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Tétanos

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

Le tétanos est une maladie grave due à une bactérie, Clostridium tetani, qui entre dans le corps par une plaie, par le cordon ombilical du nouveau-né, ou après un accouchement, une circoncision ou une excision faits avec du matériel sale.

Cette bactérie fabrique un poison (toxine) qui attaque les nerfs. Il provoque des contractures très douloureuses des muscles : la mâchoire se bloque, le corps devient raide, puis surviennent des spasmes (crises de raideur) qui peuvent empêcher de respirer.

Le tétanos tue encore beaucoup en Afrique de l'Ouest, surtout les nouveau-nés (tétanos néonatal) et les adultes non vaccinés. Pourtant, il est entièrement évitable grâce au vaccin.

Le tétanos n'est pas contagieux : il ne passe pas d'une personne à l'autre.

2Causes et transmission

La bactérie vit sous forme de spores (graines très résistantes) dans :

  • la terre et la poussière ;
  • les excréments des animaux (bouse de vache, crottin de cheval, fientes) ;
  • les objets souillés : clous, épines, fils de fer, outils agricoles, morceaux de bois ou de verre.

Elle entre dans le corps par :

  • une plaie, même petite : piqûre d'épine ou de clou, écharde, coupure, écorchure ;
  • une plaie profonde ou sale, une fracture ouverte, une morsure ;
  • une brûlure ;
  • le cordon ombilical du nouveau-né, coupé avec un objet non stérile ou recouvert de terre, de bouse, de cendre ou de beurre ;
  • un accouchement ou un avortement fait dans de mauvaises conditions ;
  • une circoncision, une excision, un percement d'oreilles, une scarification ou une injection avec du matériel sale ;
  • des plaies chroniques (ulcère de jambe, pied diabétique), une carie ou une otite infectée.

3Qui est à risque ?

  • Les nouveau-nés dont la mère n'a pas été vaccinée pendant la grossesse ou avant, et ceux nés à la maison sans soins propres du cordon.
  • Les enfants dont la vaccination est incomplète.
  • Les adultes, surtout les hommes, qui n'ont pas eu de rappel : cultivateurs, éleveurs, ouvriers, orpailleurs.
  • Les femmes non vaccinées au moment de l'accouchement ou d'un avortement.
  • Les personnes âgées, souvent jamais vaccinées.
  • Les personnes ayant une plaie chronique ou un diabète.

4Signes

Les signes apparaissent en général 3 à 21 jours après l'entrée de la bactérie, parfois plus. La porte d'entrée peut être :

  • une plaie, même petite (épine, clou, écharde, écorchure), souvent oubliée ou déjà cicatrisée ;
  • le cordon ombilical du nouveau-né, coupé avec un objet sale ou recouvert de terre, de bouse ou de cendre ;
  • une brûlure, une morsure, une plaie chronique (ulcère de jambe, pied diabétique) ;
  • un accouchement ou un avortement dans de mauvaises conditions ;
  • une circoncision, une excision, un percement d'oreilles, une scarification ou une injection avec du matériel sale ;
  • plus rarement, une otite ou une dent infectée.

Chez l'enfant et l'adulte :

  • mâchoire bloquée : le malade n'arrive plus à ouvrir la bouche (trismus) ; c'est souvent le premier signe ;
  • sourire crispé, visage figé ;
  • difficulté à avaler ;
  • raideur de la nuque, du dos et du ventre (ventre dur comme une planche) ;
  • spasmes : crises de raideur de tout le corps, très douloureuses, le dos se cambre en arrière ;
  • les spasmes sont déclenchés par le bruit, la lumière ou le toucher ;
  • le malade reste conscient et souffre beaucoup ;
  • sueurs, fièvre, cœur qui bat vite.

Chez le nouveau-né (tétanos néonatal) :

  • le bébé tète bien les 2 premiers jours ;
  • puis, entre le 3e et le 28e jour, il n'arrive plus à téter : sa bouche ne s'ouvre plus ;
  • il pleure beaucoup puis ne pleure plus ;
  • son corps devient raide, les poings serrés ;
  • il fait des spasmes (on peut croire à des convulsions).

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • Mâchoire qui se bloque ou difficulté à ouvrir la bouche
  • Raideur de la nuque, du dos ou du ventre
  • Crises de raideur ou spasmes du corps
  • Difficulté à avaler ou à respirer
  • Nouveau-né qui tétait bien et qui n'arrive plus à téter
  • Nouveau-né raide ou qui fait des spasmes
  • Plaie profonde, sale, morsure ou brûlure chez une personne qui n'est pas sûre d'être à jour de ses vaccins

6Examens et analyses

  • Il n'existe pas d'analyse qui confirme le tétanos : le diagnostic se fait à l'examen du malade.
  • Recherche de la porte d'entrée : plaie, cordon, brûlure, oreille, dents.
  • Prise de sang (glycémie, calcium, numération, fonction des reins) pour surveiller le malade et écarter d'autres causes.
  • Ponction lombaire seulement s'il y a un doute avec une méningite.
  • TDR du paludisme si fièvre et convulsions font hésiter.

7Diagnostic

Le diagnostic repose sur les signes : mâchoire bloquée, raideurs et spasmes chez un malade conscient, chez une personne pas ou mal vaccinée, avec une porte d'entrée retrouvée ou non (plaie, cordon ombilical, brûlure, accouchement, circoncision, excision).

Chez le nouveau-né : un bébé qui tétait normalement, puis qui ne peut plus téter et devient raide entre le 3e et le 28e jour.

Il faut le distinguer de :

  • la méningite et le paludisme grave (fièvre, convulsions, troubles de la conscience) ;
  • la rage ;
  • un abcès dentaire ou une angine grave qui empêchent d'ouvrir la bouche ;
  • une réaction à certains médicaments (contre les vomissements, par exemple) ;
  • un manque de calcium (hypocalcémie) ;
  • l'épilepsie.

Chaque cas de tétanos néonatal doit être déclaré au service de santé.

8Traitement

Le tétanos se soigne à l'hôpital, si possible dans un service capable de surveiller la respiration. Il ne faut pas perdre de temps.

  • Chambre calme et sombre, peu de bruit et peu de manipulations pour éviter les spasmes.
  • Nettoyer la plaie et enlever les corps étrangers et les tissus morts.
  • Neutraliser le poison : immunoglobulines antitétaniques (ou sérum antitétanique).
  • Antibiotique contre la bactérie : métronidazole le plus souvent, ou pénicilline.
  • Calmer les raideurs et les spasmes : diazépam ou d'autres sédatifs, parfois sulfate de magnésium.
  • Nourrir et hydrater par une sonde dans le nez ou par perfusion.
  • Assistance respiratoire dans les formes graves.
  • Commencer la vaccination dès le début : avoir eu le tétanos ne protège pas contre une nouvelle attaque.
  • Pour le nouveau-né : soins du cordon, et vaccination de la mère pour protéger les prochains bébés.

La guérison est lente : plusieurs semaines d'hospitalisation.

Le choix des médicaments et des doses revient au soignant. Ne pas attendre à la maison avec des décoctions ou des scarifications.

9Prévention

  • La vaccination est la meilleure protection :
  • chez l'enfant : 3 doses de vaccin Pentavalent à 6, 10 et 14 semaines dans le PEV, puis des rappels pendant l'enfance et l'adolescence ;
  • chez la femme en âge d'avoir des enfants et la femme enceinte : vaccin Td (tétanos-diphtérie), selon le calendrier proposé à la CPN. Il protège la mère et le bébé à la naissance ;
  • chez l'adulte : un rappel tous les 10 ans environ, surtout pour les cultivateurs et les travailleurs exposés.
  • Accouchement propre, de préférence au centre de santé.
  • Soin du cordon : le couper avec une lame ou des ciseaux stériles, le garder propre et sec, ou appliquer la chlorhexidine si le centre de santé la donne. Ne jamais y mettre de terre, de bouse, de cendre, de beurre ou de pâte de plantes.
  • Bien nettoyer toute plaie à l'eau propre et au savon, enlever la saleté, désinfecter.
  • Après une plaie à risque (profonde, sale, morsure), aller au centre de santé : selon les vaccins déjà reçus, le soignant fera un rappel du vaccin et parfois des immunoglobulines.
  • Circoncision, excision, percement d'oreilles, injections : uniquement avec du matériel stérile.
  • Porter des chaussures ou sandales au champ et sur les chantiers.

10Complications

  • Asphyxie : blocage de la respiration pendant les spasmes ; c'est la première cause de décès.
  • Pneumonie due aux fausses routes (la salive ou la nourriture passent dans les poumons).
  • Troubles du cœur et de la tension : tension très haute ou très basse, cœur irrégulier.
  • Fractures de vertèbres ou d'autres os à cause de la force des spasmes.
  • Escarres, infections liées à l'hospitalisation, amaigrissement.
  • Décès : très fréquent chez le nouveau-né et chez l'adulte non soigné, même à l'hôpital.
  • Chez les survivants du tétanos néonatal : parfois des séquelles du cerveau ou un retard.

11Idées reçues

  • « Le tétanos vient seulement des clous rouillés. » Faux. C'est la terre et la saleté qui portent la bactérie, pas la rouille. Une épine, une écharde ou une petite écorchure suffit.
  • « Une petite plaie ne peut pas donner le tétanos. » Faux. Beaucoup de tétanos viennent de blessures si petites qu'on les a oubliées.
  • « J'ai déjà eu le tétanos, je suis protégé. » Faux. La maladie ne protège pas. Il faut se faire vacciner après la guérison.
  • « Un vaccin dans l'enfance protège toute la vie. » Faux. Il faut des rappels, notamment chez l'adulte et la femme en âge d'avoir des enfants.
  • « Mettre de la bouse, de la cendre ou du beurre sur le cordon aide à le faire tomber. » Faux et dangereux. Ces produits apportent la bactérie du tétanos et tuent des bébés chaque année.
  • « Le bébé qui ne tète plus et qui se raidit est victime d'un mauvais sort. » Faux. C'est souvent le tétanos néonatal, une infection qu'il faut traiter d'urgence à l'hôpital, et qu'on évite en vaccinant la mère.
  • « Le tétanos s'attrape au contact d'un malade. » Faux. Il n'est pas contagieux.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.