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Fièvre chez l'enfant

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

La fièvre est une augmentation de la température du corps au-dessus de la normale. On parle de fièvre quand la température est de 38 °C ou plus (prise sous le bras, on considère souvent qu'il y a fièvre à partir de 37,5 °C).

La fièvre n'est pas une maladie : c'est un signe. C'est la façon dont le corps se défend contre une infection.

Chez l'enfant, la fièvre est très fréquente. Le plus souvent, elle est due à une infection banale (rhume, otite). Mais au Mali, toute fièvre chez l'enfant doit d'abord faire penser au paludisme, qui peut devenir grave en quelques heures.

Ce qui compte n'est pas seulement la hauteur de la fièvre, mais surtout l'état général de l'enfant et la présence de signes de danger.

2Causes et transmission

Les causes les plus fréquentes au Mali :

  • le paludisme : c'est la première cause à rechercher, surtout pendant la saison des pluies ;
  • les infections respiratoires : rhume, otite, angine, bronchiolite, pneumonie ;
  • la diarrhée et la gastro-entérite ;
  • l'infection urinaire, souvent sans autre signe chez le bébé ;
  • la rougeole, la varicelle et d'autres maladies avec boutons ;
  • la méningite ;
  • la fièvre typhoïde ;
  • la dengue ;
  • plus rarement : tuberculose, VIH, infection des os ;
  • après un vaccin : petite fièvre pendant un ou deux jours, sans gravité ;
  • un enfant trop couvert par forte chaleur peut avoir une température élevée.

Les infections qui causent la fièvre peuvent être contagieuses (rhume, rougeole, méningite…) ou transmises par les moustiques (paludisme, dengue).

3Qui est à risque ?

  • Tous les enfants, surtout de moins de 5 ans.
  • Les bébés de moins de 2 à 3 mois : chez eux, toute fièvre est potentiellement grave.
  • Les enfants non vaccinés.
  • Les enfants qui dorment sans moustiquaire.
  • Les enfants malnutris, drépanocytaires ou vivant avec le VIH.
  • Les enfants qui vivent en collectivité (crèche, école).

4Signes

Signes de fièvre :

  • corps chaud, surtout le front, le ventre et le dos ;
  • joues rouges, yeux brillants ;
  • frissons, ou au contraire sueurs ;
  • enfant fatigué, grognon, qui mange ou tète moins ;
  • maux de tête, douleurs ;
  • respiration et cœur un peu plus rapides.

Comment mesurer la fièvre :

  • utiliser un thermomètre (électronique de préférence), sous le bras pendant le temps indiqué, ou dans l'anus chez le petit bébé ;
  • toucher le front avec la main ne suffit pas pour mesurer la fièvre.

Signes qui orientent vers la cause : toux, nez qui coule, douleur d'oreille, diarrhée, vomissements, boutons sur la peau, brûlures en urinant, raideur de la nuque…

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • L'enfant ne peut plus boire ni téter
  • Il vomit tout ce qu'il prend
  • Il a des convulsions
  • Il est très endormi, mou, difficile à réveiller, ou ne réagit plus
  • Bébé de moins de 2 mois avec de la fièvre (ou au contraire corps froid)
  • Respiration rapide ou difficile, poitrine qui se creuse
  • Raideur de la nuque, fontanelle bombée chez le bébé
  • Taches rouges ou violettes sur la peau qui ne s'effacent pas sous un verre
  • Grande pâleur des mains et des lèvres, ou yeux jaunes
  • Signes de déshydratation : yeux enfoncés, bouche sèche, peu d'urines
  • Fièvre qui dure plus de 2 à 3 jours, ou plus de 7 jours
  • Enfant drépanocytaire avec de la fièvre

Même sans signe de danger, consultez le jour même pour faire le test du paludisme.

6Examens et analyses

  • Test de diagnostic rapide (TDR) du paludisme, ou goutte épaisse : à faire chez tout enfant fébrile, avant de donner un traitement contre le paludisme.
  • Examen complet par le soignant : oreilles, gorge, poumons, ventre, peau, nuque, signes de déshydratation et de malnutrition.
  • Selon les signes :
  • bandelette urinaire et examen des urines ;
  • numération sanguine ;
  • hémoculture ;
  • ponction lombaire si l'on soupçonne une méningite ;
  • radiographie des poumons ;
  • tests de la dengue, de la typhoïde, du VIH.

7Diagnostic

Le soignant suit la méthode de la PCIME (prise en charge intégrée des maladies de l'enfant) :
1. rechercher les signes de danger ;
2. faire le test du paludisme ;
3. rechercher les autres causes (toux, diarrhée, oreilles, urines, boutons, nuque) ;
4. évaluer l'état nutritionnel et les vaccinations.

Il décide alors si l'enfant peut être soigné à la maison ou doit être transféré à l'hôpital.

Un TDR négatif veut dire, dans la grande majorité des cas, que la fièvre n'est pas due au paludisme : il faut chercher une autre cause.

8Traitement

1. Soigner la cause :

  • paludisme confirmé : traitement antipaludique (combinaisons à base d'artémisinine, comme artéméther-luméfantrine), selon le soignant ; paludisme grave : hospitalisation, artésunate injectable ;
  • infection bactérienne (pneumonie, otite, infection urinaire, méningite…) : antibiotiques prescrits par le soignant ;
  • infection virale (rhume, la plupart des diarrhées) : pas d'antibiotique, soins de confort.

2. Soulager l'enfant :

  • découvrir l'enfant : vêtements légers, pas de couvertures épaisses ;
  • faire boire souvent (eau, bouillies, jus) et continuer l'allaitement, plus souvent que d'habitude ;
  • le laisser se reposer ;
  • médicament contre la fièvre si l'enfant est inconfortable : paracétamol en sirop ou en suppositoire, à la dose adaptée au poids indiquée par le soignant ou la notice ; parfois ibuprofène chez l'enfant de plus de 3 mois, sauf en cas de déshydratation, de varicelle ou de dengue ;
  • le but est de soulager l'enfant, pas forcément de faire tomber la température à la normale ;
  • pas d'aspirine chez l'enfant.

3. En cas de convulsions dues à la fièvre :

  • coucher l'enfant sur le côté, sur une surface sûre ;
  • ne rien mettre dans sa bouche ;
  • retirer les objets dangereux ;
  • regarder l'heure ;
  • aller au centre de santé, même si la crise s'arrête vite (rechercher le paludisme grave ou la méningite).

Le choix des médicaments et des doses revient au soignant. Ne pas plonger l'enfant dans l'eau froide, ne pas le frictionner à l'alcool ou au pétrole, ne pas l'envelopper pour le faire transpirer, ne pas donner d'antibiotiques ou d'antipaludiques sans test et sans avis.

9Prévention

  • Faire dormir les enfants sous moustiquaire imprégnée, toutes les nuits, toute l'année.
  • Chimioprévention du paludisme saisonnier : pendant la saison des pluies, les enfants de 3 mois à 5 ans reçoivent chaque mois des médicaments qui les protègent du paludisme, lors des campagnes ; ne pas manquer les passages.
  • Faire tous les vaccins du PEV.
  • Allaiter le bébé, bien nourrir les enfants.
  • Se laver les mains, boire de l'eau potable.
  • Éliminer les eaux stagnantes autour de la maison.
  • Avoir un thermomètre à la maison si possible.

10Complications

Les complications viennent surtout de la cause de la fièvre :

  • paludisme grave : anémie, convulsions, coma, décès ;
  • méningite, pneumonie grave ;
  • déshydratation, surtout avec diarrhée et vomissements ;
  • convulsions fébriles : impressionnantes, souvent sans gravité, mais elles doivent faire rechercher une cause sérieuse ;
  • la fièvre elle-même n'abîme pas le cerveau, sauf en cas de coup de chaleur très grave.

11Idées reçues

  • « La fièvre vient des dents qui poussent. » Faux. La poussée des dents peut donner une légère hausse de température, mais pas une vraie fièvre. Une fièvre doit faire chercher une maladie, d'abord le paludisme.
  • « Toute fièvre, c'est le palu, je donne le traitement directement. » Faux. Beaucoup de fièvres ne sont pas dues au paludisme. Il faut faire le test, sinon on risque de passer à côté d'une pneumonie, d'une méningite ou d'une infection urinaire.
  • « Il faut envelopper l'enfant pour qu'il transpire et que la fièvre sorte. » Faux et dangereux. Couvrir un enfant fiévreux fait monter sa température. Il faut au contraire le découvrir.
  • « Un bain froid ou une friction à l'alcool fait vite tomber la fièvre. » Faux et dangereux. L'eau froide provoque des frissons qui font remonter la température, et l'alcool peut intoxiquer l'enfant.
  • « Une piqûre soigne mieux que le sirop. » Faux. Pour la plupart des maladies de l'enfant, les médicaments par la bouche sont aussi efficaces et plus sûrs. Les injections sont pour les cas graves.
  • « La fièvre abîme le cerveau. » Faux. La fièvre elle-même ne rend pas l'enfant fou ni handicapé. Ce sont certaines maladies (méningite, paludisme grave) qui peuvent abîmer le cerveau.
  • « La fièvre vient de la chaleur ou du soleil. » Pas souvent. La fièvre vient presque toujours d'une infection. Il faut consulter pour trouver la cause.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.