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Dengue

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

La dengue est une maladie due à un virus, transmise par la piqûre d'un moustique, l'Aedes (moustique tigre et ses cousins).

Elle provoque une forte fièvre brutale, des maux de tête, des douleurs derrière les yeux, des muscles et des articulations (on l'appelle parfois « fièvre brise-os »), et souvent des boutons sur la peau.

Dans la grande majorité des cas, la dengue guérit seule en une à deux semaines. Mais chez certaines personnes, elle devient sévère : saignements, chute de la tension (choc), atteinte des organes. La dengue sévère peut tuer si elle n'est pas prise en charge à temps.

Il existe quatre types de virus de la dengue. On peut donc faire la dengue plusieurs fois, et une deuxième dengue est plus souvent grave.

Des épidémies de dengue ont touché le Mali ces dernières années, en particulier pendant et après la saison des pluies, surtout dans les villes.

Il n'existe pas de médicament qui tue le virus, mais une bonne surveillance et une bonne hydratation évitent la plupart des décès.

2Causes et transmission

La dengue se transmet par la piqûre d'un moustique Aedes infecté. Ce moustique :

  • pique surtout le jour, en particulier tôt le matin et en fin d'après-midi ;
  • est souvent noir avec des rayures blanches ;
  • vit près des maisons ;
  • pond dans l'eau propre et stagnante : pneus usagés, seaux, bidons, jarres et canaris non couverts, pots de fleurs, gouttières bouchées, boîtes de conserve, noix de coco vides, réservoirs d'eau.

Le moustique s'infecte en piquant une personne malade, puis transmet le virus à d'autres personnes.

La dengue ne se transmet pas directement d'une personne à l'autre (ni par le toucher, ni par la toux), sauf très rarement de la mère au bébé à l'accouchement, ou par le sang.

3Qui est à risque ?

  • Toute personne vivant dans une zone où circule la dengue, surtout en ville.
  • Les personnes qui ont déjà eu la dengue (risque plus élevé de forme grave lors d'une nouvelle infection).
  • Les nourrissons, les personnes âgées, les femmes enceintes.
  • Les personnes en surpoids, diabétiques, hypertendues, drépanocytaires, ou ayant une maladie du cœur, des reins ou du foie.
  • Les personnes qui vivent près de dépôts d'eau et de déchets.

4Signes

Les signes apparaissent 4 à 10 jours après la piqûre.

Phase de fièvre (2 à 7 jours) :

  • fièvre élevée qui commence brutalement ;
  • maux de tête intenses ;
  • douleur derrière les yeux, augmentée quand on bouge les yeux ;
  • douleurs des muscles, des os et des articulations ;
  • grande fatigue ;
  • nausées, vomissements, perte d'appétit ;
  • boutons ou rougeur de la peau ;
  • parfois petits saignements des gencives ou du nez, petites taches rouges sur la peau.

Phase critique (souvent entre le 3e et le 7e jour, au moment où la fièvre baisse) : c'est le moment où la dengue peut devenir sévère. La baisse de la fièvre ne veut pas dire que le danger est passé.

Phase de guérison : l'appétit revient, parfois des démangeaisons et une éruption sur le corps ; la fatigue peut durer plusieurs semaines.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :

Signes d'alerte, surtout quand la fièvre baisse :

  • Douleur forte du ventre
  • Vomissements répétés, impossibilité de boire
  • Saignement des gencives, du nez, vomissements de sang, selles noires, sang dans les urines, règles très abondantes
  • Grande fatigue, somnolence ou au contraire agitation
  • Mains et pieds froids, pâleur, sueurs, malaise
  • Respiration difficile, ventre gonflé
  • Urines rares (moins de 4 à 6 fois par jour)
  • Petites taches rouges ou bleus nombreux sur la peau

Même sans signe d'alerte, toute personne qui a une forte fièvre doit consulter le jour même pour faire le test du paludisme et, si possible, de la dengue.

6Examens et analyses

  • TDR du paludisme : toujours, car le paludisme est fréquent et donne aussi de la fièvre. Les deux maladies peuvent être présentes en même temps.
  • Test rapide de la dengue :
  • recherche de l'antigène NS1 pendant les 5 premiers jours de fièvre ;
  • recherche des anticorps (IgM, IgG) après le 5e jour.
  • PCR dans certains laboratoires.
  • Numération sanguine, répétée souvent pendant la phase critique :
  • plaquettes (qui baissent dans la dengue) ;
  • hématocrite (qui monte quand le sang s'épaissit, signe de gravité) ;
  • globules blancs souvent bas.
  • Bilan du foie, des reins, selon les cas.

7Diagnostic

Le soignant pense à la dengue devant :

  • une fièvre brutale avec maux de tête, douleurs derrière les yeux, douleurs du corps, boutons ;
  • pendant une épidémie ou dans une zone où la dengue circule ;
  • avec un TDR du paludisme négatif (ou positif, si les deux maladies sont associées).

Le diagnostic est confirmé par le test de la dengue.

Le soignant classe ensuite la dengue :

  • dengue sans signe d'alerte : soins à la maison avec surveillance ;
  • dengue avec signes d'alerte : hospitalisation ;
  • dengue sévère : urgence.

Il faut faire la différence avec :

  • le paludisme ;
  • la fièvre typhoïde ;
  • le chikungunya et d'autres maladies virales transmises par les moustiques ;
  • la fièvre jaune ;
  • la grippe, le COVID-19, la rougeole ;
  • la méningite à méningocoque (taches sur la peau).

8Traitement

Il n'existe pas de médicament contre le virus. Le traitement aide le corps à passer la maladie et évite les complications.

À la maison (dengue sans signe d'alerte) :

  • repos ;
  • boire beaucoup : eau, SRO, jus de fruits, eau de riz, soupes, lait, bouillies ;
  • paracétamol contre la fièvre et les douleurs, sans dépasser la dose indiquée par le soignant (trop de paracétamol abîme le foie) ;
  • dormir sous moustiquaire, même le jour, pour que les moustiques ne piquent pas le malade et ne transmettent pas le virus à d'autres ;
  • revenir chaque jour ou selon les conseils du soignant pour la surveillance, surtout entre le 3e et le 7e jour ;
  • revenir immédiatement en cas de signe d'alerte.

À l'hôpital (signes d'alerte, dengue sévère) :

  • perfusion pour remplacer les liquides et corriger le choc ;
  • surveillance étroite (tension, pouls, urines, prises de sang) ;
  • transfusion en cas de saignement grave.

Médicaments à éviter absolument :

  • aspirine ;
  • ibuprofène, diclofénac et autres anti-inflammatoires ;
  • injections dans les muscles (risque d'hématomes) ;
  • corticoïdes ;
  • antibiotiques sans raison : ils ne servent à rien contre le virus.

Le choix des médicaments et des doses revient au soignant.

9Prévention

Supprimer les lieux où pondent les moustiques, au moins une fois par semaine :

  • vider l'eau des seaux, bidons, pots de fleurs, soucoupes, vieux pneus, boîtes, noix de coco ;
  • couvrir les jarres, canaris, réservoirs et fûts d'eau avec un couvercle bien fermé ;
  • nettoyer les gouttières ;
  • ramasser et jeter les déchets qui peuvent retenir l'eau (pneus, bouteilles, boîtes) ;
  • frotter les parois des récipients d'eau pour enlever les œufs.

Se protéger des piqûres, surtout le jour :

  • vêtements longs et clairs ;
  • produits répulsifs sur la peau ;
  • moustiquaires aux fenêtres et aux portes ;
  • moustiquaire pour les bébés et les malades qui dorment le jour.

Vaccin : des vaccins contre la dengue existent dans certains pays, mais ils ne sont pas utilisés en routine au Mali.

10Complications

  • Dengue sévère :
  • choc : chute de la tension, mains et pieds froids, malaise ;
  • hémorragies graves (digestives, gynécologiques) ;
  • atteinte du foie, du cœur, du cerveau, des reins ;
  • Décès, surtout quand la prise en charge est tardive.
  • Femme enceinte : risque de fausse couche, de prématurité, de saignements à l'accouchement.
  • Fatigue et tristesse qui peuvent durer plusieurs semaines après la guérison.

11Idées reçues

  • « La dengue, c'est un palu, il suffit de prendre un antipaludique. » Faux. La dengue est due à un virus. Les antipaludiques ne la soignent pas. Il faut faire les deux tests.
  • « La moustiquaire la nuit suffit à me protéger. » Pas pour la dengue. Le moustique de la dengue pique surtout le jour. Il faut aussi vider les eaux stagnantes et se protéger le jour.
  • « La fièvre est tombée, je suis guéri. » Pas forcément. C'est souvent au moment où la fièvre baisse que la dengue devient grave. Il faut continuer la surveillance.
  • « L'ibuprofène ou l'aspirine sont bons pour la fièvre de la dengue. » Faux et dangereux. Ils augmentent le risque de saignements. Seul le paracétamol est conseillé.
  • « Le jus de feuilles de papayer remonte les plaquettes et suffit à soigner. » Pas prouvé. Il ne remplace ni la surveillance ni les soins. Ce qui sauve, c'est l'hydratation et la surveillance médicale.
  • « La dengue s'attrape au contact d'un malade. » Faux. Elle se transmet par les moustiques, pas par le toucher ni la toux.
  • « Une fois qu'on a eu la dengue, on est protégé. » Faux. Il existe quatre types de virus. On peut refaire la dengue, et la deuxième fois est souvent plus grave.
  • « Les moustiques de la dengue naissent dans les eaux sales et les égouts. » Pas seulement. Ils pondent surtout dans l'eau propre et stagnante des récipients autour des maisons.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.