Rechercher

Stress post-traumatique

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est une souffrance psychique qui peut apparaître après un événement très choquant, où la personne a cru mourir, a été gravement blessée, a subi une violence, ou a vu quelqu'un mourir ou être gravement blessé.

Après un tel événement, il est normal d'avoir peur, de mal dormir, de penser sans cesse à ce qui s'est passé pendant quelques jours ou quelques semaines. Chez la plupart des personnes, ces réactions diminuent peu à peu.

On parle de stress post-traumatique quand ces troubles durent plus d'un mois, sont intenses et gênent la vie quotidienne : la personne revit sans cesse l'événement, évite tout ce qui le rappelle, est constamment en alerte, et voit son humeur et ses pensées changer.

Le stress post-traumatique n'est ni une faiblesse, ni un manque de foi, ni de la folie, ni un sort. C'est une blessure psychique, comme le corps peut être blessé. Elle se soigne, en particulier par l'écoute et des aides psychologiques adaptées.

Dans les régions touchées par l'insécurité et les violences, comme une partie du centre du Mali, beaucoup d'enfants et d'adultes en souffrent.

2Causes et transmission

Le stress post-traumatique n'est pas contagieux.

Il apparaît après un événement traumatisant, par exemple :

  • attaque armée, guerre, conflit entre communautés, violences contre un village ;
  • enlèvement, prise d'otage, torture ;
  • agression, coups, menaces de mort ;
  • violences sexuelles ;
  • violences dans le couple ou la famille, répétées ;
  • accident grave (route, moto, travail) ;
  • incendie, inondation, effondrement ;
  • mort brutale d'un proche, surtout si on en a été témoin ;
  • accouchement très difficile, mort d'un bébé ;
  • déplacement forcé, perte de sa maison et de ses biens.

Ce qui augmente le risque :

  • un événement très grave, long ou répété ;
  • avoir été blessé ou avoir perdu des proches ;
  • avoir déjà vécu d'autres traumatismes, surtout dans l'enfance ;
  • le manque de soutien de la famille et de la communauté après l'événement ;
  • une anxiété ou une dépression déjà présentes ;
  • la pauvreté, le déplacement, l'insécurité qui continue.

3Qui est à risque ?

  • Les personnes qui ont vécu ou vu des violences, des attaques, des accidents graves.
  • Les personnes déplacées et réfugiées.
  • Les enfants et les adolescents exposés aux violences.
  • Les femmes, plus souvent touchées, notamment après des violences sexuelles.
  • Les militaires, policiers, gendarmes, soignants, secouristes, journalistes.
  • Les personnes qui ont perdu des proches de façon brutale.

4Signes

Les signes apparaissent en général dans les semaines qui suivent l'événement, parfois des mois plus tard.

1. Revivre l'événement :

  • souvenirs qui reviennent sans cesse, sans le vouloir ;
  • cauchemars ;
  • impression de revivre la scène (comme si elle se passait à nouveau), avec peur, sueurs, cœur qui bat vite ;
  • forte détresse quand quelque chose rappelle l'événement (bruit, odeur, lieu, date, personne).

2. Éviter :

  • éviter les lieux, les personnes, les conversations qui rappellent l'événement ;
  • refuser d'en parler, essayer de ne pas y penser.

3. Être toujours en alerte :

  • sursauter au moindre bruit ;
  • se sentir toujours en danger, surveiller sans cesse ;
  • mal dormir ;
  • irritabilité, colères ;
  • difficulté à se concentrer.

4. Changements de l'humeur et des pensées :

  • culpabilité (« j'aurais dû faire quelque chose »), honte ;
  • tristesse, perte d'intérêt pour tout ;
  • se sentir détaché des autres, engourdi, incapable de ressentir de la joie ;
  • oublier certains moments de l'événement ;
  • penser que le monde est entièrement dangereux.

Signes du corps fréquents : maux de tête, douleurs, fatigue, palpitations, maux de ventre, sensation de chaleur ou de poids sur la poitrine.

Chez l'enfant :

  • cauchemars, peur du noir ;
  • jeux qui répètent l'événement ;
  • retour à des comportements de plus petit (pipi au lit, sucer son pouce) ;
  • peur d'être séparé des parents, colle à sa mère ;
  • colères, agressivité, ou au contraire enfant très silencieux ;
  • difficultés à l'école.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • Idées de suicide, envie de se faire du mal, ou propos sur la mort
  • Personne qui menace de faire du mal aux autres
  • Personne qui ne mange plus, ne boit plus ou ne dort plus depuis plusieurs jours
  • Personne qui entend des voix, a des idées étranges ou se met en danger
  • Consommation importante d'alcool, de tramadol ou de drogues pour « oublier »
  • Après une violence sexuelle : aller au centre de santé le plus tôt possible, idéalement dans les 72 heures, pour recevoir des soins, un traitement contre le VIH et une contraception d'urgence
  • Enfant qui ne parle plus, ne mange plus ou ne joue plus après un événement choquant

6Examens et analyses

  • Entretien avec un soignant formé, dans un endroit calme et confidentiel, sans forcer la personne à raconter.
  • Questionnaires simples pour mesurer l'intensité des troubles.
  • Examen physique : blessures, conséquences d'une violence, maladies associées.
  • Recherche d'une dépression, d'une anxiété, d'une consommation d'alcool ou de drogues, d'idées de suicide.
  • Examens selon les cas (après une violence sexuelle : tests VIH, syphilis, hépatite B, grossesse).

7Diagnostic

Le diagnostic repose sur l'entretien :

  • un événement traumatisant vécu ou vu ;
  • des signes de reviviscence, d'évitement, d'alerte permanente et de changement de l'humeur ;
  • qui durent plus d'un mois ;
  • et qui gênent la vie quotidienne.

Pendant le premier mois, on parle plutôt de stress aigu : ces réactions sont fréquentes et disparaissent souvent avec le temps et le soutien.

Il faut faire la différence avec :

  • le deuil normal ;
  • la dépression ;
  • l'anxiété ;
  • la psychose ;
  • les conséquences d'un traumatisme du crâne ;
  • les effets de l'alcool ou des drogues.

8Traitement

1. Les premiers secours psychologiques (juste après l'événement) :

  • mettre en sécurité la personne ;
  • répondre à ses besoins de base (eau, nourriture, abri, soins) ;
  • l'écouter si elle veut parler, sans la forcer à raconter ;
  • la rassurer, l'aider à retrouver ses proches ;
  • l'orienter vers des soins si nécessaire.

2. L'aide psychologique, le traitement le plus efficace :

  • thérapies centrées sur le traumatisme, avec un psychologue ou un soignant formé : elles aident à mettre des mots sur ce qui s'est passé, à diminuer la peur, et à reprendre peu à peu une vie normale ;
  • EMDR (une technique avec des mouvements des yeux), dans certains centres ;
  • groupes de parole avec d'autres personnes qui ont vécu des événements semblables ;
  • techniques de relaxation et de respiration lente.

3. Les médicaments, parfois, sur prescription :

  • certains antidépresseurs (sertraline, fluoxétine, paroxétine) peuvent aider ;
  • les calmants (benzodiazépines) sont déconseillés sur la durée : ils peuvent aggraver les troubles et rendre dépendant.

4. Le soutien de la famille et de la communauté :

  • écouter sans juger, ne pas forcer ;
  • aider à retrouver une routine (travail, école, activités, prière) ;
  • éviter de rejeter ou de blâmer la personne, en particulier après une violence sexuelle.

5. Chez l'enfant :

  • rassurer, rester proche, garder des horaires et des habitudes réguliers ;
  • le laisser jouer, dessiner, parler s'il le souhaite ;
  • le remettre à l'école dès que possible ;
  • consulter un soignant formé si les troubles durent.

Le choix des médicaments et des doses revient au soignant. La foi et la prière peuvent être un soutien précieux et accompagner les soins.

9Prévention

  • Mettre en sécurité les personnes après un événement choquant.
  • Ne pas laisser seules les personnes qui ont vécu un traumatisme ; leur montrer qu'on est là.
  • Proposer une écoute, sans forcer à raconter.
  • Rétablir les routines : école, travail, repas, sommeil.
  • Éviter l'alcool et les drogues pour « oublier ».
  • Consulter tôt si les troubles durent plus de quelques semaines.
  • Lutter contre les violences et la stigmatisation des victimes.

10Complications

  • Dépression, anxiété.
  • Idées de suicide, tentatives de suicide.
  • Dépendance à l'alcool, au tramadol ou à d'autres drogues.
  • Conflits dans la famille, violences, séparations.
  • Abandon de l'école ou du travail, pauvreté.
  • Isolement, rejet par la communauté (en particulier après des violences sexuelles).
  • Problèmes de santé du corps : hypertension, douleurs chroniques, troubles du sommeil.
  • Chez l'enfant : retard scolaire, troubles du comportement.

11Idées reçues

  • « C'est une faiblesse, un vrai homme ne craque pas. » Faux. Le stress post-traumatique peut toucher les personnes les plus fortes et les plus courageuses, y compris les militaires et les soignants.
  • « C'est un manque de foi. » Faux. Des personnes très croyantes peuvent en souffrir. La foi peut aider, mais la blessure psychique demande aussi des soins.
  • « C'est un sort, un génie ou une possession. » Faux. C'est une réaction du cerveau à un événement terrible, qui se soigne.
  • « Il faut oublier et ne jamais en parler. » Pas forcément. Essayer d'oublier par la force entretient souvent les troubles. En parler, au bon moment et avec la bonne personne, aide à guérir.
  • « Il faut faire raconter tout de suite tous les détails. » Faux. Forcer une personne à raconter juste après l'événement peut aggraver sa souffrance. Il faut l'écouter si elle le souhaite, à son rythme.
  • « Les enfants sont trop petits pour être touchés. » Faux. Les enfants aussi peuvent souffrir de stress post-traumatique, même s'ils l'expriment autrement.
  • « Ça passera tout seul avec le temps. » Pas toujours. Chez beaucoup de personnes, les troubles diminuent, mais chez d'autres, ils durent des années sans soins.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.