Rechercher

Lèpre

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

La lèpre (ou maladie de Hansen) est une maladie infectieuse due à une bactérie, Mycobacterium leprae, cousine de celle de la tuberculose.

Elle touche surtout la peau et les nerfs des mains, des pieds et du visage. Elle donne des taches sur la peau qui ne sentent plus le toucher, le chaud ou la douleur, et peut entraîner des paralysies et des handicaps si elle n'est pas soignée.

C'est une maladie lente : les signes apparaissent souvent plusieurs années après la contamination.

La lèpre se guérit. Le traitement, appelé polychimiothérapie (PCT), est efficace et gratuit. Plus il est commencé tôt, moins il y a de risque de handicap.

La lèpre existe encore au Mali et en Afrique de l'Ouest. Ce n'est ni une malédiction, ni une punition, ni une maladie héréditaire.

2Causes et transmission

La lèpre est due au bacille de Hansen (Mycobacterium leprae).

Comment elle se transmet :

  • par les gouttelettes du nez et de la bouche d'une personne malade non traitée, surtout dans les formes avec beaucoup de bacilles ;
  • seulement lors de contacts rapprochés et prolongés, pendant des mois ou des années, en général dans la même maison.

La lèpre est peu contagieuse :

  • la grande majorité des personnes (environ 95 %) ont des défenses naturelles et ne tomberont jamais malades, même si elles sont en contact avec le bacille ;
  • elle ne se transmet pas en serrant la main, en partageant un repas, en s'asseyant à côté d'une personne malade, ni par les rapports sexuels ;
  • elle n'est pas héréditaire : si plusieurs membres d'une famille sont touchés, c'est parce qu'ils vivent ensemble ;
  • dès le début du traitement, la personne malade ne transmet presque plus la maladie.

Le délai entre la contamination et les premiers signes (incubation) est long : en moyenne 3 à 5 ans, parfois plus de 10 ans.

3Qui est à risque ?

  • Les personnes qui vivent sous le même toit qu'un malade de la lèpre non traité.
  • Les voisins et contacts proches et réguliers.
  • Les personnes vivant dans la pauvreté, dans des logements surpeuplés.
  • Les personnes malnutries ou dont les défenses sont affaiblies.
  • La lèpre peut toucher tous les âges, y compris les enfants.

4Signes

Signes de la peau :

  • une ou plusieurs taches :
  • plus claires que la peau, ou rougeâtres, cuivrées ;
  • qui ne sentent plus ou sentent moins le toucher, la piqûre, le chaud et le froid ;
  • qui ne grattent pas et ne font pas mal ;
  • sur lesquelles la peau est sèche, sans transpiration ni poils ;
  • dans les formes avancées : peau épaissie, boules (nodules) sur le visage et les oreilles, oreilles épaissies, perte des sourcils, nez bouché ou qui saigne.

Signes des nerfs :

  • fourmillements, engourdissement des mains et des pieds ;
  • perte de sensibilité des mains et des pieds : la personne se brûle ou se blesse sans le sentir ;
  • nerfs gonflés et parfois douloureux (au coude, derrière le genou, au cou) ;
  • faiblesse des muscles : doigts en griffe, pied qui tombe en marchant, difficulté à fermer les yeux ;
  • plaies sous les pieds ou aux mains qui ne font pas mal et ne guérissent pas.

Réactions lépreuses (avant, pendant ou après le traitement) :

  • les taches deviennent rouges, gonflées, chaudes ;
  • nerfs très douloureux, apparition d'une faiblesse ou d'une paralysie ;
  • ou boules rouges douloureuses sur la peau, avec fièvre, douleurs des articulations, yeux rouges.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • Taches qui deviennent rouges, gonflées et chaudes
  • Douleur d'un nerf au coude, au genou ou au poignet
  • Faiblesse nouvelle d'une main, d'un pied, ou difficulté à fermer l'œil
  • Boules rouges douloureuses sur la peau avec fièvre
  • Œil rouge, douloureux ou qui voit moins bien
  • Plaie de la main ou du pied qui s'infecte (pus, rougeur, odeur, fièvre)
  • Pendant le traitement : pâleur importante, essoufflement, yeux jaunes ou boutons sur tout le corps

6Examens et analyses

  • Examen de toute la peau, à la lumière du jour.
  • Test de la sensibilité des taches : le soignant touche la tache avec un coton ou une pointe mousse, les yeux du malade fermés, et compare avec la peau saine.
  • Palpation des nerfs (coude, poignet, genou, cou) à la recherche de nerfs gonflés ou douloureux.
  • Test de la force des mains, des pieds et des paupières.
  • Frottis cutané : prélèvement d'un peu de liquide de la peau (lobe de l'oreille, tache) pour rechercher les bacilles au microscope.
  • Biopsie de la peau dans les cas difficiles.
  • Examen des yeux.
  • Prise de sang avant certains traitements (numération, recherche d'un déficit en G6PD).

7Diagnostic

On pose le diagnostic de lèpre devant au moins un de ces signes :

  • tache de la peau claire ou rougeâtre avec perte de sensibilité ;
  • nerf gonflé avec perte de sensibilité ou faiblesse dans la zone de ce nerf ;
  • bacilles trouvés au frottis cutané.

Le soignant classe ensuite la maladie :

  • paucibacillaire : 1 à 5 taches, sans atteinte des nerfs ni bacilles au frottis ;
  • multibacillaire : plus de 5 taches, ou atteinte des nerfs, ou bacilles au frottis.

Il évalue le degré de handicap (mains, pieds, yeux).

Il faut faire la différence avec :

  • le pityriasis versicolor (taches claires qui pèlent, mais sensibles) ;
  • le vitiligo (taches blanches comme de la craie, sensibles) ;
  • les mycoses de la peau, l'eczéma ;
  • les taches après une inflammation ;
  • les neuropathies dues au diabète, à l'alcool ou aux carences.

8Traitement

1. La polychimiothérapie (PCT) : association de plusieurs antibiotiques, gratuite, fournie en plaquettes mensuelles :

  • rifampicine, dapsone et clofazimine ;
  • durée : 6 mois pour la forme paucibacillaire, 12 mois pour la forme multibacillaire ;
  • une prise surveillée chaque mois au centre de santé, et des prises quotidiennes à la maison ;
  • il faut prendre tout le traitement, sans interruption ;
  • la clofazimine fonce la peau et peut colorer les urines en rouge : c'est normal et cela disparaît quelques mois après la fin du traitement ;
  • la rifampicine colore les urines en orange-rouge pendant quelques heures après la prise.

2. Le traitement des réactions lépreuses : corticoïdes (prednisolone) pendant plusieurs semaines, et parfois d'autres médicaments, pour protéger les nerfs et éviter la paralysie. C'est une urgence.

3. La prévention des handicaps :

  • examiner chaque jour ses mains, ses pieds et ses yeux ;
  • tremper les pieds et les mains sèches dans l'eau, puis les huiler ;
  • protéger les mains (gants, manches en tissu pour les marmites chaudes) et les pieds (chaussures fermées, adaptées) ;
  • soigner tout de suite la moindre plaie, la mettre au repos ;
  • protéger les yeux (lunettes, fermer les yeux souvent, collyre si besoin) ;
  • exercices des mains et des pieds (kinésithérapie) ;
  • chirurgie réparatrice pour certaines paralysies.

4. L'examen et la prévention chez les contacts : les personnes qui vivent avec le malade doivent être examinées. Une dose unique de rifampicine peut leur être proposée pour réduire le risque de tomber malade.

Le choix des médicaments et des doses revient au soignant.

9Prévention

  • Dépister tôt : consulter devant toute tache de la peau qui ne sent plus.
  • Traiter tous les malades dès le diagnostic : le traitement arrête la transmission.
  • Examiner les membres de la famille et les voisins proches d'un malade.
  • Prévention par la rifampicine en dose unique chez les contacts, selon le programme national.
  • Vaccin BCG à la naissance : il protège en partie contre la lèpre.
  • Lutter contre la discrimination : les malades qui ont honte se cachent et se soignent trop tard.

10Complications

Les complications viennent surtout de l'atteinte des nerfs, quand la maladie est soignée trop tard :

  • perte de sensibilité des mains et des pieds ;
  • plaies répétées, brûlures non senties, infections des os ;
  • raccourcissement des doigts et des orteils (dû aux blessures et aux infections, pas à la maladie qui « fait tomber » les doigts) ;
  • doigts en griffe, pied tombant ;
  • atteinte des yeux pouvant aller jusqu'à la cécité ;
  • déformations du nez et du visage dans les formes avancées ;
  • exclusion de la famille, du travail, du mariage ; dépression, pauvreté.

11Idées reçues

  • « La lèpre est une malédiction ou une punition. » Faux. C'est une maladie due à une bactérie, qui se guérit avec des médicaments.
  • « La lèpre est héréditaire. » Faux. Elle ne se transmet pas des parents aux enfants par le sang. Plusieurs membres d'une famille peuvent être touchés parce qu'ils vivent ensemble.
  • « La lèpre s'attrape en touchant un malade. » Faux. Elle est peu contagieuse et ne se transmet pas en serrant la main ou en mangeant ensemble. Et une personne traitée ne la transmet presque plus.
  • « La lèpre fait tomber les doigts. » Faux. Les doigts se raccourcissent à cause de blessures et d'infections non senties. Les soins des mains et des pieds évitent ces complications.
  • « La lèpre ne se guérit pas. » Faux. La polychimiothérapie guérit la lèpre. Elle est gratuite.
  • « Il faut isoler les malades dans des villages à part. » Faux. Les malades peuvent vivre avec leur famille et travailler. Le traitement suffit à arrêter la contagion.
  • « La lèpre a disparu. » Faux. Il y a encore des nouveaux cas chaque année au Mali, y compris chez les enfants.
  • « Les taches qui ne grattent pas ne sont pas graves. » Faux. Une tache qui ne gratte pas et ne sent plus le toucher doit faire penser à la lèpre et faire consulter.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.