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Ulcère de Buruli

✓ Fiche écrite et relue par un professionnel de santé

1Définition

L'ulcère de Buruli est une infection de la peau et des tissus sous la peau, due à une bactérie, Mycobacterium ulcerans, de la même famille que celles de la tuberculose et de la lèpre.

Cette bactérie fabrique un poison qui détruit la peau et la graisse sous la peau, et qui endort la douleur. C'est pourquoi la maladie commence souvent par une boule ou une plaie qui ne fait pas mal, mais qui s'agrandit peu à peu.

Elle touche surtout les enfants et les jeunes, le plus souvent aux bras et aux jambes.

L'ulcère de Buruli est fréquent dans certains pays voisins (Côte d'Ivoire, Ghana, Bénin, Cameroun). Il est plus rare au Mali, mais des cas existent, surtout près des zones humides.

Ce n'est ni un sort, ni un empoisonnement. C'est une maladie qui se soigne avec des comprimés antibiotiques, surtout si elle est traitée tôt. Traitée tard, elle peut laisser de graves cicatrices et des handicaps.

2Causes et transmission

L'ulcère de Buruli est dû à la bactérie Mycobacterium ulcerans, qui vit dans l'environnement, surtout dans les eaux stagnantes ou lentes : marais, marigots, rizières, bords de rivières, barrages.

La façon exacte dont on l'attrape n'est pas encore bien connue. On pense que la bactérie entre dans la peau :

  • par une petite blessure, une écorchure, une piqûre ;
  • peut-être par la piqûre de certains insectes vivant près de l'eau.

L'ulcère de Buruli ne se transmet pas d'une personne à l'autre : on ne l'attrape pas en touchant un malade ou sa plaie.

3Qui est à risque ?

  • Les enfants de 5 à 15 ans, qui jouent, se baignent ou pêchent près de l'eau.
  • Les personnes qui vivent près des marais, rivières, rizières, barrages.
  • Les cultivateurs, notamment de riz, et les pêcheurs.
  • Les personnes qui travaillent ou marchent dans l'eau sans protection (jambes nues, pieds nus).
  • Les personnes qui laissent des plaies sans soins.

4Signes

La maladie évolue lentement, sur des semaines ou des mois. Elle se voit surtout sur les jambes, les bras, parfois le visage ou le tronc.

Au début (formes sans plaie) :

  • nodule : petite boule ferme sous la peau, sans douleur, qui peut gratter ;
  • plaque : zone de peau dure, un peu surélevée, parfois de couleur changée ;
  • œdème : gonflement important et dur d'un membre, sans douleur nette, parfois avec un peu de fièvre.

Ensuite, l'ulcère (la plaie) :

  • la peau s'ouvre et forme une plaie qui ne fait pas mal ;
  • les bords de la plaie sont décollés (on peut passer une pince sous la peau) ;
  • le fond de la plaie est blanc-jaunâtre, comme du coton ;
  • la plaie s'agrandit peu à peu, parfois sur tout un membre ;
  • en général, pas de fièvre et pas de douleur, sauf en cas d'infection par d'autres microbes.

Dans les formes graves : atteinte des os (ostéite), plusieurs plaies, plaies près des articulations ou des yeux.

5Quand consulter en urgence

Allez au centre de santé immédiatement si :
  • Boule, plaque ou gonflement d'un membre qui ne fait pas mal et ne disparaît pas après 2 à 3 semaines
  • Plaie qui ne fait pas mal et s'agrandit, avec des bords décollés
  • Gonflement important et dur d'un bras ou d'une jambe
  • Plaie qui devient douloureuse, avec du pus, une mauvaise odeur ou de la fièvre
  • Plaie près d'une articulation ou d'un œil
  • Raideur d'une articulation près d'une plaie ou d'une cicatrice

6Examens et analyses

  • Examen de la lésion par un soignant formé : l'aspect est souvent caractéristique.
  • Prélèvement sous les bords de la plaie (écouvillon) ou ponction à l'aiguille fine d'une boule ou d'une plaque :
  • PCR : examen qui recherche l'ADN de la bactérie. C'est l'examen de référence pour confirmer la maladie ;
  • examen au microscope (recherche de bacilles) ;
  • culture, longue (plusieurs semaines).
  • Biopsie dans certains cas.
  • Radiographie de l'os si l'on soupçonne une atteinte osseuse.
  • Test VIH, car l'ulcère de Buruli est plus grave chez les personnes vivant avec le VIH.

7Diagnostic

Le diagnostic repose sur :

  • l'aspect typique : boule, plaque, gonflement ou plaie sans douleur, aux bords décollés ;
  • chez une personne qui vit ou va près des zones humides ;
  • confirmé si possible par la PCR.

Le soignant classe la maladie selon la taille et la localisation des lésions, ce qui guide le traitement.

Il faut faire la différence avec :

  • l'ulcère phagédénique (ulcère tropical, douloureux) ;
  • l'ulcère de jambe de la drépanocytose ;
  • les plaies infectées ordinaires, les abcès ;
  • la lèpre, la tuberculose de la peau ;
  • le mycétome (pied de Madura) ;
  • la leishmaniose cutanée ;
  • un cancer de la peau ;
  • une morsure de serpent ou d'insecte qui a mal évolué.

8Traitement

1. Les antibiotiques, par la bouche, pendant 8 semaines :

  • rifampicine et clarithromycine, selon les recommandations de l'OMS ;
  • le traitement est en général gratuit dans les centres qui prennent en charge la maladie ;
  • il faut le prendre chaque jour, jusqu'au bout, même si la plaie semble aller mieux ;
  • il arrive que la plaie s'aggrave un peu au début du traitement (réaction du corps) : ce n'est pas forcément un échec, il faut continuer et en parler au soignant.

2. Les soins de la plaie :

  • pansements réguliers, propres, au centre de santé ;
  • nettoyage doux de la plaie ;
  • pas de produits traditionnels, de poudres ou de feuilles sur la plaie.

3. La chirurgie, pour les grandes plaies :

  • nettoyage chirurgical des tissus morts ;
  • greffe de peau pour refermer la plaie ;
  • elle se fait en général après le début des antibiotiques.

4. La prévention des handicaps :

  • exercices (kinésithérapie) pour garder les articulations souples ;
  • attelles pour éviter les rétractions ;
  • suivi après la guérison.

5. Le vaccin contre le tétanos si la personne n'est pas à jour.

Le choix des médicaments et des doses revient au soignant. Plus le traitement commence tôt, plus la guérison est rapide et sans séquelle, souvent sans chirurgie.

9Prévention

Il n'existe pas de vaccin spécifique. Pour réduire le risque :

  • protéger la peau près de l'eau : porter des pantalons, des manches longues, des bottes pour les travaux dans les rizières et les marais ;
  • nettoyer immédiatement toute plaie, écorchure ou piqûre à l'eau propre et au savon, et la couvrir ;
  • se laver à l'eau propre après avoir été dans l'eau des marais ou des rivières ;
  • consulter tôt devant toute boule, plaque ou plaie qui ne fait pas mal et ne guérit pas ;
  • informer les communautés vivant près de l'eau sur les premiers signes.

10Complications

Quand le traitement commence tard :

  • plaies très étendues, parfois sur tout un membre ;
  • cicatrices importantes ;
  • rétractions et raideurs des articulations (genou, coude, cheville, poignet) qui bloquent les mouvements ;
  • atteinte des os (ostéite) ;
  • amputation, dans les cas les plus graves ;
  • perte de la vue si l'œil est touché ;
  • infections de la plaie par d'autres microbes, tétanos ;
  • longues hospitalisations, abandon de l'école, pauvreté pour la famille ;
  • rejet et honte, à cause des croyances.

11Idées reçues

  • « L'ulcère de Buruli est un sort, un poison ou un envoûtement. » Faux. C'est une maladie due à une bactérie, qui se soigne avec des antibiotiques.
  • « La plaie ne fait pas mal, donc ce n'est pas grave. » Faux. Justement, le poison de la bactérie endort la douleur. La plaie s'agrandit sans faire mal.
  • « La maladie est contagieuse. » Faux. On ne l'attrape pas en touchant un malade ou sa plaie.
  • « Les plantes et les guérisseurs soignent l'ulcère de Buruli. » Faux. Ils font perdre un temps précieux, pendant lequel la plaie s'agrandit et les handicaps s'installent.
  • « Si on va à l'hôpital, on va forcément couper le membre. » Faux. Traité tôt, l'ulcère de Buruli guérit le plus souvent avec des comprimés et des pansements, sans opération.
  • « La plaie s'aggrave au début du traitement, donc le traitement ne marche pas. » Pas forcément. Une aggravation passagère peut être une réaction du corps. Il faut continuer et en parler au soignant.

Cette fiche informe, elle ne remplace pas une consultation. En cas de doute, rendez-vous au centre de santé le plus proche.