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Rage

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

La rage est une maladie due à un virus (genre Lyssavirus, famille des Rhabdoviridae) qui attaque le cerveau et les nerfs.

Elle se transmet à l'homme par la salive d'un animal malade, presque toujours lors d'une morsure de chien.

Une fois les signes apparus, la rage est mortelle dans presque 100 % des cas. Il n'existe aucun traitement qui guérit un malade de la rage.

Mais la rage est évitable à 100 % : si l'on lave bien la plaie et que l'on fait le vaccin antirabique rapidement après la morsure, avant les premiers signes, la personne est protégée.

2Causes et transmission

Le virus se trouve dans la salive de l'animal malade. Il passe à l'homme par :

  • une morsure : c'est la voie la plus fréquente ;
  • une griffure ;
  • un léchage sur une peau blessée (plaie, écorchure) ou sur la bouche, le nez ou les yeux.

Les animaux en cause :

  • au Mali, le chien est responsable de presque tous les cas chez l'homme ;
  • plus rarement : chat, singe, chacal, hyène, renard, chauve-souris, et parfois âne, cheval ou bovin infectés.

Un animal peut transmettre la rage quelques jours avant de paraître malade.

Le virus ne passe pas :

  • à travers une peau saine (un léchage sur une peau intacte est sans danger) ;
  • en touchant un animal ou en le caressant ;
  • en mangeant de la viande bien cuite.

Après la morsure, le virus avance lentement le long des nerfs jusqu'au cerveau. C'est ce délai qui permet au vaccin d'agir si on le fait à temps.

3Qui est à risque ?

  • Les enfants, surtout de 5 à 15 ans : ils jouent avec les chiens, sont mordus plus souvent et au visage, et ne le disent pas toujours.
  • Les personnes qui vivent là où beaucoup de chiens errants ou non vaccinés circulent.
  • Les bergers, cultivateurs, chasseurs.
  • Les vétérinaires, agents d'élevage, gardiens et personnes qui s'occupent des animaux.
  • Les personnes mordues qui ne consultent pas ou attendent pour voir si le chien meurt.

4Signes

Chez l'homme, les signes apparaissent en général 1 à 3 mois après la morsure, parfois quelques jours seulement, parfois plus d'un an. Le délai est plus court quand la morsure est au visage, à la tête, au cou ou aux mains.

Au début :

  • fièvre, maux de tête, fatigue ;
  • douleur, démangeaisons, picotements ou brûlure à l'endroit de la morsure, même si la plaie est guérie ;
  • anxiété, troubles du sommeil.

Ensuite, deux formes possibles :

  • Forme furieuse (la plus fréquente) :
  • peur de l'eau : le malade a soif mais ne peut pas boire, la vue ou le bruit de l'eau provoque des spasmes de la gorge ;
  • peur du vent ou de l'air sur le visage ;
  • agitation, agressivité, hallucinations ;
  • salive abondante, bave ;
  • crises de spasmes.
  • Forme paralytique : faiblesse puis paralysie qui monte depuis le membre mordu, sans agitation. Elle est souvent prise pour une autre maladie.

La mort survient le plus souvent en quelques jours, par arrêt de la respiration.

Chez le chien enragé : changement de comportement (chien calme devenu agressif ou chien agressif devenu craintif), morsures sans raison, bave, aboiement rauque, difficulté à avaler, mâchoire pendante, paralysie, mort en quelques jours.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • Toute morsure ou griffure de chien, chat, singe ou animal sauvage, même petite
  • Léchage d'un animal sur une plaie, sur la bouche, le nez ou les yeux
  • Morsure au visage, à la tête, au cou ou aux mains
  • Morsure par un animal inconnu, errant, malade, qui a disparu ou qui a été tué
  • Enfant qui a joué avec un chien et qui a une plaie ou une griffure
  • Picotements ou douleur sur une ancienne cicatrice de morsure avec fièvre ou angoisse
  • Peur de l'eau, difficulté à avaler, agitation ou paralysie après une morsure

6Examens et analyses

  • Chez la personne mordue, il n'existe aucun test qui permet de savoir si elle a été infectée. On ne peut donc pas attendre un résultat avant de vacciner.
  • Chez l'animal :
  • si l'animal est connu et vivant, il est mis en observation pendant 10 jours par un agent vétérinaire. S'il reste en bonne santé pendant 10 jours, il n'avait pas la rage au moment de la morsure ;
  • s'il est mort ou abattu, sa tête peut être envoyée au laboratoire vétérinaire pour confirmer la rage. Elle doit être conservée au froid et sans être écrasée.
  • Chez un malade qui a déjà des signes : examens spécialisés de la salive, d'un fragment de peau de la nuque ou du liquide céphalo-rachidien (PCR), surtout pour confirmer le cas.
  • Vérifier le statut vaccinal contre le tétanos.

7Diagnostic

Après une morsure, le soignant évalue le risque selon :

  • le type de contact : léchage sur peau saine (pas de risque), petite égratignure sans saignement, ou morsure qui saigne et léchage sur plaie ou muqueuse (risque élevé) ;
  • l'endroit de la morsure (visage, cou, mains = plus grave) ;
  • l'animal : connu ou non, vacciné ou non, malade, disparu ou tué ;
  • la situation de la rage dans la zone.

Chez un malade, la rage est évoquée devant une peur de l'eau, une agitation, une paralysie après une morsure, même ancienne ou oubliée.

Il faut la distinguer du tétanos, de la méningite, du paludisme grave, d'une paralysie due à une autre cause, ou d'une intoxication.

8Traitement

1. Juste après la morsure, à faire immédiatement, à la maison ou au centre :

  • laver la plaie abondamment à l'eau et au savon pendant 15 minutes, en frottant doucement et en rinçant beaucoup ;
  • appliquer un antiseptique : povidone iodée (Bétadine) ou alcool ;
  • ne pas recouvrir la plaie de terre, de beurre, de plantes, de poils de l'animal ou de produits traditionnels ;
  • puis aller tout de suite au centre de santé, même si la plaie est petite et même plusieurs jours ou semaines après.

2. Au centre de santé :

  • Vaccin antirabique : plusieurs injections sur plusieurs jours, selon un calendrier fixé par le soignant. Il faut faire toutes les doses, même si l'animal semble bien portant.
  • Immunoglobulines antirabiques (sérum) injectées dans et autour de la plaie pour les morsures graves (qui saignent, au visage, aux mains, morsures multiples).
  • Vaccin antitétanique si la personne n'est pas à jour.
  • Antibiotique si la plaie est profonde ou risque de s'infecter (amoxicilline-acide clavulanique par exemple).
  • La plaie n'est en général pas recousue tout de suite.
  • Le vaccin peut être fait chez la femme enceinte, le bébé et la personne âgée.

3. Quand la rage est déclarée :

  • il n'existe pas de traitement qui guérit ;
  • le malade est hospitalisé pour être soulagé (calmants, perfusion, soins de confort) et accompagné ;
  • les soignants et la famille se protègent de sa salive (gants, pas de contact avec la bouche). Les personnes exposées à sa salive sur une plaie ou une muqueuse doivent être vaccinées.

Le calendrier du vaccin et le choix des médicaments sont fixés par le soignant. Aucun guérisseur, plante ou produit ne remplace le vaccin.

9Prévention

  • Faire vacciner les chiens et les chats chaque année contre la rage par le service vétérinaire. Vacciner les chiens est le moyen le plus efficace de faire disparaître la rage chez l'homme.
  • Attacher ou garder les chiens à la maison, ne pas laisser circuler des chiens errants.
  • Apprendre aux enfants à ne pas taquiner, toucher ou approcher les chiens inconnus, à ne pas déranger un chien qui mange, dort ou allaite, et à dire tout de suite s'ils ont été mordus, griffés ou léchés.
  • Ne pas toucher un animal malade, mort ou au comportement étrange. Le signaler au service vétérinaire.
  • Ne pas tuer tout de suite un chien qui a mordu s'il est connu : le garder en observation 10 jours avec l'aide du vétérinaire.
  • Vaccin avant exposition pour les personnes très exposées : vétérinaires, agents d'élevage, personnel de laboratoire, voyageurs en zone isolée.
  • Après toute morsure : laver, désinfecter, consulter.

10Complications

  • Décès : une fois les signes apparus, la rage tue presque toujours, en quelques jours.
  • Infection de la plaie après la morsure (pus, rougeur, fièvre).
  • Tétanos, si la personne mordue n'est pas vaccinée.
  • Cicatrices et handicaps après des morsures graves, surtout au visage chez l'enfant.
  • Retard ou arrêt du vaccin : la protection n'est pas complète, le risque de rage persiste.

11Idées reçues

  • « Il faut attendre de voir si le chien meurt avant d'aller au centre. » Faux et dangereux. Il faut laver la plaie et consulter tout de suite. Le vaccin peut être arrêté plus tard si le chien reste en bonne santé pendant 10 jours.
  • « C'est le chien de la maison, il ne peut pas avoir la rage. » Faux. Un chien domestique non vacciné peut être infecté par un autre animal. Il faut consulter.
  • « Une petite morsure, ça ne compte pas. » Faux. Une simple griffure ou un léchage sur une plaie peut transmettre la rage.
  • « Un guérisseur ou des plantes peuvent soigner la rage. » Faux. Aucun remède traditionnel ne protège. Seuls le lavage de la plaie et le vaccin sauvent la vie.
  • « Le chien enragé a toujours de la bave à la bouche. » Faux. Certains chiens enragés sont calmes, cachés ou paralysés, et peuvent transmettre la rage avant de paraître malades.
  • « Mettre des poils du chien ou de la terre sur la plaie empêche la rage. » Faux. Cela infecte la plaie et fait perdre du temps.
  • « Si la morsure date de plusieurs semaines, c'est trop tard. » Faux. Tant que les signes de la rage ne sont pas apparus, le vaccin peut encore sauver la vie. Il faut consulter même tard.
  • « Le vaccin antirabique est dangereux pour la femme enceinte ou l'enfant. » Faux. Il peut être fait à tout âge et pendant la grossesse.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.