1Définition
L'amibiase est une infection de l'intestin due à un parasite microscopique, l'amibe Entamoeba histolytica.
Beaucoup de personnes portent ce parasite sans être malades. Mais chez certaines, l'amibe attaque la paroi du gros intestin et provoque une dysenterie : diarrhée avec des glaires et du sang. Plus rarement, elle passe dans le sang et forme un abcès du foie, une forme grave.
Attention : au Mali, beaucoup de personnes disent « j'ai les amibes » pour tout mal de ventre, et beaucoup d'examens de selles trouvent des « amibes » qui ne sont pas dangereuses. Il existe en effet d'autres amibes, inoffensives, qui ressemblent à l'amibe dangereuse au microscope. Cela conduit à des traitements inutiles et répétés.
La vraie amibiase se soigne bien avec des médicaments adaptés.
2Causes et transmission
L'amibiase se transmet par la bouche, en avalant des kystes d'amibe (forme résistante du parasite) présents dans les selles d'une personne infectée :
- eau de boisson contaminée (puits non protégé, marigot, eau stockée sale) ;
- aliments souillés : crudités, salades, fruits non lavés ou lavés à l'eau sale, aliments préparés avec des mains sales ;
- mains sales, après être allé aux toilettes ;
- mouches qui se posent sur les selles puis sur les aliments ;
- plus rarement, rapports sexuels anaux ou bucco-anaux.
Les kystes résistent longtemps dans l'environnement et résistent au chlore aux quantités habituelles : faire bouillir l'eau ou la filtrer est plus sûr.
Les porteurs sains (sans signes) peuvent transmettre le parasite.
3Qui est à risque ?
- Les personnes qui boivent de l'eau non potable.
- Les personnes qui vivent sans latrines ni eau courante.
- Les personnes qui mangent des crudités ou des aliments de rue préparés sans hygiène.
- Les voyageurs.
- Pour l'abcès du foie : surtout les hommes adultes de 20 à 50 ans, les buveurs d'alcool.
- Les formes graves sont plus fréquentes chez les personnes malnutries, les femmes enceintes, les personnes sous corticoïdes, les très jeunes enfants.
4Signes
Portage sans signe : la plupart des personnes infectées n'ont aucun signe.
Dysenterie amibienne :
- selles fréquentes, peu abondantes, avec des glaires (comme du blanc d'œuf) et du sang ;
- douleurs du ventre en crampes, surtout en bas et à droite ou à gauche ;
- envies pressantes et douloureuses d'aller à la selle, sensation de ne pas avoir fini (ténesme) ;
- pas de fièvre ou une petite fièvre ;
- la dysenterie peut durer des jours ou des semaines, s'arrêter puis revenir.
Abcès amibien du foie :
- fièvre élevée ;
- douleur sous les côtes à droite, qui peut aller vers l'épaule droite, augmentée par la respiration profonde et la toux ;
- foie gros et douloureux quand on appuie ;
- fatigue, perte d'appétit, amaigrissement ;
- la diarrhée est souvent absente au moment de l'abcès.
5Quand consulter en urgence
- Diarrhée avec du sang, surtout chez un enfant, une personne âgée ou une femme enceinte
- Diarrhée avec signes de déshydratation (yeux enfoncés, bouche sèche, peu d'urines)
- Forte fièvre avec douleur sous les côtes à droite
- Douleur du ventre très forte, ventre dur
- Toux, essoufflement ou douleur de la poitrine chez une personne qui a un abcès du foie
- Diarrhée avec sang qui dure plus de quelques jours malgré un traitement
6Examens et analyses
- Examen parasitologique des selles : il doit être fait sur des selles fraîches (examinées dans les 30 minutes), idéalement sur plusieurs échantillons. Seules les amibes « hématophages » (qui ont mangé des globules rouges) prouvent une amibiase qui attaque l'intestin. La simple présence de kystes ne permet pas de distinguer l'amibe dangereuse des amibes inoffensives.
- Tests spécifiques (recherche d'antigène ou de l'ADN de Entamoeba histolytica dans les selles), dans certains laboratoires.
- Prise de sang : numération (globules blancs augmentés), CRP.
- Sérologie amibienne (recherche d'anticorps) : très utile pour l'abcès du foie.
- Échographie du foie : elle montre l'abcès.
- Rectoscopie ou coloscopie dans certains cas.
7Diagnostic
- Dysenterie amibienne : diarrhée avec glaires et sang, peu de fièvre, avec des amibes hématophages dans les selles fraîches ou un test spécifique positif.
- Abcès amibien du foie : fièvre, douleur du foie, abcès à l'échographie, sérologie positive.
- Kystes d'amibes dans les selles sans signes : ce n'est souvent pas une maladie. Le soignant décide s'il faut traiter.
Il faut faire la différence avec :
- la shigellose et les autres dysenteries bactériennes (fièvre plus forte, début brutal) ;
- la bilharziose intestinale ;
- les hémorroïdes et la fissure anale (sang rouge sans diarrhée) ;
- les maladies inflammatoires de l'intestin ;
- le cancer du côlon ;
- pour l'abcès : l'abcès à microbes, le cancer du foie, l'hépatite, la cholécystite.
8Traitement
1. Tuer les amibes dans la paroi de l'intestin et dans le foie :
- métronidazole ou un médicament de la même famille (tinidazole, secnidazole, ornidazole), pendant quelques jours, selon le soignant ;
- pas d'alcool pendant le traitement et quelques jours après.
2. Éliminer les amibes qui restent dans l'intestin (pour éviter les rechutes et la contagion) :
- un amœbicide de contact, pris après le premier traitement, selon le soignant.
3. Réhydrater : SRO et boissons en cas de diarrhée, perfusion si déshydratation grave.
4. Abcès du foie :
- métronidazole, souvent à l'hôpital ;
- parfois ponction de l'abcès à l'aiguille sous échographie, s'il est gros ou menace de se rompre ;
- suivi par échographie.
5. Porteur sans signe : le traitement n'est pas toujours nécessaire, surtout si l'amibe n'est pas clairement identifiée comme dangereuse.
Le choix des médicaments et des doses revient au soignant. Évitez de prendre du métronidazole à chaque mal de ventre ou chaque mois « contre les amibes » : c'est inutile, cela donne des effets indésirables et favorise les résistances.
9Prévention
- Boire de l'eau potable : eau de forage ou de robinet, ou eau bouillie ou filtrée.
- Se laver les mains à l'eau et au savon après les toilettes et avant de manger ou de préparer les repas.
- Utiliser des latrines, et les garder propres et couvertes.
- Laver les fruits et légumes à l'eau potable, les éplucher ou les cuire.
- Éviter les crudités et les jus de rue préparés sans hygiène.
- Couvrir les aliments pour les protéger des mouches.
- Bien cuire les aliments et les manger chauds.
10Complications
- Déshydratation, surtout chez l'enfant.
- Colite grave avec ventre gonflé, fièvre, saignements abondants.
- Perforation de l'intestin et péritonite.
- Rupture de l'abcès du foie dans le ventre, la poitrine (plèvre, poumon) ou autour du cœur : urgence grave.
- Masse inflammatoire de l'intestin (amœbome) qui peut faire penser à un cancer.
- Rechutes si le traitement est incomplet.
- Décès, rare, dans les formes graves non traitées.
11Idées reçues
- « Tout mal de ventre, ce sont les amibes. » Faux. La plupart des maux de ventre ont d'autres causes (constipation, gastrite, vers, stress). L'amibiase donne surtout une diarrhée avec glaires et sang.
- « Le laboratoire a trouvé des amibes, je suis malade. » Pas forcément. Il existe des amibes inoffensives, qui ressemblent à l'amibe dangereuse au microscope. Le soignant doit interpréter le résultat avec les signes.
- « Il faut prendre du Flagyl tous les mois pour nettoyer le ventre. » Faux. Le métronidazole pris sans raison est inutile, donne des effets indésirables et favorise les résistances.
- « Les amibes restent à vie dans le corps. » Faux. Un traitement complet élimine les amibes. On peut se réinfecter si l'on boit de l'eau ou mange des aliments contaminés.
- « Les amibes viennent du froid ou des aliments froids. » Faux. Elles viennent de l'eau, des aliments et des mains souillés par les selles.
- « L'eau de Javel dans l'eau de boisson tue toujours les amibes. » Pas toujours. Les kystes d'amibes résistent au chlore aux quantités habituelles. Faire bouillir ou filtrer l'eau est plus sûr.
Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.