux pour tous. Cela libère des milliers de larves et contamine l'eau du village.
  • « Quand on a eu le ver une fois, on ne l'a plus. » Faux. On peut l'attraper à nouveau chaque année si l'on boit encore de l'eau non filtrée.
  • « Un médicament ou une injection peut tuer le ver. » Faux. Aucun médicament n'élimine le ver. La seule protection est l'eau filtrée ou de forage.
  • « Les chiens ne comptent pas. » Faux. Les chiens infectés contaminent les mares et entretiennent la maladie. Il faut les signaler et les attacher.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.