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Chéloïde

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

Une chéloïde est une cicatrice qui grossit trop. Après une blessure de la peau, le corps fabrique une cicatrice pour réparer la plaie. Chez certaines personnes, il en fabrique beaucoup trop : la cicatrice devient une bosse ferme, épaisse, qui dépasse les limites de la plaie d'origine et continue parfois à grossir pendant des mois ou des années.

Il ne faut pas la confondre avec la cicatrice hypertrophique : celle-ci est aussi épaisse, mais reste dans les limites de la plaie et diminue souvent avec le temps.

Les chéloïdes sont beaucoup plus fréquentes sur la peau noire. Elles ne sont pas dangereuses : ce ne sont pas des cancers et elles ne sont pas contagieuses. Mais elles peuvent gratter, faire mal et gêner beaucoup sur le plan esthétique.

Leur traitement est difficile, car elles ont tendance à revenir, parfois plus grosses, surtout après une opération faite seule.

2Causes et transmission

Les chéloïdes ne se transmettent pas.

Elles apparaissent chez des personnes qui ont une tendance naturelle, souvent familiale, à fabriquer trop de cicatrice. Le déclencheur est presque toujours une blessure de la peau, même petite :

  • percement des oreilles (lobe, cartilage) ;
  • scarifications et marques traditionnelles ;
  • tatouages ;
  • acné et boutons infectés, surtout sur la poitrine, le dos, les épaules, la mâchoire ;
  • boutons après le rasage de la barbe ou de la nuque (rasage à la lame, coupe très courte) ;
  • opérations (césarienne, chirurgie de la poitrine, thyroïde…) ;
  • vaccins (BCG sur l'épaule) ;
  • brûlures ;
  • piqûres d'insectes, varicelle ;
  • plaies, coupures, écorchures, surtout si elles s'infectent ou cicatrisent lentement.

Les zones les plus à risque sont celles où la peau est tendue ou bouge beaucoup : lobes des oreilles, poitrine (au milieu, sur le sternum), épaules, haut du dos, nuque, mâchoire, bas du ventre.

3Qui est à risque ?

  • Les personnes à peau noire ou foncée.
  • Les personnes dont un parent a des chéloïdes.
  • Les adolescents et jeunes adultes (10 à 30 ans).
  • Les personnes qui ont déjà eu une chéloïde : elles risquent d'en faire d'autres après toute nouvelle blessure.
  • Les femmes enceintes (les chéloïdes peuvent grossir pendant la grossesse).
  • Les personnes qui ont de l'acné importante.
  • Les hommes qui se rasent la nuque ou la barbe de très près.

4Signes

  • Bosse ferme, lisse, souvent brillante, à l'endroit d'une ancienne blessure ;
  • elle dépasse les bords de la cicatrice d'origine, avec des contours parfois en « pattes de crabe » ;
  • couleur plus foncée que la peau, ou rosée, violacée au début ;
  • elle apparaît quelques semaines à quelques mois après la blessure, parfois plus tard ;
  • elle grossit lentement, puis peut se stabiliser ;
  • démangeaisons fréquentes ;
  • douleur, sensibilité au toucher, sensation de piqûre ou de brûlure ;
  • ne disparaît pas toute seule.

Formes particulières :

  • chéloïde du lobe de l'oreille après le percement : boule ronde, parfois de chaque côté du lobe ;
  • acné chéloïdienne de la nuque chez l'homme : petits boutons fermes, puis plaques épaisses à l'arrière de la tête, souvent après des coupes de cheveux très courtes.

+Photos

Chéloïde : cicatrice épaisse qui dépasse la plaie d'origine
Chéloïde : cicatrice épaisse qui dépasse la plaie d'origine

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :

Une chéloïde n'est pas une urgence. Consultez rapidement si :

  • la bosse grossit très vite ;
  • elle saigne, s'ouvre ou forme une plaie ;
  • elle devient rouge, chaude, avec du pus (infection) ;
  • elle fait très mal ;
  • elle gêne un mouvement (près d'une articulation) ;
  • son aspect est inhabituel, ou il n'y a pas eu de blessure à cet endroit.

6Examens et analyses

  • Le diagnostic se fait à l'examen de la peau et en écoutant l'histoire de la cicatrice.
  • Biopsie (petit prélèvement) seulement si l'aspect est inhabituel, si la bosse est apparue sans blessure, grossit très vite ou récidive de façon anormale, pour écarter une autre maladie.
  • Photos régulières pour suivre l'évolution sous traitement.

7Diagnostic

Le diagnostic repose sur une cicatrice épaisse qui dépasse les limites de la blessure d'origine, chez une personne souvent à peau noire, aux endroits typiques.

Il faut faire la différence avec :

  • la cicatrice hypertrophique : épaisse mais limitée à la plaie, s'améliore avec le temps ;
  • le dermatofibrome : petite boule dure dans la peau, souvent sur les jambes ;
  • certaines tumeurs de la peau, rares, qui peuvent ressembler à une chéloïde (dermatofibrosarcome) ;
  • certaines infections chroniques de la peau.

8Traitement

Le traitement est difficile et demande de la patience. Le but est de diminuer la taille, les démangeaisons et la douleur. Une chéloïde disparaît rarement complètement, et elle a tendance à revenir.

1. Les injections de cortisone dans la chéloïde : c'est le traitement de base :

  • triamcinolone injectée directement dans la bosse, par le soignant, toutes les 4 à 6 semaines, pendant plusieurs mois ;
  • elles aplatissent la chéloïde et calment les démangeaisons et la douleur ;
  • elles peuvent donner des taches claires ou un amincissement de la peau autour.

2. Les pansements et gels en silicone : appliqués chaque jour pendant plusieurs mois, ils aident à aplatir les cicatrices récentes et à prévenir la récidive après un traitement.

3. La compression : pression permanente sur la cicatrice, par exemple boucles d'oreilles compressives sur le lobe après une opération, vêtements compressifs.

4. La cryothérapie (froid très intense) : elle aplatit certaines chéloïdes, mais peut laisser des taches blanches sur la peau noire.

5. La chirurgie :

  • jamais seule : opérée sans autre traitement, la chéloïde revient dans la plupart des cas, souvent plus grosse ;
  • elle doit être associée à des injections de cortisone, à la compression, parfois à la radiothérapie ;
  • elle est surtout utile pour les chéloïdes du lobe de l'oreille.

6. D'autres traitements, en milieu spécialisé : injections d'autres médicaments (5-fluorouracile), radiothérapie après chirurgie, laser.

Le choix des traitements et des doses revient au soignant. Ne pas ligaturer la chéloïde avec un fil, ne pas la brûler, la couper soi-même ou chez un guérisseur, ni y appliquer de produits caustiques : cela provoque des infections et une chéloïde plus grosse.

9Prévention

La prévention est très importante, car il est plus facile d'éviter une chéloïde que de la soigner.

Si vous ou un membre de votre famille avez déjà fait une chéloïde :

  • éviter les percements d'oreilles (surtout le cartilage), les piercings, les tatouages et les scarifications ;
  • éviter les opérations esthétiques non nécessaires (retirer un grain de beauté sur la poitrine ou l'épaule, par exemple) ;
  • prévenir le chirurgien avant toute opération, pour qu'il prenne des précautions (fils adaptés, injections, silicone après l'opération) ;
  • traiter tôt l'acné et les boutons infectés ;
  • pour les hommes : utiliser une tondeuse plutôt qu'une lame, éviter les coupes trop courtes sur la nuque ;
  • soigner rapidement toute plaie, éviter qu'elle s'infecte, ne pas gratter les croûtes ;
  • appliquer du silicone sur les nouvelles cicatrices pendant quelques mois ;
  • consulter dès qu'une cicatrice commence à grossir : un traitement précoce marche mieux.

10Complications

  • Démangeaisons et douleurs permanentes.
  • Infection, parfois avec écoulement et mauvaise odeur, surtout pour les grosses chéloïdes.
  • Ulcération (la peau s'ouvre).
  • Gêne des mouvements quand la chéloïde est près d'une articulation.
  • Récidive après traitement, parfois plus grosse, surtout après une chirurgie faite seule.
  • Gêne esthétique, honte, perte de confiance en soi, difficultés dans les relations.
  • Effets indésirables des traitements (taches claires, peau amincie).

11Idées reçues

  • « La chéloïde est un cancer. » Faux. C'est une cicatrice excessive, bénigne. Elle ne devient pas un cancer.
  • « La chéloïde est contagieuse. » Faux. On ne peut pas l'attraper en touchant une personne qui en a.
  • « Il suffit de l'enlever et c'est fini. » Faux. Enlevée seule par chirurgie, elle revient dans la plupart des cas, souvent plus grosse. Il faut associer d'autres traitements.
  • « On peut la faire tomber en l'attachant avec un fil. » Faux et dangereux. La ligature provoque une plaie, une infection, et une nouvelle chéloïde plus grosse.
  • « Le citron, le dentifrice ou les produits caustiques font fondre la chéloïde. » Faux. Ils irritent la peau et peuvent l'aggraver.
  • « C'est un sort ou une punition. » Faux. C'est une tendance naturelle de la peau, souvent familiale, déclenchée par une blessure.
  • « Toutes les cicatrices sur peau noire deviennent des chéloïdes. » Faux. La plupart des cicatrices restent normales. Seules certaines personnes ont cette tendance.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.